‹ ŒuvresChapitre 83 sur 87 · HISTOIRE DE MYLORD D OSSERY · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MYLORD D OSSERY

« Lorsque lady Charlotte Chester eut donné au duc de Pembroke une préférence que mes soins et mon attachement m'avoient fait espérer, je voulus m'éloigner d'elle, et je passai en France. J'étois vivement touché de sa perfidie ; elle me porta à éviter les femmes; je jugeai de toutes par la seule que j'avois examinée;

je pensai que TintércM et la vanité étoient les uniques passions dont elles fussent susceptibles. Je m'armai donc contre elles de la connoissance que je croyois avoir acquise de leur âme, et l'employai avec succès pour me garantir de leurs charmes.

« On me présentoit à la cour, à la ville, comme un sauvage qui joignoit à la férocité attribuée à sa nation un éloignement révoltant pour des goûts adoptés et des usages reçus. Ma sagesse paroissoit ridicule, surtout dans l'âge oîi l'on est convenu de se livrer à tous les dérèglements dont on croit qu'il peut être l'excuse. Je ne sais jusqu'où l'indulgence des François s'étend sur cet article. Ici j'ai vu bien des gens qui, pour avoir trop espéré de cette excuse, n'ont pu, dans leur maturité, faire oublier leur jeunesse.

« Six mois après mon départ de Londres, mon frère aîné fut tué sur mer, et le second- mourut en Ecosse d'une chute qu'il lit à la chasse. Ma fortune devint égale à celle du duc de Pembroke; je pensai que la duchesse se repentiroit peut-être d'avoir précipité son choix. Le regret dont j'imagnai qu'elle seroit pénétrée fut l'avantage le plus réel que je crus trouver en héritant des titres et des biens de ma maison.

c( Mon séjour en France ne m'ôta point les impressions que j'y avois apportées ; les femmes m'y parurent charmantes : mais l'idée de lady Charlotte et le souvenir de son inconstance me défendirent contre l'amour. Je revins en Angleterre dégagé de ma passion, mais sensible encore au regret de m'y être abandonné. La vue de la duchesse me chagrina, et me fit éprouver une sorte d'ennui qui me donna du dégoût pour Londres. Je résolus de m'en éloigner encore, et je me préparois à revoir l'Italie, quand d'Ormond, instruit de mon retour, me pressa d'aller le voir à Erford. Je m'y rendis, croyant y passer peu de jours ; mais je trouvai dans vos yeux l'attrait flatteur qui devoit me fixer dans ma patrie, et me réconcilier avec le sexe aimable dont lady Juliette est l'ornement, Yous fîtes naître dans mon cœur des sen-

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timents bien nouveaux pour moi ; ils m'apprirent que je n'avois point aimé lady Charlotte, et que la vanité blessée peut exciter dans notre âme tous les regrets qui semblent naître de l'amour trahi ou méprisé.

« D'Orsey vous importuna bientôt par ses empressements ; son exemple m'effraya ; l'éloignement que sa tendresse vous donna pour lui me lit mettre tous mes soins à vous cacher la mienne. Écouté, préféré comme ami, je craignois de paroitre comme amant ; il m'étoit si doux d'avoir votre confiance, d'être de moitié dans vos amusements, de vous voir sans cesse, sans vous donner d'ennui ni vous inspirer de crainte, que je n'osois risquer de perdre ce bien, en vous découvrant le dessein de vous plaire. Quelquefois il me sembloit que vous me deviniez : j'oubliai un jour que je n'étois pas en droit de me montrer jaloux, je vous laissai voir du dépit, de l'humeur. Mon trouble vous toucha, il vous toucha trop même... Que je sens de plaisir à me rappeler ces premiers instants de mon bonheur! ces temps heureux où, sans vous l'avouer peut-être, vous partagiez tous les mouvements de mon âme! Ils sont passés, ces moments délicieux, et lady Juliette ne s'en souvient plus.

« Avec quelle peine je renfermois en moi-même des sentiments si vifs, si tendres ! Combien le souvenir de lady Charlotte m'intimidoit! Je ne considérois plus son changement sous le même aspect ; depuis que je vous aimois, j'excusois la légèreté de mylady Pembroke ; il me sembloit que je n'avois point en moi ce charme attirant qui fait naître l'amour et le rend constant. J'osai f>arler enfin ; mes vœux furent comblés ! Vous consentiez à me donner votre main ; tout m'annonçoit des jours heureux : dans l'ivresse de ma joie, trop prompt à me flatter, j'ajoutois déjà au bonheur dont je jouissois la félicité suprême qui m'étoit promise, quand je fus invilé aux noces de Portland. Je ne sais quel pressentiment se joignoit à la douleur que je sentois en m'éloignant de vous ; mais je partis d'Erford accablé du regret de vous

quidcr. Hélas! ce chagrin étoitle Irisle présage du malheur qui devoit m'arriver!

