LE POÈTE MALGRÉ SOY
Ouy, j'escry rarement, et me plais de le faire * : Non pas que la paresse en moy soit ordinaire ; Mais, si-tost que je prends la plume à ce dessein, Je croy prendre en galère une rame en la main ; Je sens, au Second vers que la muse me dicte, Que contre sa fureur ma raison se dépite ^.
Or, si parfois j'escry, suivant mon ascendant. Je vous jure, encor' estrce à mon corps défendant. L'astre qui de naissance à la muse me lie Me fait rompre la teste après ceste folie, ûue je reconnois bien; mais pourtant, malgré moy, 11 faut que mon humeur face joug à sa loy.
Que je demande en moy ce que je me desnie :
De mon ame et du ciel estrange tyrannie !
Et qui pis est, ce mal, qui m'afflige au mourir, S^obstîne aux récipez *, et ne se veut garir :
i. Ùetie satyre fut publiée pour la première fois dans rédition de 1615.