REGNIER APOLOGISTE DE SOY-MESME
A M. FRÉMINET^.
On dit que le grand peintre^, ayant^fait un ouvrage, Des jugements d'autruy tiroit cest avantage, - Que, selon qull jugeoit qu'ils estoient vrais ou faux, Docile à son profit , réformoit ses défaux.
Or c'estoit du bon temps que la hayne et Tenvie Par crimes supposez n'attentoient à la vie; Que le vray du propos estoit cousin-germain, Et qu'un chacun parloit le cœur dedans la main. Mats que serviroit-il maintenant de prétendre S'amender par ceux>là qui nous viennent reprendre , Si selon Tintérest tout le monde discourt.
Et si la vérité n'est plus femme de court; S'il n'est bon courtisan , tant frisé peutril être, S'il a bon apétit, qu'il ne jure à son maistre^
1. Cette satyre était la dixitoie et dernière de Tédition faite en
i6oa.
9. ttartin Fréminet naquit k Paris en 1567 et commença ses études sons Jean Cousin ; il passa quinze ans à Rome et en Italie, où il s*étudia à imiter Michel-Ange. En 160&, Henri ÎV le nomma sou peintre ordinaire, et il décora le plafond de la chapeUe du Gâteau de Fontainebleau. Il reçut en 1615 la croix de l'ordre de Saint- Michel et mourut en 1619, laissant un fils, nommé comme lui Martin Fréminet et peintre également estimé. *