‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 206 sur 252 · COMMENCEMENT D'UN POEME SACRÉ · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT D'UN POEME SACRÉ

J'ay le cœur tout ravy d'une fureur nouvelle. Or' qu'en un sainct ouvrage un sainct démon m'appelle ; Qui me donne l'audace , et me fait essayer Un sujet qui n'a peu ma jeunesse effrayer.

Toy dont la providence, en merveilles profonde,

Planta dessus un rien les fondements du monde, Et, baillant à chaque estre et corps et mouvements, Sans matière donnas la forme aux éléments ; Donne forme à ma verve , inspire mon courage : A ta gloire, ô Seigneur ! j'entreprends cet ouvrage.

Avant que le soleil eust enfanté les ans, Que tout n'estoit qu'un rien, et que mesme le temps, Confus, n'estoit distinct en trois diverses faces; Que les cieux ne tournoient un chascun en leurs places ; Mais seulement , sans temps , sans mesure et sans lieu , Que, seul parfait en soy, régnoit rèsprit de Dieu, Et que dans ce grand vuide , en majesté superbe , Estoit Testre de Testre en la vertu du Verbe ; Dieu , qui forma dans soy de tout temps l'univers , Parla : quand , à sa voix, un mélange divers

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