«Avant que j'entre dans le détail humiliant de l'aventure falale qui nous sépara, permettez-moi d'implorer votre indulgence... Mais comment espérer de vous toucher, si vous ne m'aimez plus î si ma vue vous effraye, si vous m'avez fermé pour jamais ce cœur autrefois si tendre pour moi, si sensible à mes moindres inquiétudes ! Que de serments vous trahissez, si le soin de mon bonheur ne vous intéresse plus ! Quoi ! cette passion si chère, ces plaisirs si purs qu'elle nous fit goûter ne peuvent-ils ranimer en vous une étincelle de ce feu?... Ah! remettez sur vos yeux le bandeau de l'amour ; qu'il vous cache mes fautes et ne vous laisse voir que mon repentir.

« Je retournois à Erford avec la vitesse et l'impatience d'un amant qui va revoir celle qui aime, lorsqu'en passant à Middlesex, je rencontrai iMonfort, Bennet, Andson, Lindsey et plusieurs jeunes gentilshommes avec lesquels j'avois été à l'université. A l'exception de Monfort, qui étoit mon ami, j'avois peu revu les autres; ils avoient arrêté Abraham qui couroit devant moi, et m'arrêtèrent aussi à la poste où ils m'attendoient. Ils revenoient de la chasse et soupoient tous chez Monfort, dont la mère avoit une maison dans ce lieu. Il me fut impossible de résister à leurs prières, ou, pour mieux dire, à leurs importunités; ils m'obligèrent d'accepter un souper qui ne me promettoit aucun agrément, et me privoit du plaisir d'arriver assez tôt à Erford pour vous voir au moins un instant. C'étoient des heures dérobées à l'amour; je les perdois à regret, et n'en fis le sacrifice qu'avec une extrême répugnance, La rjière de Monfort étoit partie le matin pour Londres, où une affaire pressante l'avoit appelée : ainsi notre souper devenoit une de ces parties libres et bruyantes où Ton s'étourdit en parlant tous à la fois, qui finissent par des paris ridicules ou ruineux, souvent même par briser les meubles et s'égorger sur leurs débris.

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«L'ennui me saisit dès le premier service, il augmenta de plus en plus ; l'insupportable joie des convives, l'éclat de leurs voix et le désordre de leurs propos me firent maudire cent fois l'instant où je lesavois rencontrés. Le sang-froid que je conservois parmi ces extravagants ajoutoit au dégoût qu'ils m'inspiroient; je m'en aperçus, et, voulant tirer quelque parti de la désagréable situation où je me trouvois, j'imaginai que le seul moyen de la sentir moins étoit de m' efforcer de perdre une partie de ma raison. Je ne pouvois plus espérer de vous voir en arrivant; je résolus donc de faire comme les autres, et je me prêtai à leur folle gaieté : ce projet me réussit; je commençai bientôt à trouver mes anciens camarades un peu plus supportables.

« La conversation varioit et n'étoit guère suivie ; elle tomba sur les femmes; on en parla avec plus de vivacité que de décence; les uns les exaltoient, les autres les déchiroient. Lindsey, naturellement sensible et bonnête, les défendit avec chaleur : il ramena à l'opinion où il étoit, que la douceur d'être aimé d'une seule l'emporte de beaucoup sur le plaisir de médire de toutes. On se réunit donc pour louer ces êtres charmants auxquels le ciel remit le pouvoir de nous rendre heureux. L'un parloit de leur beauté dont l'attrait a tant de force sur nos cœurs; l'autre vantoit leur esprit plus séduisant encore, la finesse de leur goût et la délicatesse de leurs sentiments. Monfort tout seul soutint que l'esprit naturel et l'ingénuité surpassoient le savoir et les talents qu'on faisoit acquérir aux femmes, et que la plus simple étoit la plus aimable. On disputa contre lui, il s'obstina ; et pour prouver ce qu'il avançoit, il envoya dire à la gouvernante de sa sœur de venir avec elle.

«Il falloit être aussi peu capable'de réflexion qu'il étoit alors pour exposer sa sœur à paraître au milieu de dix ou douze jeunes fous, peu en état de songer à ce qu'ils dévoient à son sexe et à son âge. En attendant qu'on l'amenât, Monfort nous apprit que depuis la veille seulement elle étoit sortie de la mai-

