‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 218 sur 252 · DIALOGUE CLORIS ET PHILIS · texte numérisé non relu

DIALOGUE CLORIS ET PHILIS

CLORIS

Philis, œil de mon cœur et moitié de moi-mesme , Mon amour, qui te rend le visage si blesme?

Quels sanglots, quels soupirs, quelles nouvelles pleurs, Noyent de tes beautez le^ grâces et les fleurs?

PHIUS.

Ma douleur est si grande et si grand mon martyre. Qu'il ne se peut, Cloris, ny comprendre, ny dire.

CLORIS

Ces maintiens esgarez, ces (^nsers esperdus, Ces regrets et ces cris par ces bois espandus, Ces regards languissants en leurs fiâmes discrettes , Me sont de ton amour les paroUes secrettes.

PHILIS

Ha Dieu ! qu'un divers mal diversement nie point ! J'ayme? hélas ! non, Cloris ; non, non, je n'ayme point.

GLORIS.

La honte ainsi desment ce que Tamour décelle ; La flame de ton cœur par tes yeux estincelle ; Et ton silence mesme, en ce profond malheur, N'est que trop éloquent à dire ta douleur.

Tout parle en ton visage ; et, te voulant contraindre , L'Amour Vient, malgré toy, sur ta lèvre se plaindre. Pourquoy veux-tu , Philis, aymant comme tu fais^ Que l'Amour se desmente en ses propres 6^ts ? Ne sçais-tu que ces pleurs, que ces douces œillades, Ces yeux qui, se mourant, font les autres malades, Sont théastres du cœur, où l'Amour vient jouer Les pensers que la bouche a honte d'avouer?

N'en fais donc point la fiiie, et vainement ne cache Ce qu'il faut malgré toy que tout le monde sçache. Puis que le feu d'amour, dont tu veux triompher, Se monstre d'autant plus qu'on le pense estouffer« L'Amour est un enfant, nud, sans fard et sans crainte, Qui se plaist qu'on le voye, et qui fuit la contrainte. Force donc tout respect, ma chère fille, et croy Que chacun est subject à l'amour comme toy.

En jeunesse j'aymay ; ta mère fit de mesme ; Lycandre ayma Lysis, et Félisque Phylesme :

Et si Taage esteignit leur vie et leurs soupirs , Par ces plaines * encore on en sent les zéphyrs. Ces fleuves sont encor* tout enflez de leurs larmes. Et ces prez tout ravis de tant d'amoureux charmes ; Encore oyt-on l'écho redire leurs chansons , Et leurs noms sur ces bois gravez en cent façons. Mesmes que penses-tu? Bérénice la belle, Qui semble contre Amour si fière et si cruelle , Me dit tout franchement en pleurant, Pautre jour. Qu'elle estoit sans amant, mais non pas sans amour. Telle encor' qu'on me voit, j'ayme de telle sorte. Que l'effect en est vif, si la cause en est morte. Ez cendres d 'Alexis Amour nourrit le feu Que jamais par mes pleurs esteindre je n'ay peu. Mais comme d'un seul trait nostre ame fut blessée. S'il n'avoit qu'un désir, je n'eus qu'une pensée.

PHILIS

Ha ! n'en dy davantage, et, de grâce, ne rends

Mes maux plus douleureux, ny mes ennuis plus grands.

CLORIS

D'où te vient le regret dont ton ame est saisie? Estr-ce infidélité, mesprts, ou jalousie?

PHILIS

Ce n'est ny l'un ny l'autre ; et mon mal rigoureux Excède doublement le tourment amoureux.

CLORlS.

Mais ne peut-on sçavoir le mal qui te possède '^

I . Presque toutes les éditions portent : Par oei plaintes , etc.

PHILIS

A quoy serviroit-il, puisqu'il est sans remède?

GLORIS.

Volontiers les ennuis s'allègent aux discours.

PHILIS

Las ! je ne veux aux miens ny pitié, ny secours.

