‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 144 sur 252 · Première édition : Le seên4ale et l'opprobre · texte numérisé non relu

Première édition : Le seên4ale et l'opprobre

SATYRE Xia. 175

Je sçay bien que fosire âge, encore jeune et tendre^ Ne peut, ainsi que moy, ces mystères comprendre : Mais vous deuriez, ma fille, en Tâge où je vous voy, Estre riche, contente, avoir fort bien de quoy ; ^ Et, pompeuse en habits, fine, accorte et rusée, Reluire de joyaux, ainsi qu'une espousée.

Il faut faire vertu de la nécessité.

Qui sçait vivre icy-bas n'a jamais pauvreté.

Puisqu'elle vous deffend des dorures l'usage, 11 faut que les brillants soient en vostre visage; Que vostre bonne grâce en acquière pour vous. , Se voir du bien, ma fiHe, H n'est rien de si doux. S'enrichir de bonne heure est une grand' sagesse. Tout chemin d'acquérir se ferme à la vieillesse, A qui ne reste rien, avecq' la pauvreté.

Qu'un regret espineux d'avoir jadis esté.

Où, lors qu'on a du bien, il n'est si décrépite Qui ne trouve (en donnant) couvercle à sa marmite *. Non, non, faites l'amour, et vendez aux amants Vos accueils, vos baisers et vos embrassements. C'est gloire, et non pas honte, en ceste douce peine. Des acquests de son lict accroistre son domaine ^.

1 . C'est à peu près le sens d'une épigrtmme de Marot, la 347^:

Macée me Tent faire accroire , Qae requise est de mainte gent ; Plus en^ieillit plas a de gloire , Et jure comme un vieil sergent Qu'on n'embrasse point son corps gent Pour néant. Et dit Tray Macée , Car tousjours elle baille argent Quand elle vent estre embrassée.

S. Ce que Comband a ainsi rendu dans une de ses épigramnres : Rousseau , j*estime ta parente ,

176 SATYRE xra.

Vendez ces doux regards^ ces attraicts, ces afHim^; Vous-même vendez-vous, mais ne vous livrez pas. Conservez-vous Tesprit, gardez vostre franchise; Prenez tout, sMlse peut, ne soyez jamais prise.. Celle qui par amour s'engage en ces malheurs Pour un petit plaisir a cent mille douleurs.

Puis un homme au desduit ne vous peut satisfoire ; Et quand, plus vigoureux, il le pourroit bien faire , Il faut tondre sur tout et changer à Tinstant. L'envie en est bien moindre, et le gain plus ccmtant ^ Surtout soyez de vous la maistresse et la dame. Faites, s'il est possible, un miroir de vostre ame. Qui reçoit tous objets, et tout contant les pert. Fuyez ce qui vous nuit, aymez ce qui vous sert. Faites profit de tout, et mesme de vos pertes. A prendre sagement ayez les mains ouvertes ; Ne faites, s'il se peut, jamais présent ny doîi. Si ce n'est d'un éhabot pour avoir un gardon *. Parfois on peut donner pour les galants attraire : A ces petits préseiits je ne suis pas contraire, Pourveu que ce ne soit que pour les amorcer.

Les fines^ en donnant, se doivent efforcer A faire que l'esprit et que la gentillesse Face estimer les dons, et non pas la richesse. Pour vous, estimez plus qui plus vous donnera. Vous gouvernant ain$i. Dieu vous assistera.

Elle est fille d'entendement :

Un lict de cent francs seulement Lny vaut cinq cents écos de rente.

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