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DE LA MAJORITÉ DE LA NATION

encore ce sentiment , sorte d'égide , que l'on a peut être conservée trop long-temps , mais qui , dans les premiers moments , devait paraître sacrée. Enfin, quand les ennemis de la révolution semblent d'accord avec ceux qu'ils ont l'air de haïr, pour faire durer les craintes et perpétuer à fenvi les uns des menaces , les autres des terreurs vaines, la nation en suspens n'ose pas ge rassurer, et laisse encore agir ces hommes ardents qui ne connaissent de la liberté que sa conquête , et dévastent la terre dont ils se sont emparés.

Je dirai aux partisans de l'ancien régime , aux aristocrates (si l'on osait se servir encore d'un nom employé tant de fois pour dispenser de l'examen , et plus souvent encore du talent ) , je dirai aux aristocrates : Ne prenez pas ces hommes éclairés , mécontents de quelques parties de la constitution , ni ces cœurs vertueux justement indignés des crimes de la révolution, pour des alliés secrets de votre parti : c'est au fond de leur cœur qu'existe rinvincible éloignement qui vous sépare; et, pour le connaître, il vous suffirait d'être un jour triomphants.

Vous aussi, ennemis actuels de la chose publique, vous qui profanez tous les mots en vous en servant , et qui , protégeant toujours vos actions par votre langage , appelez des unes à l'autre, pour faire illusion aux hommes, vous n'avez pas pour aliiés tous ceux qui s'honorent de ce titre d'amis de la constitution , qui a servi vos haines contre les individus , bien plus que votre amour pour la chose publique. Mais si , dans les temps de trouble, les hommes et les opinions se confondent , on les sépare à la paix; et plus la religion de la liberté deviendra universelle , plus il sera juste de ne pas regarder sa profession seule comme une sauvegarde, et d'examiner aussi quelle morale on unit à cette foi. Les comparaisons tirées de la religion viendraient en foule dans un pareil sujet: car le fanatisme et l'hypocrisie appartiennent à toutes les causes avec lesquelles on a remué le peuple ; le fanatisme est pour lui , l'hypocrisie pour ses chefs.

En étudiant dans l'histoire d'Angleterre le caractère des puritains , en observant ce qui se passe de nos jours , on verra que l'on ne prend jamais sur le peuple un empire long et redoutable, que par l'apparence de toutes les vertus ; c'est sa moralité même qui le soumet à l'hypocrisie. Les succès de l'hypocrisie commençant toujours loin d'elle, les hommes éclairés qui l'approchent en demeurent seuls les ennemis; maisce sont eux quitôt ou tard déci-

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dent de tous les genres de réputation : il faut que la renommée parte du centre des lumières; celle qui vient de la circonférence se perd en chemin.

Je crois donc que la majorité de la nation veut et voudra toujours légalité et la liberté; mais qu'elle désire Tordre, et croit que , pour le maintenir, l'autorité légale et la force légitime d'un monarque sont nécessaires.

Il y a de même du despotisme, il y a de même de l'aristocratie dans le parti que les factieux dominent : leur despotisme , en s'exerçant au nom du peuple, ravit souvent à l'opposition ce qui lui tieat partout lieu de puissance , les honneurs du courage et réclat de la résistance : leur aristocratie , qui semble fondée sur le consentement libre , peut jeter un moment encore sur ceux qui la combattent le soupçon de l'envie; mais n'en sont-ils pas absous par la médiocrité de ces talents mêmes dont on veut les croire jaloux, et par les honneurs qu'ils ont rendus pendant sa vie et après sa mort au véritable génie que possédait Mirabeau ? Cet homme qui brava souvent l'opinion publique , mais soutint toujours la volonté générale , s'était mis depuis quelque temps à la tête du vœu que je crois celui du plus grand nombre ; à la tète de ces amis de Tordre et de la monarchie, non moins défenseurs que les républicains des immortelles bases de la constitution française, la liberté et l'égalité. Il pouvait avoir des principes modérés, celui qui les soutenait avec passion ; il pouvait attaquer les factieux , celui qui avait si bien mérité le nom de révolutionnaire; il pouvait tout, hors inspirer ce respect que la vertu seule obtient^ dont on ne sent peut-être pas le vide au milieu de l'enthousiasme du moment, ou de ces regrets causés par la mort , qui trompent l'homme sur le passé, comme Tespérance le trompe sur Tavenir, mais do3t la privation affaiblit à la longue toutes les puissances. La terreur qui s'est emparée des esprits en apprenant sa perte annonçait-elle seulement Teffroi qu'inspire la disparition d'un grand talent, d'une puissante force de pensée, sur laquelle on se reposait pour reculer les bornes de l'esprit humain? Non, cette terreur est surtout l'irrécusable signe du vœu de la majorité de la nation; ces regrets sont donnés à l'homme qui, véritable ami de la liberté , croyait que Texistence d'un roi armé par la constitution d'une force suffisante pour faire exécuter les lois, était nécessaire à la France, et qui, depu's quelque temps, paraissait "vouloir se vouer à la défense de cette vérité. Les esprits sages se

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