DE LA TEAITE DES NÈGRES
et des nations entières ont été préservés , sans que les avantages pécuniaires du commerce en aient souffert.
L'Angleterre, depuis ce temps, en signant la paix avec le Danemark , a fait de l'abolition de la traite des nègres un des articles du traité : la même condition a été demandée au Portugal , qui , jusqu'à présent, n'a encore admis que des restrictions. Mais aujourd'hui que la confédération des souverains se trouve réunie pour affermir par la paix le repos qu'elle a conquis par les armes, il semble que rien ne serait plus digne de l'auguste congrès qui va s'ouvrir, que de consacrer le triomphe de l'Europe par un acte de bienfaisance. Les croisés , dans le moyen âge , ne partaient point pour la Terre Sainte sans se lier eux-mêmes par quelques vœux à leur retour. Les souverains , maintenant réunis en France, promettaient le bonheur de l'Afrique à ce ciel propice dont ils ont obtenu la délivrance de l'Europe.
Beaucoup d'intérêts politiques vont être discutés ; mais quelques heures données à un si grand intérêt religieux ne seraient pas même inutiles aux affaires de ce monde. On dirait désormais : C'est à cette paix de Paris que la traite des nègres a été abolie par l'Europe entière ; elle était donc sainte , cette paix , puisqu'on l'a fait précéder d'une telle action de grâces au Dieu des armées.
On a proposé d'élever un monument pour consacrer la chute de l'oppresseur qui pesait sur l'espèce humaine ; le voilà , ce monument qu'une parole suffit pour éle\er : « La traite des nègres est abolie par les rois qui ont renversé la tyrannie de la conquête en Europe. »
Les souffrances qu'on fait éprouver à ces malheureux nègres pour les transporter de chez eux dans les colonies, font presque de l'esclavage même qui leur est destiné un soulagement pour eux. On excite la guerre dans leur propre pays, pour qu'ils se livrent les uns les autres ; être vendu comme esclave est la punition admise sur les côtes d'Afrique pour tous les genres de fautes. Les chefs noirs cpi se permettent cet infâme trafic excitent les nègres au crime par l'ivresse, ou par tout autre moyen, afin d'avoir le droit de les faire exporter en Amérique. Souvent, sous le ridicule prétexte de la sorcellerie, ces infortunés sont pour jamais exilés des bords qui les ont vus naître, loin de cette patrie plus chère encore aux sauvages qu'aux hommes civilisés. De longs cercueils, pour me servir de l'expression d'un écrivain français, les trans-
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portent sur les mers ; ils sont entassés dans le vaisseau de façon qu'ils occuperaient plus de place s'ils étaient morts, car leur corps serait du moins alors étendu sur la misérable planche qu'on leur accorde.
M. Pitt j dans son discours contre la traite des nègres, a dit en propres termes : « Je ne connais aucun mal qui ait jamais existé, et je ne puis en imaginer aucun qui soit pire que quatre-vingt mille personnes annuellement arrachées de leur terre natale, par la combinaison des nations les plus civilisées de l'Europe. » On sait quels étaient les principes de M. Pitt , et la part qu'il a eue par ses opinions inébranlables au triomphe actuel des alliés. Son autorité ne doit-elle pas être comptée? et celle des trois pouvoirs de l'Angleterre , la chambre des communes, la chambre des pairs, «t le roi , ne consacre-t-elle pas la vérité des faits et des principes maintenant soumis à l'attention des monarques?
Enfin , l'on ne peut se le dissimuler, l'Europe doit beaucoup à l'Angleterre : elle a souvent résisté seule dans le cours de ces \ingt-cinq années, et nulle part il n'a existé un combat qui ne fût secondé par ses soldats ou par ses secours. On ne sait de quelle manière récompenser une nation la plus riche et la plus heureuse de l'uuivers. Un guerrier reçoit de son souverain une marque d'honneur; mais une nation qui s'est conduite tout entière comme un guerrier, que peut -on faire pour elle? Il faut adopter le grand acte d'humanité qu'elle recommande à tous les gouvernements de l'Europe : il faut faire le bien pour luimême, mais aussi pour la nation anglaise qui le sollicite, et à laquelle il est juste d'accorder cette noble marque de reconnaissance.
Le même avocat de l'humanité, M. AYilberforce , est en Angleterre à la tête de l'établissement des missionnaires qui doivent porter les lumières du christianisme dans l'Asie et dans l'Afrique. Mais comment se dire chrétien, si l'on était cruel? Ne peut-on pas demander au roi de France, à ce pieux héritier de saint Louis et de Louis XVI , d accéder à l'abolition de la traite des nègres , afin que cet acte d'humanité persuade le cœur de ceux à qui l'on va prêcher l'Évangile ? Ne peut-on pas demander aussi cette ac- <;ession à l'Espagne, qui a réveillé l'esprit national sur le continent? au Portugal, qui s'est battu comme un grand état? à l'Autriche, qui n'a considéré que le salut de l'empire allemand? à la Prusse, où la nation et le roi se sont montrés si simplement hé-
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roïques? Demandons aussi ce grand bienfait à l'empereur de Russie, qui a mis lui-même des limites à son ambition, quand elle ne rencontrait plus aucun obstacle au-dehors. Un souverain absolu a combattu pour fonder les principes sages de la liberté politique ; la couronne d'un tel monarque doit être composée de tous les genres de gloire : l'empereur de Russie régit , sur les confins de l'Asie ; des peuples dont les degrés de civilisation sont divers; il tolère toutes les religions, il permet toutes les coutumes; €t le sceptre est , dans ses mains , équitable comme la loi. L'Asie €t l'Europe bénissent le nom d'Alexandre : que ce nom retentisse encore sur les bords sauvages de l'Afrique ! Il n'est aucun pays sur la terre qui ne soit digne de la justice.