CHAPITRE XX!Ï
Iphigcnie en Tauride . Torquato Tasso, etc.
On donnait en Allemagne des drames bourgeois, des mélodrames , des pièces à grand spectacle , remplies de clievaux et de chevalerie. Goethe voulut ramener la littérature à la sévérité de Tantique, et il composa son Iphigénie en Tauride y qui est le clief-d'œuvre de la poésie classique cliez les Allemands. Cette tragédie rappelle le genre d'impression qu'on reçoit en contemplant les statues grecques ; l'action en est si imposante et si tranquille, qu'alors même que la situation des personnages change j il y a toujours en eux une sorte de dignité qui fixe dans le souvenir chaque moment comme durable.
Le sujet à! Iphigénie en Taiiride est si connu, qu'il était difficile de le traiter d'une manière nouvelle ; Goethe y est parvenu néanmoins , en donnant un caractère vraiment admirable à son héroïne. L'Antigone de Sophocle est une sainte, telle qu'une religion plus pure que celle des anciens pourrait nous la représenter. L'Iphigénie de Goethe n'a pas moins de respect pour la vérité qu'Antigone ; mais elle réunit le calme d'un philosophe à la ferveur d'une prêtresse : le chaste culte de Diane et l'asile d'un temple suffisent à l'existence rêveuse que lui laisse le regret d'être éloigûée de la Grèce. Elîe veut adoucir les mœurs du pays barbare qu'elle habite; et, bien que son nom soit ignoré, elle répand des bienfaits autour d'elle, en fille du roi des rois. Toutefois elle ne cesse point de regretter les belles contrées où se passa son enfance , et son ame est remplie d'une résignation forte et douce, qui tient, pour ainsi dire, le milieu entre le stoïcisme et le christianisme. Iphigénie ressemble un peu à la divinité qu'elle sert , et l'imagination se la représente environnée d'un nuage qui lui dérobe sa patrie. En effet, l'exil, et l'exil loin de la Grèce, pouvait-il permettre aucune autre jouissance que celles qu'on trouve en soimême? Ovide aussi, condamné à \ivre non loin de la Tauride, parlait en vain son harmonieux langage aux habitants de ces rives désolées : il cherchait en vain les arts , un beau ciel , et cette sympathie de pensées qui fait goûter avec les indifférents mêmes quelques uns des plaisirs de l'amitié. Son génie retombait sur luimême, et sa lyre suspendue ne rendait plus que des accords plaintifs, lugubre accompagnement des vents du nord.
Aucun ouvrage moderne ne peint mieux , ce me semble , que Vlphigénie de Goethe, la destinée qui pèse sur la race de Tantale, la dignité de ces mallieurs causés par une fatalité invincible. Une crainte religieuse se fait sentir dans toute cette histoire, et les personnages eux-mêmes semblent parler prophétiquement, et n'agir que sous la main puissante des dieux.
Goethe a fait de Thoas le bienfaiteur d'Iphigénie. Un homme féroce, tel que divers auteurs l'ont représenté, n'aurait pu s'ac-corder avec la couleur générale de la pièce ; il en aurait dérangé l'harmonie. Dans plusieurs tragédies on met un tyran, comme une espèce de machine qui est la cause de tout ; mais un penseur tel que Goethe n'aurait jamais mis en scène un personnage, sans développer son caractère. Or une ame criminelle est toujours si compliquée, qu'elle ne pouvait entrer dans un sujet traité d'une manière aussi simple. Thoas aime Iphigénie; il ne peut se résoudre à s'en séparer, en la laissant retourner en Grèce avec son frère Oreste. Iphigénie pourrait partir à l'insu de Thoas ; elle débat avec son frère, et avec elle même, si elle doit se permettre un tel mensonge , et c'est là tout le nœud de la dernière moitié de la pièce. Enfin, Iphigénie avoue tout à Thoas, combat sa résistance, et obtient de lui le mot adieu ^ sur lequel la toile tombe.
