‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 166 sur 252 · Édition de 1642 et suivantes : des petits maux · texte numérisé non relu

Édition de 1642 et suivantes : des petits maux

200 SATYEfi XV.

Vien doncq\ et, regardant eaux qui faillentle moifls, Sans aller rechercher ny preuve uy témoins, Informons * de nos faits, sans haine et sans envie ^ Et jusqu'au fond du sac espiuchons nostre vie. De tous ces vices--là, dont ton cœur entaché S'est veu* par mes escrits si librement touché , Tu n'en peux retirer que honte et que dommage. En vendant la justice, au ciel tu fais outrage , Le pauvre tu destruis, la vefve et l'orphelin. Et ruynes chacun avecq' ton patelin '.

Ainsi conséquemment de tout dont je t'offence. Et dont je ne m'attends d'en faire pénitence : Car, parlant librement, je prétens t'obliger A purger tes deffauts, tes vices corriger.

Si tu le fais, enfin, en ce cas je mérite, Puis qu'en quelque façon mon vice te profite.

t. Dans toutes les éditions qui ont précédé celle de 1642, on lit InformanSf mais c'est une faute.

9. N'est veu, dans toutes les éditions qui ont précédé ceUe de

3. Atec ton )Mi<f tfnoge , mot employé par Rabelais, livre ilf, ckap. ^. Jene ris oneqms tant que Je feis à ee patetmage.

SATYRE XVr

A M. DE FORQUEVAUS*.

Puisque le jugement nous croist par le dommage , Il est temps, Forquevaus, que je devienne sage , Et que par mes travaux j'apprenne à l'avenir Comme, en faisant Tamour, on se doit maintenir. Après avoir passé tant et tant de traverses, Avoir porté le joug de cent beautés diverses, Avoir en bon soldat combattu nuict et jour.

Je dois estre routier' en la guerre d'amour, Et, comme un vieux guerrier blanchy dessouz les armes, Sçavolr me retirer des plus chaudes alarmes ; Destourner la fortune, et, plus fin que vaillant. Faire perdre le coup au premier assaillant; Et sçavant devenu par un long exercice,

1. Cette satyre a été placée par Brassette et les éditeurs qui l'ont suiti parmi les épttres. Je crois devoir la rétablir à la plaée qui lui est attribuée par toutes les éditions anténeores depuis 16I3. EHe serait digne de figurer avec les pièces érotiqjies de Régnier, bien que les pensées y soient plus gazées/

3. M. de Forquevaus n'est connu que par un recueil de satires qu'il fit imprimer en i6l9 , sous le titre : Espadon satirique, par le sieur de Forquevaus, réim|»rimé en 1625 et 1696 seus le nom du sieur Destemod.

3. Soldat , du mot route , qui anciennement désignait les bandes militaires, et d'oii est venu d^oute. Depuis, un vieux routier a spécialement servi à exprimer, dans le langage familier, un vieux soldat rompu aux fatigues, expérimenté et rusé.

Conduire mon bonheur avecq' de Partifice, Sans courir comme un fol saisy d'aveuglement, Que le caprice emporte, et non le jugement.

Car Tesprit en amour sert plus que la vaillance ; Et tant plus on s'efforce, et tant moins on avance. Il n'est que d'être fin, et de soir, ou de nuict. Surprendre, si l'on peut, l'ennemy dans le lict.

Du temps que ma jeunesse, à l'amour trop ardente , Rendoit d'affection mon ame violente, Et que de tous costez , sans choiz ou sans raison , J'allois comme un limier après la venaison, Souvent, de trop de cœur, j'ay perdu le courage; Et, picqué des douceurs d'un amoureux visage , J'ay si bien combattu, serré flanc contre flanc, Qu'il ne m'en est resté une goutte de sang.

Or', sage à mes dépens, j'esquive la bataille ; Sans entrer dans le champ j'attends que l'on m'assaille; Et pour ne perdre point le renom que j'ay eu, D'un bon mot du vieux temps je couvre tout mon jeu ; Et, sans estre vaillant, je veux que l'on m'estime. Ou si par fois encor' j'entre en la vieille escrime, Je gouste le plaisir sans en estre emporté.

Et prens de l'exercice au prix de ma santé.

Je résigne aux plus forts ces grands coups de maistrise. Accablé souz le faix, je fuy toute entreprise; Et sans plus m 'amuser aux places de renom , Qu'on ne peut emporter qu'à force de canon , J'ayme une amour facile et de peu de défense*. Si je vois qu'on me rit, c'est là que je m'avance, £t ne me veux chaloir du lieu , grand ou petit. La viande ne plaist que selon l'appétit.

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