GLORIS.

La douleur que Ton cache est la plus inhumaine.

PHILIS

Qui meurt en se taisant semble mourir sans peine.

GLORIS.

Peut-estre en la disant te pourray-Je guérir.

PHILIS

Tout remède est fascheux ^lors qu'on veut mourir.

GLORIS.

Au moins, avant la mort dis où le mai te touche?

PHILIS

Le secret de mon cœur ne va point en ma bouche,

GLORIS.

Si je ne me déçois, ce mal te vient d'aymer.

PHILIS

Cioris, d'un double feu je me sens consumer!

GLORIS.

La douleur, malgré toy, la langue te desnoue.

PHILIS

Mais faut-il, à ma honte, hélas! que je Tavoue, Et que je nie un mal pour qui, jusques icy , J*eus la bouche fermée, et le cœur si transy, Qu'estouffantmes soupirs, auxbois, auxprez, aux plaines. Je ne pus ny n'osay discourir de mes peines?

CLORIS

Avecq' toy mourront donc tes ennuis rigoureux!

PHILIS

Non cœur est un sépulcre honorable pour eux.

CLORIS

Je crois lire en tes yeux quelle est ta maladie.

PHILIS

Si tu la vois, pourquoy veux-tu que je la die? Auray-je assez d'audace à dire ma langueur?

Ha! perdons le respect où j'ay perdu le cœur. J'ayme, j'ayme, Cloris; et cet enfant d'Éryce, tlui croit que c'est pour moy trop peu que d'un supplice, De deux traits qu'il tira des yeux de deux amants , Cause en moy ces douleurs et .ces gémissements: Chose encore inouïe, et toutesfois noii feinte. Et dont jamais bergère à ces bois ne s'est plainte!

Seroit-il bien possible?

CLORIS

PHILIS

A mon dam, tu le vois.

CLORIS

Comment ! qu'on puisse aymer deux hommes à la fois !

PHILIS

Mon malheur en cecy n'est que trop véritable ;

Mais, las ! il est bien grand, puisqu'il n'est pas croyable.

GLORIS.

Qui sont ces deux bergers dont ton cœur est espoint?

PHILIS

Amynte et Philémon : ne les çognois-tu point ?

GLORIS.

Ceux qui' furent blessez lorsque tu fiis ravie?

PHILIS

Ouy, ces deux dont je tiens et Thonneur et la vie.

GLORIS.

J'en sçay tout le discours; mais dy-moy seulement Gomme Amour, par leurs yeux, charma ton jugement?

PHILIS

Amour, tout despité de n'avoir point de flesche Assez forte pour faire en mon cœur une bresche. Voulant qu'il ne fust rien dont il ne fust vainqueur. Fit par les coups d 'autrui peste playe en mon cœur : Quand ces bergers, navrez, sans vigueur, et sans armes, Tout moites de leur sang, comme moy de mes larmes. Près du Satyre mort, et de moy, que l'ennuy Rendoit en apparence aussi morte que luy.

Firent voir à mes yeux, d'une piteuse sorte , Qu'autant que leur amour leur valeur estoit forte, |Ce traistre, tout couvert de sang et de pitié , kntra dedans mon cœur souz couleur d'amitié, It n'y fut pas plustost, que, morte^ froide, et biesme.

Je cessay, tout en pleurs, d'estre plus à moy-mesme. J'oubliay père et mère, et troupeaux, et maison. Mille nouveaux désirs saisirent ma raison.

J'errois deçà, delà, furieuse, insensée :

De pensers en pensers s'esgara ma pensée; Et comme la fureur estoit plus douce en moy, Réformant mes façons, je leur donnois la loy. J'accommodois ma grâce, agençois mon visage ; Un jaloux soin de plaire excitoit mon courage ; J'allois plus retenue, et composois mes pas; J'apprenois à mes yeux à former des appas; Je voulois sembler belle, et m'efforçois à faire Un visage qui pust également leur plaire ; Et lors qu'ils me voy oient par hazard tant soit peu, Je frissonnois de peur, craignant qu'ils eussent veu (Tant j^estois en amour innocemment coupable !) Quelque façon en moy qui ne fust agréable.