Certainement ce sujet ainsi conçu est pur et noble, et il serait bien à souhaiter qu'on pût émouvoir les spectateurs seulement par un scrupule de déhcatesse; mais ce n'est peut-être pas assez pour le théâtre, et l'on s'intéresse plus à cette pièce quand on la lit que quand on la voit représenter. C'est l'admiration , et non le pathétique, qui est le ressort d'une telle tragédie; on croit entendre, en l'écoutant , un chant d'un poëme épique ; et le calme qui règne dans tout l'ensemble gagne presque Oreste lui-même. La reconnaissance d'Iphigénie et d'Oreste n'est pas la plus animée, mais peut-être la plus poétique qu'il y ait. Les souvenirs de la famille d'Agamemnon y sont rappelés avec un art admirable , et l'on croit voir passer devant ses yeux les tableaux dont l'histoire et la fable ont enrichi l'antiquité. C'est un intérêt aussi que celui du plus beau langage et des sentiments les plus élevés. Une poésie si haute plonge l'ame dans une noble contemplation , qui lui rend moins nécessaire le mouvement et la diversité dramatiques.
Parmi le grand nombre des morceaux à citer dans cette pièce, il en est un dont il n'y a de modèle nulle part : Iphigénie, dans sa douleur, se rappelle un ancien chant connu dans sa famille, et que
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sa nourrice lui a appris dès le berceau; c'est le chant que les Parques font entendre à Tantale dans Tenfer. Elles lui retracent sa gloire passée, lorsqu'il était le convive des dieux , à la table d'or. Elles peignent !e moment terrible où il fut précipité de son trône, la punition que les dieux lui infligèrent , la tranquillité de ces dieux qui planent sur l'univers, et que les plaintes des enfers ne sauraient ébranler; ces Parques menaçantes annoncent aux petitsfils de Tantale que les dieux se détourneront d'eux , parceque leurs traits rappellent ceux de leur père. Le vieux Tantale entend ce chant funeste dans l'éternelle nuit , pense à ses enfants , et baisse sa tête coupable. Les images lesp'us frappantes, le rhythme qui s'accorde le mieux avec les sentiments, donnent à cette poésie la couleur d'un chant national. C'est le plus grand effort du talent que de se familiariser ainsi avec l'antiquité, et de saisir tout à la fois ce qui devait être populaire chez les Grecs, et ce qui produit, à la distance des siècles, une impression si solennelle.
L'admiration qu'il est impossible de ne pas ressentir pour Vlpliigénie de Goethe n'est point en contradiction avec ce que j'ai dit sur Tintérêt plus vif et l'attendrissement plus intime que les sujets modernes peuvent faire éprouver. Les mœurs et les religions dont les siècles ont effacé la trace présentent l'homme comme un être idéal qui touche à peine la terre sur laquelle il marche ; mais dans les époques et dans les faits historiques dont l'influence subsiste encore, nous sentons la chaleur de notre propre existence, et nous voulons des affections semblables à celles qui nous agitent.
Il me semble donc que Goethe n'aurait pas dû mettre dans sa pièce de Torqunto Tasso la même simplicité d'action et le même calme dans les discours qui convenaient à son Iphigénie. Ce calme et cette simplicité pourraient ne paraître que de la froideur et du manque de naturel dans un sujet aussi moderne, sous tous les rapports, que le caractère personnel du Tasse et les intrigues de la cour de Ferrare.
Goethe a voulu peindre, dans cette pièce, l'opposition qui existe entre la poésie et les convenances sociales; entre le caractère d'un poète et celui d'un homme du monde. Il a montré le mal que fait la protection d'un prince à l'imagination délicate d'un écrivain, lors môme que ce prince croit aimer les lettres, ou du moins met son orgueil à passer pour les aimer. Cette opposition entre la nature exaltée et cultivée par la poésie , et la nature refroidie et dirigée par la politique, est une idée mère de mille idées.
