Édition de I64â et suivantes, c£ste canaille
SATYBE XI. 157
Il s'en court, et disant, à Dieu me recommande \ H laisse là monsieur, fasché d'estre déceu.
Or comme, allant toujours, de près je Tapperceu, Je cogneus que ç'estoit nostre amy ; je l'approche : il me regarde au nez , et riant me reproche : Sans flambeau, l'heure indue ! Et de près, me voyant Fangeux comme un pourceau, le visage effroyani. Le manteau sou2 le bras, la façon assoupie : . Estes-vous travaillé de la licantropie * ?
Dist-il , en me prenait pour me taster le pous. Et vous, dy-je, monsieur, quelle fièvre aveî-vousY Vous, qui tranchez du sage, ainsi parmy la rue! Faites-vous sus un {ned toute la nuict la grue? Il voulut me conter comme on Tavoit pipé ; Qu'un valet, du sommeil ou de vin occupé, Souz couleur d'aller voir une femme malade, L'avoit galent^ment payé d'une cassade.
Il nous faisoit bon voir tous deux bien estonnez , Avant jour par la rue, avecq' un pied de nez ; Luy, pour s'estre levé, espérant deux pistoles. Et moy, tout las d'avoir receu tant de bricolles. Il se met en discours , |e le laisse en riant ; Aussi que je voyois , aux rives d'Oriant , Que l'Aurore , s 'ornant de saffran et de roses, Se faisant voir à tous , faisoit voir toutes choses ; Ne voulant, pour mourir, qu'une telle beauté Me vist , en se levant , si sale et si croté , Elle qui ne m'a veu qu'en mes habits de feste. Je cours à mon logis; je heurte, je tempesle; Et croyez à frapper que je n'estois perclus.
1. Il faut lire : A Dieu vous recommande y puisque ce valet parle au médecin.
3. Maladie qui fait croire à ceux qui en sont atteints qu'ils sont transformés en bêtes féroces.
i58 àATtRE XI.
On m'ouvre; et mon valet ne me recognoist plus.
Monsieur n'est pas iey : que diable! à si bonne heure!
Vousfrappez comme un sourd. Quelque temps je demeure,
Je le vois, il me voit, et demande, estonné,
Si le Moine-bourru m'aToit point promené.
Dieu ! comme estes-vous fait? Il va : moy de le suivre ;
Et me parle en riapt, comme si je fusse yvre.
Il m'allume du feu, dans mon lict je me mets,
Avec vœu, si je puis, de n'y tomber jamais.
Ayant à mes despens appris ceste sentence :
Qui gay fait une erreur, la boit à repentance;
Et que quand on se frotte avecq' les courtisans^
Les branles de sortie en sont fort desplaisants.
Plus on pénètre en eux, plus on sent le remèugle*.
Et qui, troublé d'ardeur, entre au bordel aveugle.
Quand il en sort, il a plus d'yeux, et plus aigus.
Que Lyncé l'Argonaute, ou le jaloux Argus *.
i. Odeur de renfermé. L*auteur avait écrit remeugle, pour rimer arec aveugle^ quoi({a'on dise remugle, comme on lit dans l'édition de 4613 et dans toutes celles qui sont venues après.
2. Régnier a dit Lffncé pour Lyncée, comme Ronsard et d*autres ont dit Orphé, Prothé, Thèse, pour Orphée, Prothée, Thésée.