son oïl elle avoit été élevée ; il fit éclater l'amitié la plus vive pour elle, et nous assura que personne ne pouvoit être plus simple ni plus aimable. Miss Jenny vint alors confirmer par sa présence les louanges que son frère donnoit à l'ingénuité. Son air annonçoit ce caractère; il étoit dpux, modeste; une figure noble, gracieuse dans tous ses mouvements, réparoit en elle le défaut de régularité, elle avoit cet agrément que donne la fraîcheur de la première jeunesse; et ses traits, sans être beaux, offroient quelque chose de touchant. Elle prit sa place auprès de Monfort; et, par soumission pour ses ordres réitérés, elle fit raison à ses amis des santés qu'ils lui porloient tous à la fois. Sa vue avoit ranimé leur joie; il étoit heureux pour elle que son extrême simplicité lui dérobât une partie des transports qu'elle excitoit et des expressions dont on se servoit pour vanter ses charmes. Sir Bennet s'empara de la gouvernante, et la mit bientôt hors d'état de veiller sur sa jeune élève. Miss Jenny, ennuyée d'un monde auquel elle n'étoit point accoutumée, insista sur la permission de se retirer ; elle l'obtint avec peine, et nous quitta avec plus de plaisir qu'elle n'en avoit senti à nous voir.

« Quelques moments après, étourdi par le bruit, fatigué de la chaleur, je me levai pour prendre l'air, dont je n'avois jamais eu tant de besoin! je sortis de la salle, et me trouvai dans un vestibule dont la lumière finissoit. J'en aperçus dans l'éloignement; et, dirigeant mes pas de ce côté, je traversai une longue enfilade de pièces ; je parvins à un grand cabinet où j'entrevis une femme : je n'eus pas le temps de la bien distinguer; un mouvement qu'elle lit renversa une petite table sur laquelle étoit une seule bougie, qui s'éteignit en tombant. Au son de voix de cette femme, à ses questions, je la reconnus pour miss Jenny j je me nommai, et la priai de vouloir bien me faire conduire au jardin ; elle me répondit qu'elle alloit sonner pour avoir de la lumière. Dans la profonde obscurité où nous étions, il lui fut impossible de trouver le cordon de la sonnette ; cet appartement lui étoit '

presque aussi étranger qu'à moi. Cependant elle cherchoit à se rappeler de quel côté la cheminée étoit placée, et nous nous efforcions l'un et l'autre de la trouver. Mon embarras et le peu de succès de nos recherches lui parurent plaisants; elle se mit à rire de si bon cœur, que sa gaieté excita la mienne. La jeune miss n'étoit guère plus à elle qu'à moi-même; elle appeloit, mais en vain ; les gens étoient trop éloignés du lieu où nous nous trouvions pour pouvoir nous entendre. En marchant au hasard, nous nous heurtions tous deux ; miss Jenny redoubloit ses rires, badinoit de mon inquiétude, et mille plaisanteries enfantines me forçoient à rire aussi.

« Déterminés tous deux à finir ce jeu, nous convînmes d'abandonner l'espérance de nous faire entendre, et de nous en tenir à trouver une porte qui conduisoit à une espèce de galerie de laquelle on passoit au jardin; nous nous orientâmes de notre mieux. Miss Jenny me prit par la main; et, se conduisant de meuble en meuble, elle reconnut la place où elle étoit d'abord, m'avertit que la porte devoit être vis-à-vis de nous ; elle s'avança , et je la suivois. Malheureusement elle s'embarrassa dans la table qu'elle avoit renversée, et tomba rudement. Sa chute entraîna la mienne : bientôt de grands éclats de rire me prouvèrent qu'elle ne s'étoit point blessée. L'excès de son enjouement me fit une impression extraordinaire; il m'enhardit; l'égarement de ma raison passa jusqu'à mon cœur. Livré tout entier à mes sens, j'oubliai mon amour, ma probité, des lois qui m'avoient toujours été sacrées : la sœur de mon ami, une fille respectable, ne me parut dans cet instant qu'une femme offerte à mes désirs, à cette passion grossière qu'allume le seul instinct. Un mouvement impétueux m'emporta, j'osai tout; j'abusai cruellement du désordre et de la simplicilé d'une jeune impru^ dente dont l'innocence causa la défaite*

« A peine ce moment d'erreur fut-il passé, que^ ma raison reprenant tous ses droits, je vis ma faute dans toute son étendue.

Miss Jenny, revenue à elle-même, remplissoit l'air de ses cris, gémissoit, fondoit en larmes, et sa juste douleur ajoutoit encore à la mienne. La lune venoit de se lever; et la lumière qu'elle commençoit à répandre me fit apercevoir cette porte dont la recherche nous avoil été si fatale à tous deux. Confus, honteux, désespéré, je ne songeai qu'à m'étoigner. Je sortis de ce cabinet qui me faisoit horreur; et, passant de l'enlréedu jardin dans la cour où mes gens m'attendoient, je montai brusquement dans ma chaise, et repris la route d'Erford, pénétré d'un chagrin dévorant que toutes mes réflexions aigrissoient encore.

