‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 178 sur 252 · Vieu\ mot, essoufflé, qui a de la peine à respirer · texte numérisé non relu

Vieu\ mot, essoufflé, qui a de la peine à respirer

ÎI2 ÉRtSTItE AU ROT.

Et que la vertu saîncte, en public mespiisée V Sert aux leunes de manque, aux plus vieux de risée (Prodige monstrueux!), et, sans respcet de foy, Qu'on s'arme ingratement au mespris de son roy , La Justice et la Paix, tristes et désolées, D'horreur se retirant, au ciel s^en sont vôlées: Le Bonheur aussi tost à grands pas les suivit, Et depuis le Soleil de bon œil ne te vit.

« Quelque orage tousjoufs qui s'eslève à ta perte A comme d'un brouillas ta personne couverte , Qui, toujours prest à fondre, en eschec te retient ; Et malheur sur malheur à chaque heure te vient.

« On a veu tant de fois la jeunesse trompée De tes enfants passez au trenchant de l'espée ; Tes filles sans honneur errer de toutes parts ; Ta jnaison et tes biens saccagez des soldarts; Ta femme insolemment d'entre tes bras ravie , Et le fer tous les jours s'attacher ù ta vie.

4i Et cependant, aveugle en tes propres effets. Tout le mal que tu sens, c'est toy qui te le fais ; Tu t'armes à ta perte, et ton audace forge L'estoc dont, furieux, tu te coupes la gorge.

« Mais quoi ! tant de malheurs te suffisentr-ils pas?^ Ton prince, comme un Dieu, te tirant du trespas , Rendit de tes fureurs les tempestes si calmes Qu'il te fait vivre en paix à l'ombre de ses palmes. Astrée en sa faveur demeure en tes citez ;

I. Régnier dit ici de la vertu ce qu'il avait dit de, la science, satyre m :

SI la scienee paivre , affreuse et mespriiée , Sert an peuple de fable, asx plut graudi de risée.

ÉPISTRÈ A& !M)r. ÎÂi

D'hommes et de bestail les champs son habitez^ : Le paysan t, ti 'ayant peur des bannières estrangès, Chantant eoupe ses bleds, riant fait ses vetidanges*; Et le berger, guidant son troupeau bien nourry, Eniïe sa cornemuse en Thonncur de Henry.

Et toy seul cependant, oubliant tant de grâces, Ton aise trahissant, de ses biens tu te lasses.

« Vien, ingrat, respon-moy, quel bien espéres-tu, Après avoir ton prince en ses murs combattu ; Après avoir trahy, pour de vaines chimères , L'honneur de tes aveux et la foy de tes pères ; Après avoir, cruel, tout respect violé.

Et mis à l'abandon ton pays désolé?

« Attens-tu que l'Espagne, avecq'son jeune prince^, Dans son monde nouveau te donne une province , Et qu'en ses trahisons, moins sage devenu.

Vers toy, par ton exemple, il ne soit retenu ; Et qu'ayant démenty ton amour naturelle, A luy plus qu'à ton prince il t'estime fidèle? Peut-estre que ta race et ton sang violent,

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