‹ ŒuvresChapitre 136 sur 202 · DORSET, PEMBROKE · texte numérisé non relu

DORSET, PEMBROKE

DOBSET. Ah ! que de la vertu le langage est sublime î PEMBKOKE. Va, ma seule vertu, c'est l'horreur de son crime.

Héîas! mon cher Dorset, Jane Gray va périr,

Si la reine aujourd'hui ne se laisse fléchir.

Et puis -je m'en flatter? C'est en toi que j'espère.

Quoi! ne peut-on tromper cette garde sévère?

De la prison, dis-moi, ne peut-on la sauver ?

Mes jours en dépendront : veux-tu les conserver? DORSET. Vous l'aimez donc encore?

PEMBROKE. Ah ! je l'ai regardée.

Et de ma passion mon ame est possédée.

Par pitié, mon ami...

DORSET. Q u' espérez -vous d'Alfort?

Inflexible, cruel...

PEMBROKE. Que vas-tu dire en cor?

Faut-il qu'elle périsse , et qu'à tes yeux j'expire?

Vois l'excès de mes maux, vois quel est mon martyre!

C'est ma cruelle main qui lui perce le cœur ;

Son époux se plaisait à combler son bonheur ;

Le trône l'attendait ; c'est mon ame féroce

Qui de l'en arracher eut le dessein atroce.

Verrai -je tout son sang se répandre à mes yeux?

Sa bouche, en expirant, par des noms odieux

Maudira-t-elle enfin l'auteur de son supplice?

Non, Dorset, c'est sur moi qu'il faut qu'il s'accomplisse;

Viens me donner la mort, si tu n'as pu trouver

Sous le ciel un moyen de me la conserver. DORSET, seul. Dieu, pour un malheureux j'implore ta clémence!

Permets qu'il ne soit pas puni de sa vengeance ;

Rends la reine sensible, ou fais-moi rencontrer

Un cœur que la pitié puisse encore inspirer.

Page 1