‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 160 sur 252 · LE POÈTE MALGRÉ SOY · texte numérisé non relu

LE POÈTE MALGRÉ SOY

Ouy, j'escry rarement, et me plais de le faire * : Non pas que la paresse en moy soit ordinaire ; Mais, si-tost que je prends la plume à ce dessein, Je croy prendre en galère une rame en la main ; Je sens, au Second vers que la muse me dicte, Que contre sa fureur ma raison se dépite ^.

Or, si parfois j'escry, suivant mon ascendant. Je vous jure, encor' estrce à mon corps défendant. L'astre qui de naissance à la muse me lie Me fait rompre la teste après ceste folie, ûue je reconnois bien; mais pourtant, malgré moy, 11 faut que mon humeur face joug à sa loy.

Que je demande en moy ce que je me desnie :

De mon ame et du ciel estrange tyrannie !

Et qui pis est, ce mal, qui m'afflige au mourir, S^obstîne aux récipez *, et ne se veut garir :

i. Ùetie satyre fut publiée pour la première fois dans rédition de 1615.

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