‹ ŒuvresChapitre 84 sur 87 · LETTRE XXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVI

Dimanche, à Winchester.

Je pars après-demain pour Erford : Abraham est ici : son maître envoie savoir de mes nouvelles; je le crois plus inquiet de ma réponse que de ma santé. La fin touchante de sa femme avoit arrêté les transports de ma joie; elle me frappe encore; mais mon cœur parle; il se fait écouter. Ma chère Henriette, concevez-vous mon bonheur? Le comte d'Ossery n'est pas indigne de ma tendresse; qu'il m'est doux d'accorder à son mérite ce que je croyois donner à la prévention! Il n'a point démenti ces qualités distinguées qui lui soumirent toutes les affections de mon âme. C'est un homme estimable, sincère, généreux, qui va bientôt reparoîlre à mes yeux... Ah! tout est pardonné, tout

An LETTRES DE MYLADY CATESBY.

est oublié! Je ne lui ferai point acheter par des soumissions, des craintes, * des incertitudes, un bien qu'il désire: un prompt retour sera le prix de sa confiance... Quel heureux avenir s'ouvre devant moi! Mais je vais lui écrire; pourquoi relarderois-je le plaisir que je puis lui procurer? Voici la copie de mon billet.

« Vous me croyez changée ! non, je ne le suis point. Sensible à votre confiance, je crois devoir Pèlre aussi à vos sentiments. Je vais chez mylord d'Ormond. Si vous voulez vous rendre à Erford, j'y reverrai le comte d'Ossery avec ce plaisir vif qu'on sent en retrouvant un ami que l'on croyoit avoir perdu pour jamais. »

En l'invitant d'aller à Erford, en lui disant que je le verrai avec plaisir, n'est-ce pas tout lui dire? Je cache avec peine l'agitation de mes sens; la joie brille dans mes yeux; on dit que je suis embellie depuis deux jours. 0 ma chère amie, que je voudrois vous voir!

Mais j'ai des adieux à faire, des larmes à essuyer. Le pauvre sir Henry î II est en vérité digne de pitié : je lui ai ouvert mon cœur, il sait tout; j'ai cru devoir quelque chose à l'extrême passion qu'il a pour moi. Cette confidence, en lui prouvant mon estime, a paru calmer un peu ses chagrins : il sera mon ami, dit-il: mon bonheur le consolera... Il m'a touchée. Adieu, ma chère Henriette; j'attends vos félicitations h Erford; j'y serai jeudi, peut-être mercredi : vous jugez bien que j'ai beaucoup d'envie d'y arriver.

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