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Un homme de lettres placé dans une cour doit se croire d'abord heureux d'y être; mais il est impossible qu à la longue il n'éprouve pas quelques unes des peines qui rendirent la vie du Tasse si malheureuse. Le talent qui ne serait pas indompté cesserait d'être du talent ; et cependant il est bien rare que les princes reconnaissent les droits de rimagination , et sachent tout à la fois la considérer et la ménager. On ne pouvait choisir un sujet plus heureux que le Tasse à Ferrare, pour mettre en évidence les différents caractères d'un poëte, d'un homme de cour, d'une princesse et ■d'un prince , agissant dans un petit cercle avec toute l'âpreté d'amour-propre qui remuerait le monde. L'on connaît la sensibilité maladive du Tasse, et la rudesse polie de son protecteur Alphonse, qui , tout en professant la plus haute admiration pour ses écrits, le fit enfermer dans la maison des fous ; comme si le génie qui part de l'ame devait être traité ainsi qu'un talent mécanique, dont on tire parti en estimant l'œuvre et en dédaignant l'ouvrier.
Goethe a peint Léonore d'Est, la sœur da duc de Ferrare , que le poë^e aimait en secret , comme appartenant par ses vœux à l'enthousiasme, et par sa faiblesse à la prudence ; il a introduit dans sa pièce un courtisan sage selon le monde . qui traite le Tasse avec la supériorité que l'esprit d'affaires se croit sur l'esprit poétique, et qui l'irrite par son calme , et par l'habileté qu'il emploie à le blesser sans avoir précisément tort envers lui. Cet homme de sang-froid conserve son avantage, en provoquant son ennemi par des manières sèches et cérémonieuses , qui offensent sans qu'on puisse s'en plaindre. C'est le grand mal que fait une certaine science du monde ; et, dans ce sens, l'éloquence et l'art de parler diffèrent extrêmement ; car, pour être éloquent, il faut dégager le vrai de toutes ses entraves , et pénétrer jusqu'au fond de l'ame où réside la conviction ; mais l'habileté de la parole consiste , au contraire, dans le talent d'esquiver, de parer adroitement avec quelques phrases ce qu'on ne veut pas entendre , et de se servir de ces mêmes armes pour tout indiquer, sans qu'on pu'sse jamais vous prouver que vous ayez rien dit.
Ce genre d'escrime fait beaucoup souf/rir une ame vive et vraie. L'homme qui s'en sert semble votre supérieur, parcequ'il sait vous agiter, tandis qu'il reste lui-même tranquille ; mais il ne faut pas pourtant se laisser imposer par ces forces négatives. Le calme est beau quand il vient de l'énergie qui fait supporter ses propres
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peines ; mais quand il naît de l'indifférence pour celles des autres , ce calme n'est rien qu'une personnalité dédaigneuse. Il suffit d'une année de séjour dans une cour ou dans une capitale, pour apprendre très facilement à mettre de l'adresse et même de la grâce dans Tégoisme : mais, pour être vraiment digne d'une haute cbtime , il faudrait réunir en soi, comme dans un btl ouvrage, des qualités opposées : la connaissance des affaires et l'amour du beau , la sagesse qu'exigent les rapports avec les hommes, et l'essor qu'inspire le sentiment des arts. Il est vrai qu'un tel individu en contiendrait deux : aussi Goethe dit-il, dans sa pièce, que les deux personnages qu'il met en contraste, le politique et le poète, sont les deux moitiés d'un homme. Mais la sympathie ne peut exister entre ces deux moi;iés, puisqu'il n'y a point de prudence dans le caractère du Tasse, ni de sensibilité dans soa concurrent.