« Qu'il se renouvela vivement à votre aspect! Avec quelle bonté voire cœur généreux s'y intéressa! Que de tendres questions! qu'elles me firent sentir de remords ! Combien je me haïssois en songeant que j'avois pu vous trahir! Cependant le plaisir de vous voir, d'être sans cesse auprès de vous, de penser que vous m'aimiez; l'idée de mon bonheur prochain; un charme invincible attaché à vous, à vos regards, à vos discours : tout effaçoit ma tristesse. Je commençois à regarder mon aventure comme une foiblesse dont le souvenir pouvoit se perdre, lorsque ses funestes suites me la rappelèrent avec force et m'obligèrent de subir la peine de mon imprudence... Et! quelle peine! Ah! si vous m'avez aimé, si vous avez daigné me regretter, jugez de mes tourments par les vôtres ! jugez de ma douleur en m'arrachant à vous! à vous que j'adorois... que j'adorerai toujours, de quelque façon que vous puissiez me traiter! Vous devez vous souvenir, madame, qu'un courrier me fit demander la veille de mon départ d'Erford ; il m'apportoitune lettre ; elle étoit de miss Jenny ; et voici ce qu'elle contenoit :

« La malheureuse sœur de votre ami, la triste Jenny Monfort, « est perdue, déshonorée par l'imprudence de son frère, par la « vôtre, mylord, et plus encore par la sienne. Elle vous l'apprend « sans savoir ce qu'elle espère de sa démarche; elle n'a rien « exigé de vous ; vous ne lui avez rien promis ; quel droit lui est-il

« permis de réclamer? Et pourlant, si vous l'abandonnez, n'au- (( rez-vous rien à vous reprocher? Je désire ardemment votre « réponse : si elle n'adoucit point ma situation, je n'attendrai pas « que ma honte paroisse à tous les yeux. Le seul moyen qui peut « m'en faire éviter l'éclat s'est déjà présenté à mon esprit. J'en- « sevelirai avec moi ce funeste secret, et personne ne vous « reprochera jamais le malheur ni la mort de Jenny Monfort. »

« Peignez- vous mon état, madame, après cette lecture; songez dans quelles réflexions je passai cette nuit, la dernière de mon séjour à Erford. Je formai mille projets; ma raison les détruisoit à mesure qu'ils s'offroient à mon imagination ; je voulois aller trouver Monfort, lui apprendre mon malheur, abandonner à sa sœur la moitié de mon bien, tout même. Eh! que m'étoit la fortune sans vous? Mais de quel front proposer à mon ami une réparation qu'en pareil cas je n'aurois point acceptée? Après l'avoir offensé, devois-je l'insulter? risquer de devenir l'assassin d'un homme dont j'avois déshonoré la sœur? Et puis, madame, et puis, cette innocente créature qui m'alloit devoir son être, m'étoit-il permis de la placer au rang des malheureux, de la livrer à la bassesse? N'apporteroit-elle pas en naissant un droit de se plaindre de moi, de mépriser l'auteur de ses jours? La tin de la lettre de miss Jenny m'effrayoit : au milieu de mes agitalions, de mes regrets, pénétré de mon amour pour vous, désespéré de vous perdre, je pris le parti de n'écouter que l'honneur, et d'immoler mes plus chers intérêts à une personne dont l'état exigeoit ce cruel sacrifice.

« Que de combats ! Combien me coûta ce pénible effort 1 C'étoit vous que j'abandonnois! C'étoit à vous qu'il falloit renoncer î J'allois vous chercher pour répandre ma douleur dans votre sein, vous confier mon égarement, mes desseins, vous demander des conseils, de la consolation : mais mon projet s'évanouit à votre vue. Comment vous faire un tel aveu 1 L'affreuse vérité ne put sortir de ma bouche; je n'osai môme vous donner une letlrc uic. 27

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que j'avois écrite dans le tumulte de mes pensées : je m'éloignai, je quittai Erford, et je me séparai de vous dans la triste persuasion de ne vous revoir jamais. Je laissai ma lettre à Abraham, avec ordre de vous la remettre quand je serois parti ; et, joignant le messager de miss Jenny qui m'attendoit à la poste, je pris avec lui la route de Middlesex, d'où je me rendis chez Mon for t.

« La violence des mouvements qui m'agiloient, l'effort que je me faisois pour cacher mon trouble, me causoient une chaleur brûlante; j'élois dans une espèce d'ivresse, et me connoissois à peine. En arrivant je demandai Monfort; il étoit à Londres; on* me conduisit chez sa mère. Après quelques moments de conversation, je parlai de miss Jenny ; et, sachant delady Monfort qu'il n'yavoit encore aucun projet formé pour son établissement, je la demandai. Ma proposition fut reçue avec autant de joie que de surprise; lady Monfort nespéroit pas pour miss Jenny un parti aussi riche que je Fétois : quoiqu'elle fût née pour occuper le rang où j'offrois de la placer, son peu de fortune sembloit l'en éloigner. Sa mère me conduisit à son appartement, et m'annonça comme un amant qu'il falloit traiter en époux.

