‹ ŒuvresChapitre 25 sur 87 · DE MADAME DE MARTIGUES, AU MEME · texte numérisé non relu

DE MADAME DE MARTIGUES, AU MEME

Eh ! paix, taisez-vous. Avec vos tristes expressions voulez-vous ramener ici la crainte et la douleur ? Le ciel nous préserve de

douter de l'état de madame de Sancerrel Elle est bien, trèsbien, vous dit-on; il sera difficile de vous le persuader. Tendre et mélancolique^ un peu sombre, un peu taciturne, vous aimez à vous affliger ; et quand un nuage bien noir a fixé vos regards, vous le voyez encore longtemps après qu'il est effacé.

La charmante malade va se lever tout à l'heure. Qu^elle se ménage ! quelle prenne garde ! Oh ! vraiment on a besoin de vos avis. Vous vous croyez une tête supérieure, un esprit fort prévoyant. Est-ce que je ne suis pas auprès de mada me de Sanccrrc ? je voudrois voir suivre d'au 1res ordres que les miens dans celte chambre : demandez à madame de Termes si je suis une garde attentive, j'ajoute, et prudente; ce qu'elle oublicroit peut-être de vous dire.

Le comte de Piennes m'a montré votre lettre; il est charmé de votre amitié et de vos félicitations. Eh ! mais, rien n'est plus singulier ! Tout Paris dit que je l'épouse, on le dit en Bretagne, je l'ai dit la première; cependant je ne m'accoutume point à entendre répéter cette nouvelle; souvent je suis tentée de parier qu'elle n'est pas vraie.

Pendant que vous êtes tout chagrin, faites-moi vite un compliment de condoléance. Sur quoi? Sur mon mariage apparemment : eh ! pourquoi non? Se marier, cela est si sérieux, si triste ! On m'a tant tourmentée, tant excédée ! Je suis si bonne, si complaisante!... Est-ce que vous ne mourez pas de vapeurs à Rennes ? est-ce que vous ne reviendrez jamais ? Bonjour, mon pauvre comte, vous me faites une grande pitié. Être en province, plaider, vivre en famille, cela est bien ennuyeux, n'est-ce pas?

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