DE LA MAJORITÉ DE LA NATION
reposaient sur son éloquence ; et les âmes faibles , qui redoutent, par un instinct secret , l'impression même que peuvent leur faire les déclamations de ceux qu'elles ont dû croire amis de la liberté , aimaient un homme assez dévoué et assez intéressé au succès de la révolution , pour qu'on pût l'entendre parler d'ordre sans craindre qu'il ne voulût conduire au despotisme , et de sûreté pour tous sans redouter qu'il n'aspirât à l'exception pour quelques uns.
Cependant n'existe-t-il que cet homme, éloquent sans doute, mais si souvent soupçonné de parler , d'entraîner pour l'avis qu'il avait reçu ; n'existe-t-il que lui capable de défendre une opinion qui n'attend pour se montrer qu'un mot de ralliement, et n'a besoin que d'un jour de courage pour dominer à jamais? Tous les amis de la liberté , tous ceux qui ont bien mérité d'elle, ont droit de se liguer contre les hommes qui veulent confondre la licence et la liberté , la monarchie et le despotisme; parce que Tune et l'autre sont dans la même direction; que la même pente mène au bienfait de Tune et au malheur de l'autre; que la même impulsion peut conduire au but, ou précipiter dans Pabîme. Mais pour embrasser cette cause qui , appartenant à la modération de Tesprit; demande plus que toute autre une grande énergie dans l'ame pour la défendre , il faut commencer avec la seule coalition de sa rairon et de sa conscience; il faut se hâter de combattre, et consentir à Y ajournement de la gloire; il faut, non dédaigner la popularité, premier objet de l'ambition d'un homme libre, mais lui donner la stabilité de l'estime. Les jugements du peuple ne doivent être crus que sur le résultat; sur le choix des moyens, son opinion n'a nulle valeur. Il faut apprendre à se passer de ses applaudissements en route; ses couronnes ne sont honorables qu'au but.
La révolution permettait des succès plus rapides ; chaque jour produisait un bien , en détruisant un abus ; mais l'œuvre dune constitution est le résultat de trop de pensées pour n'être pas diversement jugée ; et c'est dans la rectitude de son esprit et de son cœur qu'il faut chercher des suffrages qui ne peuvent de longtemps être universels. Il faut cependant, il faut rallier ce grand procès à deux seuls étendards; il faut ne plus compter parmi les citoyens français ces partisans de l'ancien régime, qui déclarent ne pas vouloir penser , attendu leur qucdité de gentilshommes ; il ne faut perdre ni du temps , ni des forces précieuses , à com- 3. 23
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battre ce vain fantôme que le génie malfaisant delà France revêt de quelques formes mensongères, pour entraîner d'utiles chevaliers à sa poursuite. Il n'est plus que deux partis, les royalistes et les républicains : pourquoi tous les deux n'oseraient-ils pas se nommer ? quels sentiments condamnent les républicains à l'hypocrisie, et les royalistes au silence? pourquoi ne voit-on pas cesser ce contraste bizarre? pourquoi les uns ne sont-ils pas instruits par les autres ? pourquoi les républicains craignent-ils des royalistes qui n'osent avouer leur opinion, et les royalistes des républicains qui se croient forcés de professer un sentiment contraire? Ces deux opinions politiques ne peuvent-elles pas être soutenues? y a-t-il du sacrilège dansl'une, delà servitude dans l'autre? le temps où l'on faisait une religion de la royauté n'est-il pas passé sans retour? ne sommes-nous pas arrivés à la considérer comme une idée politique dont il faut peser les avantages et les inconvénients, comme de toute autre institution sociale ? pourquoi tous les républicains n'osent-ils pas l'attaquer? pourquoi les royalistes n'osentils pas la défendre? On la traite comme un préjugé, il faut l'analyser comme un principe ; l'un s'apaise avec des mots, l'autre veut des conséquences.
Quand cette grande question sera éclaircie , il pourra rester deux partis ; on pourra se faire la guerre, mais on ne se trompera plus , mais 0 a ne s'attaquera plus avec des sophismes qui servent de cadre aux injures que le peuple doit retenir. Qu'ils s'élèvent donc à cette hauteur de vérité , ces deux partis faits pour diviser le royaume et l'assemblée. Il n'est point esclave, celui qui veut la monarchie; il n'est point factieux, celui qui veut la république. Il n'est d'esclaves, il n'est de factieux à craindre que parmi les hypocrites ; quiconque dit ce qu'il pense a la nation entière pour témoin et pour juge. Mais il est temps , pour ceux qui sont fermement convaincus qu'il n'y a de république possible , dans un grand état, que la république fédérative, et que l'unité de l'empire ne peut exister qu'avec un roi; pour ceux qui croient que la liberté et la prospérité de leur pays commandent le soutien de cette opinion, de se prononcer hautement pour elle dans l'assemblée nationale. Il faut qu'ils arrivent à lafm, selon l'esprit qui doit animer la prochaine législature ; et loin que ce parti puisse rallier à lui les âmes faibles et timides , il a plus besoin que l'autre de l'intrépidité qui brave tous les genres de soupçons et de dangers; il faut qu'il impose, par Taudace de son caractère, à