Ainsi totre raison n'est pas raison pour moi
(CoRNEiLLB, i^^Ci/^^ aotell^sc vi.)
188 SATTRE XIV.
Or, le plus sot d'cotr'eox'? Je m'en rapporte à luy. Pour l'un il perd son bien, Tautre ccluy d'autruy. Pourtant c'est un traffic qui suit tousjours sa route, Où, bien moins qu'à la place , on a fait banqueroute, Et qui dans le brelan^ se maintient bravement, N^en desplaise auxarrestsde nostref parlement^.
Pensez-vous, saus avoir ses raisoâs toutes prestes, Que le sieur de Provins persiste en ses requestes. Et qu'il ait, sans espoir d'estre mieux à la court; A son long balandran changé son manteau court. Rien que, depuis vingt ans, sa grimace importune Ait à sa défaveur obstiné la fortune?
il n'est pas le Cousin^ qui n'ait quelque raison. De peur de réparer, il laisse sa maison ; Que son lict ne défonce, il dort dessus la dure ; Et n*a, crainte du chaud, que l'air pour couverture : Ne se pouvant munir encontre tant de maux
t. InsMuit Teteres bUUim Damasippis emendo.
Integer Mt «nimi OumMippi creditor? Btto.
Accipe quod nuiuiium reddas mihi,, si tAi dicam : Tanc insanufl eris , si acœperfs?
(HOR., Ut. II, sal. m, t. 64.)
9. On lit brelan dans la première édition de cette satyre , f &l 3 , et c'est ainsi que ce mot est dans Nicot, imprimé en 1606. Les éditions dé 1616 et 1617 portent barlan. Il y a berlan dans toutes les éditions suivantes.
5. Peu de temps avant que Régnier publiât cette satire , le roi Louis XÎII avait donné deux déclarations portant deux défenses de tenir brelans, i*une du 30 mai 16U, térifiée au parlement le 23 juin suivant, et l'autre du 30 décembre 1612 , aussi vérifiée le 34 jan~ vier 1613. Le 13 juin 1614, le parlement rendit encore un arrêt so> lennel pour réitérer la défense de tenir des brelans et académies.
4. Autre fou, ainsi nommé parce que, parlant d'Henri IV, il disait : Le roi mon cousin , comme Triboulet, qui cousinait avec François I®', comme on voit p. 312 du Recueil des plaisantes nouvelles, imprimé à Lyon , l'an 1555.
Dont rair intempéré fait guerre aux animaux , Comme le chaud, le jfroid , les frimats et la pluye, Mil autres accidentsS bourreaux de nostre vie, Luy, selon sa raison, souz eux il s'est soumis, Et, forçant la nature, il les a pour amys.
11 n'est point enrumné pour dormir sur la terre; Son poulinon enflamé ne tousse le caterre* ; Il ne craint ny les dents, ny les défluxions. Et son corps a, tout sain, libres ses fonctions. En tout indifférent, tout est à son usage.
On dira qu'il est fou ; je croy qu'il n'est pas sage. Que Diogène aussi fùst un fou de tout point , C'est ce que le Cousin, comme moy ne croit point. Ainsi ceste raison est une estrange beste :
On l'a bonne selon qu'on a bonne la teste.
Qu'on imagine bien, du sens comme de l'œil, Pour grain ne prenant paille, ou Paris pour Corbeil.
Or, suivant ma raison et mon intelligence, Atettant tout en avant, et soin et diligence. Et criblant mes raisons pour en faire un bon chois. Vous estes à mon gré l'homme que je cherchois. Afin doncq' qu'en discours le temps je ne consomme. Ou vous estes le mien, ou je ne veux point d'homme. Qu'un chacun en ait un ainsi qu'il luy plaira. Rosette, nous verrons qui s'en repentira*.
Un chacun en son sens selon son choix abonde. Or, m 'ayant mis en goust des hommes et du monde,
1. Toutes les éditions portent : Et mille autres accidents ; mais ce demi-vers a une syllabe de trop ; c'est pourquoi , dans l'édition de 164S et dans les trois suivantes , on a mis : Et mille autre accidents , pour conserver la mesure du vers , aux dépens des règles de la grammaire.
ï. Catarrhe.