‹ ŒuvresChapitre 131 sur 202 · JANE GRAY, GUILFORT, PEMBROKE · texte numérisé non relu

JANE GRAY, GUILFORT, PEMBROKE

.TANE GRAY. Pcmbrokc en ce moment, touché de mes douleurs, Veut me sauver, Guilfort, du plus grand des malheurs. Aux juges envoyés par l'ordre de Marie Déclare que, soumis à l'auteur de ta vie, C'est lui qui t'a forcé d'accompagner ses pas, De défendre un parti que tu n'approuvais pas. Ta grâce est à ce prix .

GUILFORT. J*en crois ma conscience , Certain qu'avec la tienne elle est d'intelligence , Et que déjà ton cœur eût décidé mon sort. Si son courage allait jusqu'à braver ma mort.

J'ignore si j'ai pu jamais être contraire Quelquefois en secret aux desseins de mon père ; Mais s'il ne Ta pas su dans des temps plus heureux, Le dire maintenant serait peu généreux ; Un pareil repentir, quand il est nécessaire , Cesse dès cet instant d'être cru volontaire. Alors qu'un désaveu préserve d'un danger, De sa sincérité l'on ne peut plus juger ; Et l'action enfin qui nous sauve la vie Par l'honneur le plus pur doit être garantie : Aux yeux de l'univers mon bras a combattu ; Je ne blâmerai point ce que j'ai défendu. JANE GBAY. Vous Ic voycz , scigneur, ma route m'est tracée; Ma résolution est par lui prononcée.

Mon cœur, reconnaissant de vos soins pour mes jours, Ne peut de vos conseils accepter les secours. GUiLFORT. Quel effroi I juste ciel ! que mon ame est saisie ! C'est toi qui veux ainsi sacrifier ta vie ! Ce que j'ai dit ici peut-il être pour toi ? Des devoirs différents ont-ils la même loi ? JANE fxRAY. Peut-être n'est-ce pas l'honneur seul que j'écoute : Que m'importe en effet où me conduit sa route? Quand il me permettrait d'échapper à mon sort , Il me reste le tien, qui commande ma mort. GUILFORT. Mais toi qui refusais l'offre du diadème? JANE GRAY. La vertu m'en faisait alors la loi suprême, Elle me laisse en paix obéir à mon cœur; Il s'agit maintenant d'accepter ton malheur. GUILFORT. Quoi ! l'on ignorerait le dévouement sublime... JANE GRAY. Après ma conscience il me faut ton estime : Je ne veux rien de plus.

PEMRROKE. 0 généreux combats î Quel cœur j'avais aimé ! Je n'y résiste pas. Madame , c'en est fait. 0 femme enchanteresse! C'en est fait , et l'amour m'a rendu son ivresse. Et toi , rival heureux qui règnes dans son cœur, Par mes tourments encore apprends mieux ton bonheur. Mais pourrais-tu souffrir que , par son sacrifice , Elle fût condamnée au plus affreux supplice ?

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