Ainsy, tousjôurs en trance en ce nouveau soucy, Je disoîs à part moy : Las! mon Dieu ! qu'est €^y? Quel soin, qui de mon cœur s'estant rendu le maistre, Fait que je ne suis plus ce que je soulois estre? D'où vient que jour et nuict je n'ay point de repos; Que mes soupirs ardents traversent mes propos ; Que loin de la raison tout conseil je rejette; Que je suis, sans subject, aux larmes si subjecte? Ha! sotte, respondoîs-je après, en me tançant, Noïi, ce n'est que pitié que ton ame ressent De ces bergers blessez. Te fàsches-tu, cruelle, Aux doux ressentiments d'uh acte si fidelle?

Serois-tu pas ingrate en faisant autrement?

Ainsi je me flattois en ce faux jugement.

Estimant en ma peine, aveugle et langoureuse, Estre bien pitoyable, et non pas amoureuse.

Mais, las! en peu de temps je.cognus mon erreur.

Tardive cognoissance à si prompte fureur !

J'apperçus, mais trop tard, mon amour véhémente.

Les cognoissant amants, je me cognus amante.

Aux rayons de leur feu, qui luit si clairement,

Hélas ! je vis leur flame et mon embrasement,

iQtti, croissant parle temps, s'augmenta d'heure en heure;

Et croistra, ç'ay-je peur, jusqu'à tant que je meure.

Depuis, de mes deux yeux le sommeil se bannit,

La douleur de mon cœur mon visage fannit.

Du soleil, à regret, la lumière m'esclaire,

Et rien que ces bergers au cœur ne me peut plaire.

Mes flesches et mon arc me viennent à mespris ;

Un choc continuel fait guerre à mes esprits ;

Je suis du tout en proye à ma peine enragée ;

Et pour moy, comme moy, toute chose est changée.

Nos champs ne sont plus beaux ; ces prez ne sont plus verts ;

Ges arbres ne sont plus de feuillages couverts ;

Ces ruisseaux sont troublez des larmes que je verse;

Ces fleurs n'ont plus d'esmail en leur couleur diverse ;

Leurs attraits si plaisants sont changez en horreur;

Et tous ces lieux maudits n'inspirent que fureur.

Icy, comme autrefois, ces pastis ne fleurissent ;

Comme moy, de mon mal, mes troupeaux s'amaigrissent :

Et mon chien, m'abayant, semble me reprocher

Que j'ay ore à mespris ce qui me fut si cher.

Tout m'est à contre-cœur, hormis leur souvenance.

Hélas ! je ne vis point, sinon lors que j'y pense,

Ou lors que je les vois, et que, vivante en eux ,

Je puise dans leurs yeux un venin amoureux.

Amour, qui pour mon mal me rend ingénieuse ,

Donnant tresve à ma peine ingrate et furieuse ,

Les voyant, me permet l'usage de raison,

Afin que je m'efforce après leur guérison ;

Me fait panser leurs maux. Mais, lasl en vain j'essaye,

348 POÉSIES iMVERSES.

Par un mesme appareil, pouvoir guérir ma playe. Je sonde de leurs coups l'estrange profondeur. Et ne m'estonne point pour en voiV la gfrandenr. J'estuve de mes pleurs leurs blessures sanglantes : Hélas ! à mon malheur blessures trop blessantes, Puis que vous me tuez, et que, mourant par vous. Je souffre en vos douleurs, et languis de vos coupjs!

CLORIS

Bruslent-ils comme toy d'amour démesurée?

PHILIS

Je ne sçay ; toutesfois j'en pense estre asseurée

CLORIS

L'amour se persuade assez légèrement.

PHILIS

Mais ce qiie Ton désire on le croit aisément.