« Miss Jenny rougit en me voyant; elle baissa les yeux avec une contenance triste et timide : mon embarras égaloit le sien. Suivant l'usage on nous laissa seuls; la honte me mit à ses pieds ; la reconnoissance la fit tomber aux miens; nous ne pûmes nous parler : des soupirs et des larmes furent les uniques expressions de nos cœurs. Je pris jour avac lady Monfort pour dresser les articles; et, feignant une affaire indispensable et pressante, je partis pour Londres.

«J'arrivai chez moi dans un accablement extrême; j'étois oénétré de ma douleur, et plus encore de celle où je vous croyois livrée. En entrant dans mon cabinet, la vue d'une estampe dessinée de votre main frappa mes yeux; je ne pus résister aux mouvements qui s'élevèrent dans mon cœur ; je

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me livrai à ma fureur, et poussai des cris qui attirèrent mes gens autour de moi. Une espèce de frénésie m'ôta l'usage de mes sens; je ne sais ce qui m'arriva pendant longtemps ; je ne sentois ni mon mal, ni le danger de mon état. Mes esprits, affoiblis par la violence de mes transports, par les secours de l'art, m'avoient réduit dans une sorte d'enfance. Monfort ne me quittoit pas; ce qu'il avoit appris de mes intentions pour sa sœur redoubloit son attachement, et rendoit ses soins plus tendres et plus empressés. Il s'applaudissoit de la fantaisie qu'il avoit eue de la faire paroitre à ce souper ; il pensoit qu'elle m'avoit inspiré de l'amour, et le pensoit avec transport; ses discours sur ce sujet renouveloient tous mes regrets. Je me rétablis enfin, et j'épousai miss Jenny.

« Que j'eus de peine à retenir mes larmes au pied de ces autels où j 'a vois cru recevoir des mains du ciel la seule compagne qui pouvoit faire le bonheur de ma vie!... Après m'en avoir privé, il a voulu me hi rendre, ce ciel l)ienfaisant : mais elle a changé, elle est devenue fière, ingrate, inhumaine ; elle ne veut point pardonner.

« Je partis pour le comté d'Herney, où je conduisis une femme jeune, douce, sensible, reconnoissante, aimable peut-être ; mais ce n'étoit pas lady Juliette, ce n'étoit pas la femme élue de mon cœur, celle que j'aimois toujours, à laquelle il ne me restoit plus à consacrer que de tristes soupirs et d'inutiles regrets.

« Mylady d'Ossery donna le jour à une fille : sa vue fit passer dans mon cœur le seul mouvement de joie que j'aie senti loin de vous. Aimable petite innocente ! Combien de fois l'ai-je baignée de mes larmes, en m'applaudissant pourtant d'avoir rempli mes devoirs à son égard ! Ah ! que de tendresse elle devroit à son père, si elle savoit jamais à quel prix il lui donna son nom!

« Je passois les jours entiers au fond des bois pour m'éloigner de lady d'Ossery ; je craignois sa présence ; ses attentions me génoient ; j'avois pour elle les égards de l'amitié, et non pas les

soins de ramonr. Je lui devois davantage; mais comment lui donner un cœur que vous possédiez tout? Je crus pouvoir réparer par ma générosité la froideur de mes sentiments. Prompt à lui procurer des plaisirs que je ne partageois point, je lui donnois des fêtes, je l'accablois de présents ; elle disposoit à son gré de ma fortune ; tout lui étoit prodigué : elle paroissoit contente, et je la croyois heureuse; le temps m'apprit qu'elle ne l'étoit pas plus que moi !

« Quelquefois je voulois vous écrire, vous ouvrir monâ me, vous instruire des raisons de ce mariage, dont vous deviez avoir été si surprise. Mais me convenoit-il de révéler la foiblesse de ma femme, de la mère de ma liUe? Comment vous dire : Pendant un instant de ma vie j'ai pu oublier que je vous aimois; j'ai pu manquer à cette probité, premier fondement de l'estime dont vous m'avez honoré?

« Mylord Exeter, mon ami depuis l'enfance, étoit le seul qui connût mon attachement pour vous : il le connoissoit longtemps avant vous-même. C'est à lui que je m'adressai pour être informé de ce que vous faisiez. J'appris que vous étiez restée à Erford, que vous y pleuriez la mort de votre frère... Ah! pardonnez à l'amour désespéré la bizarre contrariété de ses vœux! Que n'aurois-je pas donné pour vous rendre tranquille, heureuse! et pourtant je sentois de la douceur à penser que vous étiez à Erford, que vous y étiez seule, que vous y pleuriez; que peut-être j'avois part à vos larmes; que, parmi ces regrets donnés à la perte d'un frère chéri, quelques soupirs s'échappoient vers l'amant qui vous adoroit. Votre retour à Londres me causa les plus vives inquiétudes ; vous receviez les visites du duc de Suffolk : jaloux, injuste, je tremblois qu'il n'obtînt un bien auquel je ne pouvois plus prétendre.

