NORTHUMBERLAND, JANE GRAY
NORTHLMBEBLAND. Cicl, voudraîs-tu me faire éprouver la terreur? Pour la première fois , à la fin de ma vie , D'un pareil sentiment aurais-je l'infamie? Non , tu n'obtiendras pas ce triomphe sur moi, A mes propres remords je n'aurai point de foi , E: je [Q braverai jusqu'en ma conscience.
( à Jane Gray. )
Toi qu'on livre à la mort malgré ton innocence, Victime dévouée à mes profonds desseins ,
Immolée aujourd'hui par mes barbares mains ,
Ah ! de quel sentiment , prête à perdre la vie,
Ton ame courageuse est-elle encor remplie ? JANE GRAY. Votre fils cst sauvé , je n'ai plus la terreur
Qui pouvait surpasser les forces de mon cœur ;
Je regrette, il est vrai, ma douce destinée;
Mais à la loi du ciel mon ame est résignée. iNORTHUMBERLA^'D. Tu chérissais ton sort , je haïssais le mien ,
Et pourtant mon courage est au-dessous du tien.
Triomphe , si tu veux , de ce honteux délire ;
Sous le fer qui m'altend avec rage j'expire ;
Je ne voudrais pas vivre , et je crains de mourir.
Que dois je faire? ô ciel I
JANE GRAY. Il faut VOUS rcpcntlr.
NORTHUMBERLAND. Il u'cst pas de rcmords à l'égal de mes crimes .
De l'incrédulité, va, les obscurs abîmes
Sont le seul avenir qui convient à mon cœur. .lANE GRAY. Pouvcz-vous l'approchcr sans en frémir d'horreur? NORTHUMBERLAND. Jc rcdoutc bicu plus la célestc vengcancc. JANE GRAY. Uu momcut a du ciel obtenu la clémence;
Et notre repentir peut , par sa profondeur,
Faire vivre en un jour un siècle pour le cœur. AORTHUMB. Peutêtrc que ta voix, quand j'étais jeune encore,
Eût ramené mes pas au sentier que j'ignore ;
Et , ranimant en moi la source des vertus,
M'aurait fait éprouver ce que je ne sens plus ;
Mais vingt ans de forfaits ont étouffé la flamme
Que tu voudrais en vain retrouver dans mon ame ;
Et si le trône encore était devant mes yeux ,
Je renouvellerais mes forfaits odieux.
Je le crois , un moment de repentir sincère
Fait que pour la vertu l'ame se régénère ;
Mais le cœur desséché par le crime et le temps
N'a plus en son pouvoir ces heureux sentiments. JANE GRAY. Ah î n'euvlez-vous point le courage tranquille
Qui descend au tombeau comme dans un asile? NORTHUMBERL. Saus doutc avcc terreur je recevrai la mort ;
On m'a vu sans effroi braver les coups du sort; J'y pouvais opposer les efforts du génie. Mais réternei destin qui doit suivre la vie ,