‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 201 sur 252 · IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE

Quoy ! ne Tavois-j^ hissez en mes vœux désirée? N'estoit-elle assez belle, ou assez bien parée? Estoit^elle à mes yeux sans grâce et sans appas? Son sang estoiMl point issu d'un lieu trop bas? Sa race, sa maison, n*estoit-elle estimée?

Ne valoit-elle point la peine d'estre aymée?

Inhabile au plaisir, n'avoitrcUe dequoy?

Ëstoitrelle trop laide ou trop belle pour moy ? Ha ! cruel souvenir! Cependant je Tay eue.

Impuissant que je suis, en mes bras toute nue ,

1. Cette pièce est imitée d'Ovide, liv. III des Amours, élégie vu, qui commence ainsi : A t non formosa est^ etc. , et du Satiricon de Pétrone, fort goûté à cette époque. Elle fut publiée pour la premitoe fois dans l'édition de 1613, mais d'après une copie très-défectueuse , comme on le verra dans les remarques; ce qui fait présumer qu'elle avait été faite par une main étrangère et sans que l'auteur, peutêtre prévenu par la mort, eût pu revoir son propre ouvrage. On attribue à Pierre Corneille une pièce à peu près pareille , qui comn[ience : Un jour le malheureux Lysandre^ en ajoutant que ce flit ponr lui faire faire pénitence de cette poésie trop licencieuse qu'un confesseur lui ordonna de mettre en vers V Imitation de Jésus-Chriêt. Mais cette pièce est en réalité de M. de Cantenac. On peut rapprocher ces vers du récit de l'aventure du comte de Guiche et de la comtesse de Gramont , dans VHistoire amoureuse des Gaules , et de la licencieuse comédie rimée sur le même sujet, et qui se trouve transcrite de la main de Conrart dans ses recueils de la Bibliothèque de l'Arsenal, in-folio, tome IX, page S50*.

Et n'ay peu^ le voulant tous deux égalemeal.

Contenter nos désirs en ce contentement !

Au surplus, à ma honte, Amour, que te diray-je? Elle mit en mon ool ses bras plus blancs que neige, Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa ; Bref, tout ce qu'ose Amour, ma déesse Tosa *; Me suggérant la manne en sa lèvre amassée.

Sa cuisse se tenoit en la mienne enlassée ; Les yeux luy pétiUoient d'un désir langoureux. Et son âme exhaioit maint soupir amoureux , Sa langue, en bégayant d'une façon mignarde, Medisoit : «Mais, mon c(Bur, qu'est-ce qui vous relarde? Pf 'aurois-je point en moy quelque chose qui peust Offenser vos désirs, ou bien qui vous dépleust? Ma grâce, ma façon, ha dieu, ne vous plaist-«llt? Quoy ! n 'ay-je assez d 'amour ? ou ne suis-je assez belle ? » Cependant, de la main animant ses discours.

Je trompois, impuissant, sa flame et mes araowrs ; Et comme un tronc de bois, charge lourde et pesante, Je n'avois rien en moy de personne vivante*.

Mes membres languissants, perclus et refroidis. Par ses attouchements n'estoient moins engourdis. Mais quoy! que deviendray-je en l'extresme vieillesse. Puisque je suis rétif au fort de ma jeunesse*. Et si, las ! je ne puis, et jeune et vigoureux. Savourer la douceur du plaisir amoureux?

1 . Il y a grande apparence que ce vers n'est pas de Régnier» Dans la première édition , faite en 1613, il manquait ici un vers qni n'avait point été rétabli dans les éditions suivantes, et ce n'a été que dans ceUe de i 642 qu'on a rempli cette lacune par le vers dont il s'agit.

2. Ce vers a encore été inséré , dans l'édition de l6iS , à la place de celui de Régnier, qui manquait dans toutes les éditions précédentes.

Ha! j'en roagis dé -honte, etdèspite «on âge^ Age de peu de force et de peu de courage, Qui ne me permet pas, en cet accouplement, Donner ce qu^'en amour peut donner un amant.

Car, dieux! ceste beauté, par mon deffani trompée. Se leva le matin de ses larmes trempée.

Que Tamour de despit escouloit par ses yeux : Ressemblant à TAurore^ alors qu'ouvrant les cieux Elle sort de son lit hargneuse etdespitée.

D'avoir, sans un baiser, consommé la nuitée, Quand, baignant tendrement la terre de ses pleurs. De chagrin et d'amour elle enjette ses fleurs^.

Pour flatter mon deffaut, mats que me sert la gloire^. De mon amour passée, inutile mémoire.

Quand aymant ardemment et ardemment aymé.

Tant plus je combattois, plus j*estois animé? Guerrier infetigable en ce doux exercice.

Par dix ou douze fois je rentrois en la lice, 01i,v vaillant et adroit, après avoir brisé ^, Des chevaliers d'amour j^tois le plus prisé. Mais de cest accident je fais un mauvais conte. Si mon honneur passé m'est ores une honte ^, Et si le souvenir, trop prompt à m 'outrager. Par le plaisir receu ne me peut soulager.

ciel! il falloitbien qu'ensorcelé je feusse,

1. Dans les éditions faites depuis 1643 , on a substitué honteuse à hargneuse,

3. Enjelte, pour arrose ^ firé du verbe composé enjeter, qui est hors d*usage, et dont nous n'avons retenu que le simple /«Z^.

3. Dans rédition de iGiS, on a mis : de quoy me sert la gloire ^ correction qui a été adoptée dans toutes les éditions suivantes.

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