‹ ŒuvresChapitre 135 sur 202 · ACTE m, SCÈNE VlII · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VlII

En secret, sans témoins , dans son palais terrible ,

Osera les juger?

suRREY. Nous avons leurs aveux.

PKMBROKE. Ah! Jane Gray vous trompe, et son cœur généreux

Cache son innocence.

suRREY. Il se peut; mais la reine

La verra sans regret se livrer à sa haine.

Saisissons cet instant pour combler son désir. PEMBROKE. Dans ses affreux projets tu prétends la servir? SURREY. N'avez-vous pas vous-même embrassé sa querelle? PEMBROKE. Il est vrai que j'ai pu risquer mes jours pour elle ;

Mais toi, qu'on voit ici lâchement t' arroger

L'abominable droit de les interroger,

Tu pouvais l'usurper pour leur sauver la vie ;

Mais tu ne l'as voulu que pour plaire à Marie. SURREY. Notre arrêt nous sera commandé par les lois. PEMBROKE. Pour juger un coupable, obéis à leur voix.

Mais lorsque ton esprit démêle Tinnocence,

Pour l'absoudre tu peux croire ta conscience.

L'épouse de Guilfort, en secret, tu le sais,

Refusait la couronne.

SURREY. Ah ! seigneur, c'est assez,

Et je dois reconnaître au soin qui vous anime

De quel prix est pour vous une telle victime. PEMBROKE. Prononce, si tu veux, que j'aime Jane Gray;

C'est à toi de rougir, misérable Surrey ,

Qui , de l'autorité fauteur plein de courage,

Crois que ta passion t'honore davantage.

La servile injustice est- elle donc ta loi? SURREY. Obéir à la reine est un devoir pour moi. PEMBROKE. Oui, làclie, c'est à moi de parler à la reine ,

Son cœur moins que le tien doit tenir à sa haine ;

Va, les flatteurs des rois, de leurs vices secrets

Ont souvent plus loin qu'eux étendu les effets.

Page 1