‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 177 sur 252 · ÉPISTRE AU ROY · texte numérisé non relu

ÉPISTRE AU ROY

Emforassoit ses genoux^ et, rappelant aux armes, N'avoit autre discours que celuy de ses larmes.

Geste nymphe estoit d'âge, et ses cheveux meslez Fiottoient au gré du vent, sur son dos avalez. Sa robe estoit d'azur, où cent fameuses villes Eslevoient leurs clochers sur dés plaines fertiles, Que Neptune arrosoit de cent fleuves espars.

Qui dispersoient le vivre aux gens de toutes parts. Les villages espais fourmilloient par la plaine ; De peuple et de bestail la campagne estoit pleine, Qui, «'employant aux arts, mesloient, diversement* La fertile abondance avecques rornement.

Tout y reluisoit d'or, et sur la broderie Esclattoit le brillant de mainte pierrerre.

La mer aux deux costez cet ouvrage bordoit; L^Alpe de la main gauche en biais s'espandoit Du Rheirt jusqu'en Provence, et le mont qui partage D'avecques l'espagnol le françois héritage, De Leucate* à Bayonne en cornes se haussant, Monstroit son front pointu de neiges blanthi^sant. '

Le tout estoit formé d'une telle manière " Que Fart ingénieux éxcédoit la matière.

Sa taille estoit auguste, et son chef, couronné. De cent fleurs de lis d'or estoit environné.

Ce grand prince, voyant le soucy qui la grève,

1. C'est ainsi qu*on lit dans la première édition de 1608. Dans ceUes de 1613 et 1613 , il y a :

Qui s*employoient aux «rts , mAsloient dlTereement.

2. Toutes les éditions faites pendant la vie de l'auteur portent l'Aucate^ avec une apostrophe. C'est un gros bourg situé entre Tétai)g de ce nom et la mer, entre Narbonne et Perpignan ; c'est ik en effet que se font sentir les premières rampes de la chaîne des Corbières ,. qui terminent de ce côté le réseau pyrénéen.*

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Teuebé de piété, la prend et la relève ; Et de feux estouffibit ee foneste animaL, La délivra de peur aussi-tost que de mal; Et purgeant le vent& dont elle estoit si pleine, Rendit en un instant la nymphe toute saine.

Ce prin^, ainsi qu'un Mars, en armes glorieux^ De palmes ombrageoit son chef victorieux, Et sembloit de ses mains au combat animées^ Comme foudre, jeter 4a peur dans les armées* Ses exploits achevez en ses armes vi voient : Lât, les champs de Poietou d'une part s'eslevoient, Qui , superbes, sembloient s'honorer en la gloire D'avoir premiers chanté sa première victoire ^

Dieppe, de l'autre part, sur la mer s'allong«oU, Où par force il rompoit le camp qu'il assi^eoit. Et, poussant plus avant ses troupes e&panchées , Le mâtin en chemise il surprit les tranchées^ ; Là, Paris délivré de l'espagnole main^ Se deschargeoit le eol de son joug inhumain.

La campagne d'ivry ^, sur le flanc cizelée, Favorisoit son prince au fort de la meslée.

Et de tant de ligueurs par sa dextre vaincus Au dieu de la bataille appendoit les e&cias^

Plus haut estoit Vendosme, et Chartres, et Pontoise, Et l'Espagnol deffait à Fontaine-Françoise*^,

I. Régnier parle iei de la célèbre journée de Goutras en Poitou, où Henri, alors roi de Navarre, battit et défit entièrement, le iO octobre 1587, le duc de Joyeuse.

d. Le iO septembre itt89 , au matin,

3. Le 99 mars t5«4 , cette Tille fut remise en son j>puYoij:;.

4. La bataille d'Wry, près de Mantes , fut gagnée par le roi , sur le duc de Mayenne, le 14 mars 1590. Du Bartas a fait un cantique sur la victoire d*Ifry.

5. Ville de Bourgogne , près de laqueUe Henri IV, ayec environ deux cents choraux , défit quinze mille hommes commandés par le

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Où la valeur du foible, emportant les plus fort, Fit voir que la vertu ne craint aucun effort.

Plus bas , dessus le ventre, au naïf coatrefaite, Estoit, près d'Amiens, latonteuse retraite Du puissant archiduc S qui, craignant son pouvoir, Creut que c'estoit en guerre assez que de le voir»

Deçà, delà, lultoît mainte trouppe rangée.

Mainte grande cité gémissoit assiégée , Où, sitost que le fer Ten rendoit possesseur*. Aux rebelles vaincus il usoit de douceur :

Vertu rare au vainqueur, dont le courage extresme N'a gloire en la fureur qu'à se vaincre soy-mesme!

Le chesne et le laurier cest ouvrage ombrageoit, Qù le peuple dévot souz ses lois se rangeoit. Et de vœux et d'encens au ciel faisoit prière De conserver son prince en sa vigueur entière.

Maint puissant ennemy, domté par sa vertu, Languissoit dans les fers souz ses pieds abbatu. Tout semblable à l'Envia, à qui l'estrange rage De l'heur de son voisin enfielle le courage ; liideuse, bazanée, et chaude de rancœur*, Qui ronge ses poulmons et se masche le cœur.

Après quelque prière en son cœur prononcée,

dttc de Mayenne et par le connétable de Gastille, le 3 juin i59n. Elle mit fin à la ligné.

f. La YiHe d'Amiens aycmt été snrpidse par les Espagnols, Henri IT en^ forma le siège. L'ar(Àidnc d'MMche parut pour Hb«e~ courir avec une armée de dix-huit mille homnes de pied tt de quatre mille cheTaux, mais il Ait Ttgoureusement repoussé; les assiégés capitulèrent , et cette place revint au pouvoir du roi , en

s. Il faut lire : l'en renâott posêfêteur^ oomme il y a daûs la première édition, et non pas : s'en rendoil^ qui est dans toutes les aùtires.

^, fttfficâftff; aujourd'hui rancune aurait un sens moins vif^

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La nymphe, en le^juittant, au ciej s*est eslancée ; Et son eorps, dedans Talr demeurant suspendu, Ainsi comme un milan sur ses aisles tendu, S'arreste en une place où, changeant de visage \ Un bruslant aiguillon luy picque le courage : Son regard estincelle, et son cerveau tremblant. Ainsi comme son sang, d'horreur se va troublant ; Son estomach pantois * souz la chaleur frissonne; Et, chaude de Tardeur qui son cœur espoinçonne, Tandis que la faveur précipitoit son cours, Véritable prophète elle fait ce discours:

« Peuple, Tobjet piteux du reste.de la terre , Indocile à la paix, et trop chaud à la guerre. Qui, fécond en partis et léger en desseins.

Dedans ton propre sang souilles tes propres mains , Entens ce que je dis, attentif à ma bouche, Et qu'au plus vif du coeur ma parole te touche.

(( Depuis qu'lrrévérant envers les immortels. Tu taches de mespris Téglise et ses autels ; Qu'au lieu de la raison gouverne l'insolence ; Que le droit altéré n'est qu'une violence ; Que par force le foible est foulé du puissant; Que la ruse raTît le bien à l'innocent,

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