‹ ŒuvresChapitre 192 sur 202 · A SON ALTESSE ROYALE · texte numérisé non relu

A SON ALTESSE ROYALE

LE PPxINXE ROYAL DE SUÈDE.

Stockho'.ui , décenibre 1812.

MONSEIO'ELR,

J'ai écrit ces réflexions sur le suicide dans un moment où le malheur me faisait éprouver le besoin de me fortifier par le secours de la méditation. C'est près de vous, m nseigneur, que mes peines se sont adoucies; mes enfants et moi nous avons fait comme ces bergers d'Arabie, <iui, lorsqu'ils voient venir 1 orage, se retirent à Tabri du laurier. Vous n'avez jamais considéré la mort, monseigneur, que comme dévouement à la patrie ; et jamais votre ame n'a pu être atteinte par ce découragement que ressentent quelquefois les êtres qui se croient inutiles sur la terre. ?séanmoins votre esprit transcendant n'est étranger à aucun sujet philosophique , et vous voyez de trop haut pour que rien ne puisse vous échapper. Je n'avais jusqu'à, ce jour dédié mes ouvrages qu'à la mémoire de mon père; je vous ai demandé, monseigneur, l'honneur de voiis rendre hommage , parceque votre vie publique signale à tous les yeux les vertus réelles, qui seules méritent l'admiration des penseurs.

Un courage intrépide vous distingue personnellement entre tous les braves; mais ce courage est dirigé par une bonté non moins sublime : le sang des guerriers, les pleurs du pauvre, les inquiétudes mêmes du faible sont l'objet de votre humanité prévoyante. Vous craignez la souffrance de vos semblables, et le rang éminent où vous êtes placé ne pourra jamais effacer de votre cœur la sympathie. Un Français disait de vous, monseigneur , que vous réunissiez la chevalehie du ré-

rUBLICAMSME A LA CHEVALERIE DE LA ROYAUTÉ. En effet , danS

quelque sens que la générosité puisse s'exercer, elle vous est toujours native.

Dans les rapports de la société, vous ne mettez point à la gêne , par une roideur factice, l'esprit et l'amede ceux qui vous entourent. Vous pourriez , pour ainsi dire , gagner tout un peuple un à u> , si chaque individu qui le compose avait le bonheur de s'entretenir un quart

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d'heuie avec vous ; mais à côté de cette affabilité pleine de grâces , votre mâle énergie vous attache tous les caractères forts.

Cette nation suédoise , jadis si célèbre par ses exploits , et qui conserve encore les grandes qualités que ses ancêtres ont manifestées, chérit en vous le présage de sa gloire- Vous respectez les droits de cette nation , monseigneur, par penchant et par conscience; et l'on vous a vu, dans plusieurs circonstances difficiles, aussi fier des barrières constitutionnelles que d'autres en seraient impatients.

Les devoirs ne vous semblent jamais des bornes, mais des appuis; et c'est ainsi que votre déférence habituelle pour la sagesse expérimentée du roi ajoute un nouveau lustre au pouvoir qu'il vous confie.

Poursuivez, monseigneur, la carrière dans laquelle un si bel avenir vous est offert , et vous montrerez au monde ce qu'il avait désappris . c'est que les véritables lumières enseignent la morale, et que les héros vraiment magnanimes, loin de mépriser l'espèce humaine, ne se croient supérieurs aux autres hommes que par les sacrifices mêmes qu'ils leur font.

Te suis avec respect ,

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