ACTE III, SCENE V
« Celui qui de Sainville a conservé la vie « Aurait des droits sacrés sur la main de Sophie, « Si son malheureux cœur...» En prononçant ces mots, Ses sons étaient coupés par d'horribles sanglots. En frémissant j'ai vu l'effrayant caractère D'une douleur profonde et qui cherche à se taire. LA COMTESSE. Géuércusc Sophie !
CÉCILE accourt. Ah! mon père, venez ; Elle part à l'instant, si vous ne l'arrêtez; Et c'est bien à regret, je crois, qu'elle vous quitte. Ses larmes, ses sanglots... Ah ! venez, venez vite. INous ne la verrons plus; elle l'a dit, hélas! Et m'a serré , mon père , en pleurant, dans ses bras.
LE COMTE, avec Vaccent du désespoir.
Suis-je assez déehiré !
LA COMTESSE. Courcz tous à Sophie ; Il faut la retenir, il y va de sa vie. Ah î qu'importent mes jours auprès de son bonheur! Ramenez-la vers lui ; c'est le vœu de mon cœur.
(à part.)
Je saurai bien mourir.
LE COMTE. Non, non, femme adorable, Tu triomphes enfm de mon amour coupable. Accorde-moi, de grâce, un pardon généreux.
( prenant Cécile par la main.) '
Ce gage d'un hymen à l'avenir heureux,
A tes pieds prosterné, t'implore pour son père, LA COMTESSE. Ahi je n'ai pas besoin de me sentir sa mère
Pour qu'avec passion je vole dans vos bras.
Que votre cœur pour moi ne se contraigne pas ;
Répandez dans mon sein des larmes pour Sophie,
Oubliez votre femme, et gardez votre amie. LE COMTE. J'espère tout du temps et de votre vertu;
Vous saurez relever mon esprit abattu.
Oui, je vivrai pour vous. Hélas ! dans ma tristesse,
C'est beaucoup, croyez-moi, qu'une telle promesse. LORD HENRI. Quc VOUS touchcz mou cœur!
LE COMTE. Vous, cspévcz aussî ;
Racontez mon histoire à son cœur attendri.
L'effort de ma raison à la sienne est possible ;
7 I 0 SaPHlE.
Ah î répétez souvent à son ame sensible
Que la vertu nous donne elle seule un bonheur
Qui peut avec le temps suffire à notre cœur.
Des liens qu'on lui doit la douce jouissance
Calme des passions l'orageuse souffrance.
Je le crois/,si son sort au vôtre était uni.
Elle en serait certaine. Écoutez, mon ami :
Si jamais el'e veut savoir ma destinée,
Ne lui prononcez pas qu'elle soit fortunée ;
Mais dites qu'un bon cœur a daigné concevoir
Pour mon cœur malheureux quelques rayons d'espoir,
Et que, me confiant dans cet objet qui m'aime ,
Je le crois sur mon sort encor plus que moi-même.