« Je recevois chaque semaine un détail circonstancié de toutes vos démarches ; cette espèce de commerce indirect que je semblois entretenir avec vous étoit le seul plaisir auquel je fusse

encore sensible. Que ces détails touclioient mon cœur! combien ils redoubloient mon estime et mon attachement! Quelle femme jamais se conduisit à votre âge avec tant de prudence, sut allier si bien la sagesse austère à l'aimable gaieté, à l'usage du monde! Quelle autre posséda jamais au même degré ces vertus douces, charme de la société; cette indulgence qui fait aimer en vous la supériorité dont vous craignez l'éclat!... Ah! lady Juliette, estce seulement pour vous faire admirer que le ciel répandit sur vous ses dons les plus flatteurs? Il a été un temps où vous croyiez ne les avoir reçus que pour me rendre heureux.

« Après une année de séjour à Herney, lady d'Ossery fut attaquée d'un mal qui sembloit annoncer la consomption : de prompts secours la rétablirent un peu. Mais, au commencement de l'hiver, elle retomba dans une langueur qui fit craindre pour sa vie. Son danger et sa douceur pendant le cours de sa maladie me touchèrent ; je devins assidu près d'elle. En réfléchissant sur ma conduite, je craignis de Tavoir chagrinée ; je redoublai de soins et d'attentions pour effacer l'impression que mon indifférence avoit pu faire sur son esprit ; je ne soitois point de sa chambre ; je lui présentois moi-même tous les médicaments propres à la soulager. Je sentois alors la force du lien qui nous unissoit; je n'en avois pas rempli tous les devoirs, et je me le reprochois amèrement.

« Je Taidois un jour à marcher dans une galerie où elle avoit désiré d'essayer de se promener; sa foiblesse laforçoit à se jeter entièrement dans mes bras. Après avoir fait quelques pas, elle rentra dans sa chambre, s'assit; et, toujours appuyée sur moi? elle sentit que je la-pressois doucement. Elle fît un mouvement de surprise, me regarda attentivement, et, voyant dans mes yeux des marques du plus grand attendrissement, elle prit une de mes mains; et, l'arrosant de ses larmes : Je suis bien malheureuse, me dit-elle, de vous causer tant de peine ; j'étois destinée à vous affliger. Faut-il que j'excite votre douleur? Hélas !

Kn LETTRES DE MYLADY CATESP.Y.

mon état élèveroit une flatteuse espérance dans un cœur moins généreux que le vôtre ! Ma mort va rompre des liens qui vous contraignent, une chaîne dont le poids vous accable, sous lequel vous gémissez. Une forte inclination avoit prévenu votre âme : je n'ai pas droit de m'en plaindre ; ma reconnoissance en est plus grande : mais pardonnez, mylord, pardonnez mes pleurs; c'est la première fois que j'ose en répandre devant vous. J'ai renfermé mes cruelles peines : vos bontés, l'attendrissement où je vous vois, ma fin prochaine, m'arrachentl'aveu d'un sentiment que vous n'avez pu partager. Tant d'égards, de bienfaits, pour me dédommager de l'amour que vous me refusiez, en mejaisant admirer, respecter l'époux que j'adorois, ont sans cesse aigri le regret de ne pouvoir lui plaire. Je souhaite, continua-t-elle, que celle dont le souvenir m'a fermé votre cœur ait conservé pour . vous une tendresse digne de votre constance. J'ai cru devoir vous cacher mon attachement, vous en épargner les preuves : la crainte de vous être importune m'a fait étouffer jusqu'aux mouvements de ma reconnoissance; souffrez qu'elle éclate dans ces derniers instants. Vous avez sacrifié à l'honneur d'une fdle infortunée un bien qui vous étoit cher : puissiez-vous le recouvrer quand elle ne sera plus ! et puissent mes vœux ardents attirer sur vous toutes les bénédictions de ce ciel qui m'enlend, qui m'appelle, et d'où j'espère bientôt veiller au bonheur de mon généreux bienfaiteur, de celui qui a daigné faire un si grand effort pour ne pas m'abandonner à la honte dont la mort même n'auroit pu me garantir. Aimez ma fille, aimez-la, mylord, et oubliez les maux que sa malheureuse mère vous a causés.

« Mylady d'Ossery pouvoit parler sans crainte d'être interrompue; chaque mot qu'elle prononçoit étoit unirait douloureux qui me perçoit le cœur. Je Tavois négligée; le temps ne m'offroit plus de moyen de réparer par une conduite plus tendre cette longue indifférence qu'elle avoit trop sentie. Ah! madame, qu'il

est affreux d'avoir tort, et que ceux qu'on offense se trouveroient vengés s'ils pou voient comprendre Teffel terrible des remords sur un cœur sensible et vertueux!

