‹ ŒuvresChapitre 127 sur 202 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Depuis que tous les deux sont dans ma dépendance.

A mes pieds aujourd'hui je les verrai tous deux ,

Et leur pardonnerai, si c'est me venger mieux. DOBSET. Dans Londres Ton a fait publier l'amnistie. PEMBROKE. Dorset, au fond du cœur je déteste Marie.

Tremblant peut-être encor pour son autorité,

Elle tarde à montrer toute sa cruauté ;

Mais quand elle pourra se passer de prudence,

Vous apprendrez bientôt à craindre sa puissance. DOBSET. Et ses droits cependant sont défendus par vous. PEMBROKE. Elle sert de prétexte à mon juste courroux :

C'est ce Northumberland qui fit périr mon père ;

C'est cet heureux Guilfort qui trouva l'art de plaire ;

C'est elle enfin, c'est elle à présent que je hais.

Dis-moi, Dorset, dis-moi si tu connus jamais

La haine qu'on ressent pour l'objet de sa flamme :

Lorsque ce sentiment est entré dans notre ame,

Il la poursuit partout, comme avant lui l'amour ;

On fait mille projets qu'on détruit tour à tour;

Rien ne contente assez notre avide vengeance.

Le succès du combat passe mon espérance :

Eh bien! ce prêtre saint qu'on a vu malgré moi

Lancer aux ennemis les foudres de la foi ;

Ce moyen inventé par l'esprit d'une femme,

De la victoire même a dégoûté mon ame ;

Il nous a trop servis ; peut-être que Guilfort

Pense que du combat il décida le sort.

<Jue me fait son malheur, si son orgueil lui reste?

Jouirai-je un moment de son destin funeste.

Si devant son épouse il n'en doit pas rougir ? DOBSET. Ah 1 puissiez- vous, seigneur, ne pas vous repentir

D'avoir su pour jamais soumettre l'Angleterre

A celle que le ciel lui donne en sa colère ! PEMBROPCE. Ses droits étaient certains, mais je ne prétends pas

Qu'une telle pensée ait excité mon bras ;

Sans doute il fut armé pour servir ma vengeance ;

Mon cœur de la vertu méconnaît la puissance.

Je ne combats jamais contre la passion :

De la nature enfin vient son impulsion.

Et la raison n'a pu nous parler qu'après elle.

Qu'elle rende mon ame ou sensible, ou cruelle,

Je la laisse y régner, et ne puis concevoir

Quelle force pourrait limiter son pouvoir.

Quoi ! j'aurais vu l'objet qui causa mon délire

Des mains de son époux recevoir un empire,

Et son perfide cœur, jouissant d'un tel choix.

D'oser s'en applaudir aurait acquis les droits !

Qu'elle perde un bonheur qui n'est pas mon ouvrage.

11 faut enfin, il faut, pour contenter ma rage,

Qu'elle trouve dans moi l'auteur de ses destins.

Et reste suspendue à mes secrets desseins;

Mon plaisir est de voir à mes pieds prosternée

Celle qui dans ses mains tenait ma destinée. DORSET. Northumberland, son fiîs, l'épouse de Guilfort,

Seront donc tous les trois condamnés à la mort?

Du pardon général exceptés par Marie...

i'EMBROKE. Qui de Northumberland peut défendre la vie?

Son bonheur à la fin a fatigué le ciel ;

Devant ce tribunal il serait criminel.

Le chancelier Surrey, six chefs de la justice.

Viendront l'interroger, et son juste supplice

Cette nuit dans la Tour doit être exécuté. DORSET. Cet arrêt, fût-il juste, est bien précipité.

Des hommes, à la reine ambitieux de plaire.

De juges souverains auront le caractère ;

Et de ce tribunal quels sont enfin les droits ? PEMBROKE. Il condamne un coupable.

DORSET. Ah ! respectons les lois.

Oui, seigneur, si les rois n'ont plus cette barrière.

En paix du despotisme ils suivront la carrière;

Ils n'abuseront pas d'abord de leur pouvoir.

Et sauront nous flatter par un trompeur espoir;

Mais celui qui des lois affranchit sa puissance

Avait besoin du frein de cette dépendance.

Un coupable , puni par un juge illégal,

Bientôt à l'innocent annonce un sort égal. PEMBROKE. Northumberland peut-être aurait, pour sadéfensCj

De la reine en public attaqué la naissance.

Elle craint ce danger.

DORSET. Apprenez-moi le sort

Page 1