La susceptibilité souffrante des hommes de lettres s'est manifestée dans Rousseau, dans le Tasse, et plus souvent encore clans les écrivains allemands. Les écrivains français en ont été plus rarement atteints. C'est quand on vit beaucoup avec soi-même et dans la solitude, qu'on a de la peine à supporter l'air extérieur. La société est rude à beaucoup d'égards pour qui n'y est pas fait dès son enfance, et l'ironie du monde est plus funeste aux gens à talent qu'à tous les autres : l'esprit tout seul s'en tire mieux. Goethe aurait pu choisir la vie de Rousseau pour exemple de cette lutte entre la société telle qu'elle est, et la société tellequ'une tète poétique la voit ou la desi-^e ; mais la situation de Rousseau prêtait beaucoup moins à l'imagination que celle du Tasse. Jean- Jacques a traîné un grand génie dans des rapports très subalternes. Le Tasse, brave comme ses chevaliers, amoureux, aimé, persécuté , couronné , et , jeune encore , mourant de douleur, à la veille de son triomphe, est un superbe exemple de toutes les splendeurs et de tous les revers d'un beau talent.
Il me semble que dans la pièce du Tasse les couleurs du Midi ne sont pas assez prononcées ; peut-être serait-il très difficile de rendre en allemand la sensation que produit la langue italienne. iXéanmoins c'est dans les caractères surtout qu'on retrouve les tra.ts de la nature germanique plutôt qu'italienne. Léonore d'Est est une princesse allemande. L'analyse de son propre caractère et de ses sentiments, à laquelle elle se livre sans cesse, n'est point du tout dans l'esprit du Midi. Là, l'imagination ne se replie point
sur elle-même, elle avance sans regarder en arrière. Elle n'examine point la source d'un événement ; elle le combat ou s'y livre, sans en rechercher la cause.
Le Tasse est aussi un poëte allemand. Cette impossibilité de se tirer d'affaires dans toutes les circonstances habituelles de la vie commune , que Goethe attribue au Tasse , est un trait de la vie méditative et renferm.ée des écrivains du Nord. Les poètes du Midi n'ont pas d'ordinaire une telle incapacité; ils ont vécu plus souvent hors de la maison , sur les places publiques ; les choses, et surtout les hommes, leur sont plus familiers.
Le langage du Tasse, dans la pièce de Goethe, est souvent trop métaphysique. La folie de l'auteur de la Jérusalem ne venait pas de l'abus des réflexions philosophiques, ni de l'examen approfondi de ce qui se passe au fond du cœur; elle tenait plutôt à l'impression trop vive des objets extérieurs , à l'enivrement de To gueil et de l'amour; il ne se servait guère de la parole que comme d'un chant harmonieux. Le secret de son ame n'était point dans ses discours ni dans ses écrits : il ne s'était point observé lui-même , comment aurait-il pu se révéler aux autres? D'ailleurs il considérait la poésie comme un art éclatant, et non comme une confidence intime des sentiments du cœur. Il me semble manifeste, et par sa nature italieane, et par sa vie, et par ses lettres, et par les poésies mêmes qu'il a composées dans sa captivité, que l'impétuosité de ses passions, plutôt que la profondeur de ses pensées, causait sa mélancolie; il n'y avait pas dans son caractère, comme dans celui des poètes allemands, ce mélange habituel de réflexion et d'activité, d'analyse et d'enthousiasme, qui trouble singulièrement l'existence.
L'élégance et la dignité du style poétique sont incomparables dans la pièce du Tasse ^ et Goethe s'y est montré le Racine de l'Alîemagae. Mais si l'on a reproché à Racine le peu d'intérêt de Bérénice^ on pourrait, avee bien plus de raison, blâmer la froideur dramatique du Tasse de Goethe ; le dessein de l'auteur était d'approfondir les caractères, en esquissant seulement les situations ; mais cela est-il possible? Ces longs discours pleins d'esprit et d'imagination , que tiennent tour à tour les différents personnages, dans quelle nature sont-ils pris? qui parle ainsi de soi même et de tout? qui épuise à ce point ce qu'on peut dire, sans qu'il soit question de rien faire ? Quand il arrive un peu de mouvement dans cette pièce, on se sent soulagé de l'attention continuelle qu'exi-
gent les idées. La scène du duel entre le poëte et le courtisan intéresse vivement; la co'ère de l'un et l'habileté de l'autre développent la situation d'une manière piquante. C'est trop exiger des lecteurs ou des spectateurs, que de leur demander de renoncer à l'intérêt des circonstances pour s'attacher uniquement aux images €t aux pensées. Alors il ne faut pas prononcer les noms propres, ni supposer des scènes, des actes, un commencement, une fm, tout ce qui rend l'action nécessaire. La contemplation plaît dans le repos ; mais loi-squ'on marche , la lenteur est toujours fatigante.
