ACTE II, SCÈNE V
LA COMTESSE. Écoulez-moî, Sophie î
Jamais encor je n'ai connu la jalousie ;
Mais si je réprouvais , je saurais la cacher :
Elle éloigne le cœur que Ton veut attacher.
De tous les sentiments le plus involontaire
Ne s'obtient , croyez-moi, que par le don déplaire.
La plainte ne convient que lorsqu'on est aimé.
Par des reproches faux l'amour est animé ;
Mais s'ils sont vrais , l'on doit se vouer au silence. SOPHIE. Sans doute, si l'on peut dominer sa souffrance ,
Si Ton n'aima jama-'s...
LA COMTESSE. On mécoDnut souvcnt
Le cœur dont la fierté règle le sentiment.
Soit que je sente ou non et l'amour et sa flamme ,
Ma froideur ne doit point faire juger mon ame.
Depuis que par Tlnmen notre sort est lié,
Le comte n'a pour moi qu'une simple amitié.
De montrer de l'amour si j'eusse été capable ,
Le comte , dans son cœur, se fût trouvé coupable ;
Et , se forçant alors à de pénibles soins ,
Pour vouloir m'aimer plus, il m'aurait aimé moins. SOPHIE. Quoi donc ! sans en parler vous auriez cette lettre ?
Vous n'iriez pas au comte aujourd'hui la remettre ? LA C03ITESSE. Cc scrait l'offenser.
soPHiEî Je ne puis concevoir
Ce calme, quand le cœur doit être au désespoir. LA COMTESSE. Si ma raison repousse encor la défiance ,
Pourquoi donc voulez-vous m'ôter mon espérance? SOPHIE. Votre intérêt l'exige , il faut tout éclaircir. LA COMTESSE. Plus vivcmcut quc moi pourquoi donc ressentir.
Ma crainte ou mon malheur ?...
SOPHIE. Mille fois davantage.
Cette lettre en mes mains vengera votre outrage.
(à part.)
Voilà pourquoi sans doute il ne permettait pas Que dans ce pavillon je suivisse ses pas.
( à la comtesse.) Ah ! par pitié pour vous, dévoilez ce mystère. LA COMTESSE. Uuc amitié si vive à mon cœur est bien chère ; Mais VOUS; qui devriez vouloir me consoler ,
Pourquoi tous vos efforts sont-ils pour me troubler? SOPHIE. Ciel ! que vois-je? c'est lui.