DE VOTRE ALTESSE ROYALE
MO>'SEIGNELR,
La U'ès humble el très obéissante servante ,
NECKER, baronne de Stael-Holstein.
C'est pour les malheureux qu'il faut écrire ; ceux qui sont en possession des prospérités de ce monde ne s'instruisent que par leur propre expérience , et les idées générales en toutes choses ne leur paraissent que du temps perdu. I! n'en est pas ainsi de ceux qui souffrent : la réflexion est leur plus sûr asile, et, séparés par l'infortune des distractions de la société , ils s'examinent eux-mêmes, et cherchent, comme un malade qui se retourne dans un lit de douleur, quelle est la position la moins pénible qu'ils puissent se procurer.
L'excès du malheur fait naître la pensée du suicide , et cette question ne saurait être trop approfondie ; elle tient à toute l'organisation morale de l'homme. Je me flatte de présenter quelques aperçus nouveaux sur les motifs qui peuvent conduire à cette action , et sur ceux qui doivent en détourner. Je discuterai ce sujet sans malveillance comme sans exaltation. 11 ne faut pas haïr ceux qui sont assez malheureux pour détester la vie; il ne faut pas louer ceux qui succombent sous un grand poids ; car
s'ils pouvaient marcher en le portant, leur force morale serait plus grande ' .
Les personnes qui d'ordinaire condamnent le suicide, se sentant sur le terrain du devoir et de la raison, se servent souvent, pour soutenir leur opinion , de certaines formes méprisantes qui peuvent blesser leurs adversaires ; elles mêlent aussi quelquefois, à la censure méritée d'un acte coupable, d'injustes attaques contre Tenthousiasme en général. Il me semble, au contraire, que c'est par les principes mêmes du véritable enthousiasme, c'est-à-dire de l'amour du beau moral , qu'on peut aisément montrer combien la résignation à la destinée est d'un ordre plus élevé que la révolte contre elle.
Je me propose de présenter la question du suicide sous trois rapports différents : j'examinerai d'abord quelle est V action de la souffrance sur Vame humaine; secondement, je montrerai quelles sont les lois que la religion chrétienne nous iinpose relativement au sw2CîfZe; et troisièmement, je considérerai en quoi consiste la 'plus grande dignité morale de Vhomme sur cette terre.