Par une singulière vicissitude dans les goûts , les Allemands ont d'abord attaqué nos écrivains dramatiques, comme transformant en Français tous leurs héros. Ils ont réclamé avec raison la vérité historique, pour animer les couleurs et vivifier la poésie; puis tout- à-coup ils se sont lassés de leurs propres succès en ce genre, et ils ont fait des pièces abstraites , si Ton peut s'exprimer ainsi, dans lesquelles les rapports des hommes entre eux sont indiqués d'une manière générale, sans que le temps, le lieu, ni les individus y soient pour rien. C'est ainsi, par exemple, que, dans la Fille naturelle, une autre pièce de Goethe, l'auteur appelle ses personnages le duc, le roi, le père, la fille, etc., sans aucune autre désignation; considérant l'époque pendant laquelle l'événement se passe, le pays et les noms propres presque comme des intérêts de ménage, dont la poésie ne doit pas s'occuper.
Une telle tragédie est véritab'ement faite pour être jouée dans le palais d'Odin, où les morts ont coutume de continuer les occupations qu'ils avaient pendant leur vie: là, le chasseur, ombre lui-même, poursuit l'ombre d'un cerf avec ardeur, et les fantômes des guerriers se battent sur le terrain des nuages. Il parait que, pendant quelque temps, Goethe s'est tout-à-fait dégoûté de l'intérêt dans les pièces de théâtre. L'on en trouvait dans de mauvais ouvrages; il a pensé qu'il fallait le bannir des bons. Néanmoins , un homme supérieur a tort de dédaigner ce qui plaît universellement; il ne faut pas qu'il abjure sa ressemblance avec la nature de tous , s'il veut faire valoir ce qui le distingue. Le point qu'Archimède cherchait pour soulever le monde est celui par lequel un génie extraordinaire se rapproche du commun des hommes. Ce point de contact lui sert à s'élever au-dessus des autres; il doit partir de ce que nous éprouvons tous, pour arriver à faire sentir ce que lui seul aperçoit. D'ailleurs, s'il est vrai que le despotisme
des convenances mêle souvent quelque chose de factice aux plus belles tragédies françaises, il n'y a pas non plus de vérité dans les théories bizarres de l'esprit systématique. Si l'exagération est maniérée, un certain genre de calme est aussi une affectation. C'est une supériorité qu'on s'arroge sur les émotions de l'ame , et qui peut convenir dans la philosophie, mais point du tout dans l'art dramatique.
On peut sans crainte adresser ces critiques à Goethe, car presque tous ses ouvrages sont composés dans des systèmes différents : tantôt il s'abandonne à la passion , comme dans Werther et le Comte d'Egmont ; une autre fois il ébranle toutes les cordes de l'imagination par ses poésies fugitives ; une autre fois il peint l'histoire avec une vérité scrupuleuse , comme dans Goetz- de Berlichingen; une autre fois il est naïf comme les anciens, dans//ermann et Dorothée. Enfin, il se plonge avec Faust dans le tourbillon de la vie; puis tout-à-coup, dans le Tasse ^ la Fille naturelle^ et même dans Iphigénie, il conçoit l'art dramatique comme un monument élevé près des tombeaux. Ses ouvrages ont alors les belles formes , la splendeur et l'éclat du marbre ; mais ils en ont aussi la froide immobilité. On ne saurait critiquer Goethe comme un auteur bon dans tel genre et mauvais dans tel autre. Il ressemble plutôt à la nature, qui produit tout et de tout; et l'on peut aimer mieux son climat du midi que son climat du nord, sans méconnaître en lui les talents qui s'accorde avec ces diverses régions de Famé.