‹ ŒuvresChapitre 146 sur 202 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Mais savoir du destin l'arrêt irrévocable ,

Voir lever devant soi son voile impénétrable ,

La force de T esprit succombe à la terreur

Dont Dieu dans sa bonté nous épargne Thorreur.

Mais de ces noirs apprêts quel est Taffreux présage?

Pourquoi par cet aspect m'effrayer davantage?

Ce deuil de mes tyrans peindrait-il les douleurs,

Ou veut-on que sur moi je répande des pleurs?

Ab î je n'ai pas encore atteint dix-huit années !

Ciel ! que vous m'enlevez d'heureuses destinées!

Je le sais, je pouvais échapper à mon sort ;

Mais qu"obtenais-je , hélas ! si je perdais Guilfort?

Je craius bien moins la mort qu'une semblable vie :

J'ai joui d'un destin long-temps digne d'envie ;

J'ai trop à ce destin accoutumé mon cœur,

Et j'aime mieux mourir que souffrir le malheur.

Je perds sans toi la vie, à toi seul destinée:

Ah ! vers toi ma pensée est sans cesse entraînée.

Dieu ! permets qu'il le sente , et que , dans ce moment ,

Son cœur encor réponde à mon cœur expirant.

Oui , l'excès de l'amour exalte assez mon ame,

Pour déjà la rejoindre à l'objet de sa flamme.

Je vois Northumberland : quel aspect furieux î

Ah ! les crimes , hélas ! ont altéré ces yeux

Dont son fils a gardé le noble, caractère.

N'importe , j'y retrouve une image si chère:

C'est assez, c'est assez pour attendrir mon cœur.

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