« J'avois fait venir de Londres les docteurs Lereins et lïarrison ; par mes soins mylady d'Ossery rassembloit autour d'elle tous ceux qui pouvoient inspirer de la confiance dans leur art. Ce n'est pas à vous, madame, que je crains d'avouer le désir ardent que j'avois de la sauver; mais ni sa jeunesse, ni les secours de l'art, ne purent la tirer d'un état tout à fait désespéré. Je la perdis ; elle expira dans mes bras ; et, malgré les assurances qu'on me donna de l'espèce de sa maladie, maladie née avec elle, et que la délicatesse de sa constitution ne pouvoitlui faire supporter plus longtemps, je me regardai avec douleur comme une des causes de sa mort; je me rappelois sans cesse ce qu'elle m'avoit dit : je ne pouvois me consoler de n'avoir pas eu assez de force sur moi-même pour feindre au moins, et lui cacher qu'une autre occupoit mon cœur. Mais lorsqu'on a perdu tout espoir d'être heureux, pense-t-on pouvoir quelque chose pour le bonheur d'un autre ?

« A mesure que ce triste spectacle s'effaçoit de ma mémoire, je songeois avec transport que vous étiez libre encore : je me flattois qu'un amour si tendre n'étoit point éteint ; que vous en conserviez le souvenir; que ma vue et le récit sincère de mon aventure pourroient le ranimer. La connoissance de votre caractère aidoit à me tromper. Je lui avouerai tout, me disois-je ; elle m'écoutera ; elle me plaindra; elle me pardonnera... Que vous avez cruellement détruit ces douces illusions !

« Comme je n'avois quitté Londres que pour vous épargner le déplaisir d'y rencontrer une femme portant le nom que vous aviez daigné choisir en vous déterminant à en changer, j'y retournai trois mois après la mort de lady d'Ossery. Avec quelle ardeur je me rapprochois des lieux que vous habitiez! Quel désir vif de vous voir, de vous parler, d'entendre le son flatteur

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(le celte voix chérie !... J'arrive, je cours vous chercher ; en passant devant la porte de la duchesse de Newcastle, j'aperçois des gens à votre livrée; j'apprends que vous êtes chez elle; mon empressement me cache l'imprudence de ma démarche ; j'entre, je vous vois, vous me reconnaissez : quel trouble sur votre visage ! Que de dédain dans vos yeux ! Vous saisissez un prétexte ; vous sortez; et je reste immobile, pénétré de douleur, et forcé de m'avouer que j'ai mérité ces marques d'un mépris qu'il m'est impossible de supporter. Je me présentai en vain à votre porte ; je vous écrivis en vain : mes lettres constamment refusées, mes efforts pour vous voir rendus inutiles par vos précautions, toutes mes tentatives sans succès, me firent désespérer d'apaiser votre colère. Je n'obtins de compassion que de Betty; mais elle étoit sans crédit auprès de vous. Carlile n'osa s'intéresser ouvertement pour moi, dans la crainte de déplaire à lady Henriette. Enfin, mettant le comble à vos rigueurs, vous partîtes ; et peu de temps après je vous suivis. Halifax venoit d'acheter une terre ici; j'y vins avec lui ; je vous écrivis : avec quelle fierté vous avez reçu ces témoignages de ma tendresse ! vous ne m'avez répondu quepour vous débarrasser de mes imporlunités, avec une hauteur, une dureté qui n'est point dans votre cœur, à laquelle je ne puis vous reconnoitre. Après m'avoir laissé trois jours à mon inquiétude, c'est pour me demander vos lettres que vous m'écrivez... Vos lettres !... Ah ! ne me les demandez jamais! Non, jamais je ne consentirai à vous les rendre... Je vous croyois fléchie ; la bonté qui vous a intéressée à ma vie, qui vous a fait tenir un de vos gens chez Halifax, me paroissoit un retour de ce tendre penchant qui vous attachoit à moi ; je me flattois qu'au moins l'amitié vous parloit encore en ma faveur... Mais non ; vous ne m'aimez plus; ma vue vous a épouvantée, vous a privé de vos sens. C'est la présence d'un amant, autrefois souffert, préféré, chéri, qui a répandu sur vos joues la pâleur de la mort!

