ACTE II, SCÈNE IV. 69 t
Que fercz-vous d*un cœur disputé par la mort?
La douleur a flétri mon ame malheureuse,
Et je n'ai plus en moi le pouvoir d'être heureuse.
Dès l'enfance élevée aux ennuis , aux chagrins ,
Le sceau de la douleur a marqué mes destins. LORD HENRI. Votre bonheur, Sophie, est mon désir suprême ,
Je sais le préférer à ma passion même ;
Mais souffrez qu'un amant parle commue un ami :
Le bonheur, croyez-moi, pour vous n'est point ici.
11 faut, pour l'obtenir , que vous quittiez la France ;
Voilà ce qui nourrit ma timide espérance.
Je sais que votre cœur ne peut plus s'enflammer ;
Mais le mien aime assez pour être heureux d'aimer.
Cesser de voir enfin , lorsque l'on est sensible ,
Des malheurs de l'amour semble le plus horrible.
Ali ! laissez-vous aimer, c'est tout ce que je veux ;
Peut-être du malheur nous sauvons-nous tous deux.
Sans peine recevez mes vœux et mon hommage :
Le culte ne doit pas exiger davantage.
Si le nœud le plus saint pouvait m'unir à vous,
Je n'attendrais jamais du nom sacré d'époux
Que le bonheur d'oser vous consacrer ma vie;
Par mon amour, enfin , ma pensée est remplie.
A peine ai-je besoin d'obtenir du retour :
Vous voir, vous écouter, vous Suivre chaque jour 5
A vos moindres désirs tâcher de satisfaire ;
Vous rendre heureuse enfin , encor plus que vous plaire ,
C'est là mon seul désir ; je n'attends rien de plus.
Je sais vous estimer , je connais vos vertus.
Je lis dans votre cœur, et vous pouvez encore,
Sans le tromper , choisir l'amant qui vous adore.
A Londres suivez-moi ; daignez me préférer,
Pour vous vouer mes jours, sans en rien espérer. SOPHIE. Noble Henri...
LORD HENRI. La comtcssc en ces lieux va se rendre r
Venez , en ma faveur daignez encor l'entendre.
Ne me répondez pas; je vous devine , hélas!
Mais je puis me tromper si vous ne parlez pas.
Enfin, la vérité, ce mérite si rare ,
Serait dans ce moment une vertu barbare.