‹ ŒuvresChapitre 161 sur 202 · ACTE T, SCÈNE II. 6S t · texte numérisé non relu

ACTE T, SCÈNE II. 6S t

Et d'aucun autre enfm , quel qu'en soit l'avantage ,

Je ne puis me résoudre à former les saints nœuds :

Être libre et mourir, c'est tout ce que je veux. LE COMTE. Quel langage, Sophie! ah ! je ne puis l'entendre...

L'amour d'Henri pour vous est si vif et si tendre !

Si rarement un cœar sait ainsi s'enflammer ! SOPHIE. Vous êtes étonné que l'on puisse m'aimer?... LE COMTE. Lord Henri m'intéresse, et son malheur extrême

Mérite la pitié...

SOPHIE. Voulez- vous que je l'aime?

Votre intérêt pour lui l'exige-t-il de moi ,

Et faut-il que de vous j'en reçoive la loi? LE COMTE. Da malheureux Henri, oui, je plains la souffrance.

Quel tourment, en effet , d'aimer sans espérance !

On n'ose contempler dans l'objet de ses feux

Les célestes attraits qui nous rendraient heureux.

L'on voudrait, s'il se peut, méconnaître son ame,

Dans un ange à nos yeux ne plus voir qu'une femme;

Soi-même l'on voudrait tromper son propre cœur:

Mais de nos vains efforts l'amour est le vainqueur,

Des charmes qu'on évite il nous offre l'image ;

Oubliés un moment, ils frappent davantage ;

Et la triste raison , par ses cruels combats,

Sait troubler notre cœur, mais n'en triomphe pas.

Voilà du jeune Henri le désesp'oir extrême ,

Et voilà comme on est malheureux quand on aime. soPHiEo Mon cœur par ce tableau sans doute est attendri ;

Mais dois-je m'immoleraux désirs de Henri? LE COMTE. Votre félicité, croyez-moi, m'est bien chère ,

Et pour elle je fais... tout ce que je dois faire.

Je vais jusqu'à vouloir vous donner le bonheur

De trouver un époux digne de votre cœur,

De former par l'amour les nœuds de l'hyménée.

Dieu ! que je sens le prix de cette destinée !

Qu'ils étaient nés heureux , ceux que l'arrêt du sort

A conduits l'un vers l'autre , et qui , sans nul remord ,

Éprouvant de l'amour l'invincible puissance ,

Goûtent et ses plaisirs et ceux de l'innocence !

L^espoir dans le printemps couronne l'avenir ;

Mais quand nos jeunes ans commencent à nous fuir,

Cessant de désirer les jours qu'on doit attendre , Vers l'éternelle nuit le temps semble descendre : Plus de bonheur pour nous. Que ce mortel heureux Qui possède à jamais l'objet de tous ses vœux Voit sous un autre aspect et le temps et la vie ! Ses jours s'écouleront auprès de son amie ; Il doit dans l'avenir retrouver le présent; Un plaisir vif et pur doit marquer chaque instant ; Des jours dont constamment se forme son année , Un seul embellirait une autre destinée!

Ce que je dis pour nous de même est vrai pour vous ; Ce sort pour une femme est sans doute aussi doux : Vous pouvez l'espérer, vous êtes libre encore. Ah ! n'y renoncez pas. . .

SOPHIE. Langage que j'adore !

Votre voix retentit jusqu'au fond de mon cœur. Oui, vous avez raison; oui, c'est là le bonheur. Mais vous flatteriez-vous de m'avoir entraînée? D'Henri plus que jamais vous m'avez éloignée.

LE COMTE , d'un ton ferme.

Non , non ! vous le devez ; il le faut, et c'est lui Qui de vos jeunes ans sera le digne appui. SOPHIE. J'ai besoin d'un appui , vous l'avez dit, barbare î Il faut à vous quitter que mon cœur se prépare. Je vous suis importune, et je ne puis mourir : L'on n'obtient pas ce bien à force de souffrir. Ah ! pourquoi m'avez-vous rattachée à la vie ? Quel mal vous avait fait cette pauvre Sophie? Vous prolongiez ses jours pour causer son malheur ; Et pour le déchirer, vous ranimiez son cœur. De ma vie, écoutez , je sens la trame usée ; Je ne demande plus qu'une faveur aisée. Pendant un mois encor laissez-moi vivre ici, Sans entendre parler ni d'époux ni d'Henri ; Et si, ce mois passé , ma fatale jeunesse , Ma force , malgré moi , résiste à ma tristesse , C'est alors loin de vous qu'il faut me rejeter : Alors punissez-moi de pouvoir exister.

Une vieille parente, au fond de l'Angleterre , Portant le même nom que mon malheureux père,

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