LI«:TTRES DE MYI.ADV GATESBY. ' 425

« Il est donc \rai que j'ai perdu tout espoir de vous attendrir? Quoi! rien ne peut-il vous ramener?... Mais vous avez raison, madame, je ne dois me plaindre que de moi-même ; je serois trop heureux si j'avois à me plaindre de vous... Avec quel plaisir je vous pardonnerois ! Ah ! lady Juliette, si jamais vous daignâtes penser à un homme que vous croyiez ingrat, infidèle, que vous aviez d'avantages sur lui! Vous pouviez haïr, mépriser celui qui vous aftligeoit; et moi, je ne puis qu'estimer, révérer, adorer celle qui me rend le plus malheureux de tous les hommes. »

Ah ! la pauvre lady d'Ossery, que son destin me touche! pourrois-je refuser des larmes à sa mort? Quelle force d'esprit! Adorer son mari, lui cacher son amour par égard, par reconnoissance!... Eh! que ne l'aimoit-il! que ne la rendoit-il heureuse! Elle éloit digne de son attachement. Pourquoi la fuir, l'affliger? n'avoit-elle pas des droits à sa tendresse? quelle cruauté de l'en priver! La dureté de cette conduite me révolte. Je suis bien éloignée d'approuver ce chagrin farouche dont il l'a rendue la victime. Infortunée miss Jcnny, celle qui vous bannissoit du cœur de votre époux voudroit vous rappeler à la vie, vous voir posséder ce cœur qui devoit être à vous; elle ne troubleroit point votre bonheur... Hélas! ma chère Henriette, quelle différence! j'ai pleuré, et Itidy d'Ossery est morte... Je me reproche de l'avoir haïe. J'étois bien injuste, bien inhumaine de la haïr; c'étoit à elle à me xiéfester. Je suis sensiblement affectée de cette mort. Puisqu'il le permet, je vous envoie ce cahier... Je ne sais encore ce que je pense... Ah! cette aimable Jenny, que son sort a été triste ! je le croyois si heureux !

42a LKTTKES DE MYLADY CATESBY.

LRTTRE XXXV

Samedi, à Winchester.

Mylord d'Ossery avoit bien raison de dire que l'espèce de ses torls m'éloit inconnue. Comment aurois-je imaginé?... Quelle aventure! ce cabinet... cette obscurité... sa hardiesse... Il appelle cela un malheur... J'oubliai mon amour, dit-il... Ah! oui, les hommes ont de ces oublis; leur cœur et leurs sens peuvent agir séparément; ils le prétendent au moins; et par ces distinctions qu'ils prennent pour excuse, ils se réservent la faculté d'être excités par l'amour, séduits par la volupté, ou entraînés par l'instinct. Comment pouvons-nous démêler la vérilable impression qui les détermine? Les effets sont si semblables, et la cause si cachée ! Mais celte excuse qu'ils prennent, ils ne la reçoivent pas ; remarquez cela : ce qu'ils séparent en eux, ils le réunissent en nous. C'est nous accorder une grande supériorité dans notre façon de sentir, mais faire naître en nous une terrible incertitude sur l'espèce des mouvements qui les portent à désirer de nous posséder.

Pourtant, ma chère Henriette, ce perfide, cet ingrat, cet homme faux et trompeur, n'étoit qu'un infidèle... pas même un infidèle... Sa tête troublée... sa raison égarée... ah! quel égarement! qu'il m'a coûté de larmes! faudra-t-il pardonner!... Mais comment mylord d'Ossery a-t-il pu me laisser deux ans dans l'ignorance de ce secret?... il en donne une raison... il en donne de tout... Qu'il a souffert! que de probité dans ce sacrifice! quelle générosité! Il parle de sa fille : aimable innocente, dit-il... Je me plais à lui voir ce naturel tendre... Pauvre petite! je crois, ma chère, que je l'aime aussi.

Ah! s'il m'avoit parlé à Erford, que de peines il nous eût épargnées à l'un et à l'autre! Je me serois prêtée à sa situation ;

il m'eût été moins dur de le céder que de m'en voir abandonnée; je me serois consolée par la part que j'aurois eue à la noblesse de son procédé; j'aurois pleuré, sans doute, mais je n'aurois pas versé des larmes si amères. Je ne l'aurois pas haï, méprisé; au contraire, il pouvoit conserver mon estime. L'amitié nous eût liés de ces chaînes douces si chères aux cœurs bien faits; il n'eût pas fui le nord de l'Angleterre pour m'éviter; nous nous serions vus ; j'aurois aimé sa femme. Quel sujet avois-je de m'en plaindre? Pourquoi n'auroit-elle pas été ma compagne, mon amie? Elle vivroit peut-être encore. Je ne me ferois point un reproche cruel d'avoir innocemment causé ses chagrins. Mais à quoi servent à présent tous ces y aurais^ Il eût^ dont je vous fatigue? Mylady d'Ossery est morte. Son mari étoit coupable : l'est-il encore? ne l'est-il plus? voilà le point embarrassant. La raison de me cacher son secret est bien légère; si peu de confiance... Mais c' étoit sa femme : oh! je ne sais que résoudre.

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