De la satire précédente
Je vous pry, notez l'heure * . Eh bien, que vous en semble V Estes-vous pas d'advis que nous couchions ensemble? Moy, crotté jusqu'au cul et mouillé Jusqu'à l'os, Ûui n'avois dans le lict besoin que de repos , Je faillis à me pendre, oyant que ceste lice * Effrontément ainsi me pr^sentoit la lice< On parle de dormir, j'y consens à regret.
La dame du logis me meine au lieu secret.
Allant, on m'entretient de JeaiMie et de Macette ; Par le vray Dieu, que Jeanne estoit et claire et nette, Glaire comme un bassin, nette comme un denier ; Au reste, fors monsieur, que j 'estois le premier ; Pour elle, qu'elle estoit niepce de dame Avoye ; Qu'elle feroit pour moi de la fausse monnoye; Qu'elle eust fermé sa porte à tout autre qu'à moy ; Et qu'elle m'aymoit plus mille fois que le roy. Estourdy de caquet, je feignois de la croire. Nous montons, et montant, d'un c'est mon et d'un voire, Doucement en riant, j'appointoiç nos procez K La montée étoit torte , et de fascheux accez ; Tout branloit dessouz nous, jusqu'au dernier esiage. D'eschelle en eschelon, comme un linot en cage, Il fallait sauteller, et des pieds s'approcher *, Ainsi comme une chèvre en grimpant un rocher. Après cent soubre-sauts, nous vinsmes en la chambre,
1. Une heure après minuit, selon la satire précédente. Édition de 1642 : Je voU8pri\ notez Vheure.
S. Chienne de chasse. La Fontaine emploie ce mot, dont on devine ici le sens.
9. Âppoinier, pour terminer, se trouve trois ou quatre fois dans Clément Marot.
4. Il y a probablement là une faute : c'est accrocher qu'il faut au \mk d'approcher ; mais toutes les éditions sans exception portent ce dernier mot.*
i48 SATYRE XI.
Qui n'avoit pâs le goust de musc, civette ou d'ambré ; La porte en estoit basse, et sembloit un guicbel, Qui n'avoit pour serrure autre engin qu'un crochet. Six douves de poinçon servoient d'aix et de barre, Qui bâillant grimassoient d'une façon bizarre , Et pour se reprouver de mauvais entretien , Chacune par grandeur se tenôit sur le sien , Et loin Tune de l'autre, en leur mine altérée, Monstroient leur sàirtcte vie estroite et retirée.
Or, comme il plut au ciel, en trois doubles plié, Entrant je me heurté la caboche et le pié, Dont je tombe en arrière, estotirdy de ma chute, Et du haut jusqu'au bas je fis la cullebutte, De la teste et du cul contant chaque degré.
Puis que Dieu le voulût, je prins le tout à gré. Aussi qu'au mesme temps voyant cheoir cfeste dàrile, Par .e ne sçay quel trou je Iny vis jusqu'à l'atte. Qui fit en ce beau sauit, m'esclatant comme un fou, Que je prins grand plaisir à me rompre le cou. Au bruit Macette vint ; la chandelle on apporte , Car la nostfe en tombant de frayeur estoit morte. Dieu sçait comme on le veid et derHère et devant, Le nez sur le carreaux et le fessier au vent ; De quelle charité l'on soulagea sa peine.
Cependaïit de son loflg, sans poulx et sans haleine. Le museau vermoulu, le nez escarbouillé, Le visage de poudre et de sang tout souillé.
Sa teste découverte, où l'on né sait que tondre, Et lors qu'on luy parloit qui ne pouvoit respondre ; Sans collet, sans béguin, et sans autre affiquet, Ses mules d'un costé, de l'autre son toquet.
En ce plaisant malheur, je ne sçaurois vous dire S'il en falloit pleurer, ou s'il en falloit rire.
SATTHE XI. 149
Après cest accident trop long pour dire tout, A deux bras on ta prend, et la met-on dubout : Elle reprend courage ; elle parle, elle crie , Et, changeant en un rien sa douleur en furie, Dit à Jeanne, en mettant la main sur le roignon : C'est, malheureuse, toy, qui me portes guignon. A d'autres beaux discours la colère la porte. Tant que Macette peut, elle la reconforte.
Cependant je la laisse, et la chandelle en main, Regrimpant Tescalier, je suy mon vieux dessein. J'entre dans ce beau lieu^ i^lus digne de remarque Que le riche palais d'un superbe monarque.
Estant là, je furette aux recoins pVus cachez. Où le bon Dieu voulut que, pour mes vieux péchez,. Je sceusse le despit dont l'ame est forcenée. Lorsque, trop curieuse ou trop endemenée*.
Rodant de tous costez et tournant haut et bas. Elle nous fait trouver ce qu'on ne cherche pas. Or, en premier item, souz mes pieds je rencontre -
i . Trop inquiète, trop agitée (Villon).
3. J'ai trouvé dans le recueil manuscrit auquel je dois les poésies inédites de Régnier, la pièce anonyme suiiante, qui me paraît curieuse à rapprocher de cet autre inventaire :
Inventaire faite des singularités du cabinet d'une jeune dame de condition en 1631 :
La grande lanterne mystique
De Diogène le cynique ;
Cent portraits tant de femme que d'homéie ,
Dans une bague trois démons
Dcsguisés comme Peotalons;
Un estuis à mettre lunette ,
Puis une botte d'allumette ;
Les figures de TAretin
Et la peau d'un jeune lutin ,
Une guiterre fort antique
Un chaudron ébresché, la bourse d'une montre, Quatre boistes d'unguents, une d'alun bruslé, Deux gands desparlez, un manchon tout pelé, Trois fioles d'eau bleue, autrement d'eau seconde; La petite seringue, une esponge, une sonde, Du blanc, un peu de rouge, un chifon de rabat, Un balet, pour brusler en allant au sabat; Une vieille lanterne, un tabouret de paille.
Qui s'estoit sur trois pieds sauvé de la bataille ; Un baril défoncé, deux bouteilles sur eu.
Qui disoient, sans goulet. Nous avons trop vescu ; Un petit sac tout plein de poudre de mercure ; Un vieux chapperon gras de mauvaise teinture ;
ÂTec un ténor de magique ; Les galoches de feo Bonnenil , Un pot h pisser, on recneil Des contes de sainte Gertrade , Les œaires du Qomte du Lude , La grande Gorgonne de Paias , Le cuvier de saint Nicolas , Un ordre de grande dens d'yyoire Dont elle remplit sa mâchoire.
De la bouillie en un poeslon , Un pot sur un caméléon , Dans une botte un jeu de /quilles , Le masque de Gautier Garguille ; Son pucelage en lieu secret Embaumé par le sieur Duret , , L'anse d'une Tieilie chaudière Et le balai d'une sorcière ; Du fard dedans un pot casfté , L^omoplatte d'un trespassé.
Une poésie à cuire chastaigne , Un morceau de yieuE cuir d'Espagne ; Le portrait d'un Romipette Qu'elle emporta de Lorette ; Une poupine de Poissy Que l'on nomme un en^t icy ;
Et dedans un coffret qui s'ouvrje avecq' enhan. Je trouve des tisons du feu de la Saiact-Jean, Du sel, du pain bénit, de la feu^êre, un cierge, Trois dents de mort, pliez en du parchemin vierge; Une chauve-souris, la carcasse d'un geay, De la graisse de loup, et du beurre de may *
Sur ce point Jeanne arrive, et faisant la doucette : Qui vit céans, ma foy, n'a pas besongne faite ; Tousjours à nouveau mal nous vient nouveau soucy : Je ne sçay, quant à moy, quel logis c'est icy ; Il n'est, par le vray Dieu, jour ouvrier ni feste Que ces carongnes-là ne me rompent la teste.
Bien, bien, je m'en iray si tost qu'il sera jour. On trouve dans Paris d'autres maisons d'amour.
Caché soas nae tieille coTe , Un gros Tidet pris k l'épreuve ; Un grand chandelier de bois Et nn baston à casser nois , Une TieiUe permqae antifne, Hu sabot de sainte Moniiiae , Une OHiUer de franc Goiat, Une pipe à prendre tabac , Un esTentail de plumes d'ange , Le gantelet du preux archange , La gibecij^ d'on Flamand, La barbntte d'un Allemand , Une copie du grimoire , Trois chanssepieds , une écritoire ; An coin da feu un alambic , Un pot de poire et de biscuit , Une botte de marmelade , Une TielUe ratepenade , Et auprès d'un petit lit Tcrt Un pot d'eau rose descouyert ; ' Les centuries d'Agonneau.