CLORIS

Le bon amour pourtant n'est point sans deffiance.

PHILIS

Je te diray sur quoy j'ay fondé ma croyance.

Un jour, comme il advint qu'Amynte estant blessé,

Et qu'estant de sa playe et d'amour oppressé.

Ne pouvant clore l'œil, esveillé du martyre,

Se plaignoit en pleurant d'un mal qu'il n'osoit dire.

Mon cœur qui du passé, le voyant, se souvint,

A ce piteux object toute pitié revint ;

Et, ne pouvant souffrir de si rudes alarmes.

S'ouvrit à la douleur, et mes deux yeux aux larmes.

Enfin comme ma voix, ondoyante à grands flots.

Eut trouvé le passage entre mille sanglots.

POÉSIES DIVERSES. 3vi9

Me forçant en l'accez du tourment qui me gresve,

J 'obtins de mes douleurs à mes pleurs quelque tresve.

Je me mis à chanter ; et le voyant gémir.

En chantant, j'invitois ses beaux yeux à dormir;

Quand luy, tout languissant, tournant vers moy sa teste,

Qui sembloit un beau lys battu de la tempeste.

Me lançant un regard qui le cœur me fendit,

D 'une voix rauque et casse ainsi me respondit :

« Pbilis, comme veux-tu qu'absent de toy je vive ;

Ou bien qu'en te voyant, mon ame, ta captive.

Trouve, pour endormir son tourment furieux.

Une nuict de repos au jour de tes beaux yeux î »

Alors , toute surprise en si prompte nouvelle,

le m'enfuis de vergongne où Philémon m'appelle,

Qui, navré, comme liiy, de pareils accidents,

Lapguissoit en ses maux trop vifs et trop ardents.

Moy, qu'un devoir esgal à mesmesoin invitci

Je m'approche de luy, ses playes je visite ;

Mais, las ! en m'apprestant à ce piteux dessein,

Son beau sang qui s 'esmeut jaillit dessus mon sein;

Tombant esvanouy, toutes ses playes s'ouvrent,

Et ses yeux, comme morts, de nuages se couvrent.

Gomme avecques mes pleurs je l'eus fait revenir,

Et me voyant sanglante en mes bras le tenir,

Me dit : « Belle Philis, si l'amour n'est un crime,

Ne mesprisez le sang qu'espand ceste victime.

On dit qu'estant touché de mortelle langueur.

Tout le sang se resserre et se retire au cœur.

Las ! vous estes mon cœur, où, pendant que j'expir?,

Mon^ sang brusle d'amour, s'unit, et se retire. »

Ainsi de leurs desseins je ne puis plus douter ;

Et lors, moy, que l'Amour oncques ne sçut dompter,

Je me sentis vaincue, et glisser en mon ame.

De ses propos si chauds et si bruslants de flame,

390 >0éstË8 DltEtlSEà.

Un rayon amoureux, qui m'enflama si bien,

Que tous mes froids desdains n'y servirent de rien.

Lors Je m'en cours de honte où la fureur m'emporte.

N'ayant que la pensée et l'Amour pour escorte ;

El suis comme la biche, à qui l'on a percé

Le flanc mortellement d'un garot^ traversé,

Qui (îiit dans les forests, et tous jours avecq' elle

Porte, sans nul espoir, sa blessure mortelle.

Las ! Je vais tout de mesme, et ne m'appçrçois pas,

malheur ! qu*avecq' moy je porte mon trespas.

Je porte le tyran qui de poison m'enyvre,

Et qui, sans me tuer, eu ma mort me fait vivre.

Heureuse, sans languir si long-temps aux abbois,

Si j'en puis escfaapper pour mourir une fois !

GLORIS.

Si d^une mesme ardeur leur ame est enflamée.

Te plains-tu d'aymerbien, et d'estre bien aymée? .

Tu les peux voir tous deux, et les favoriser.

PHILIS

Un cœur se pourroit-il en deux parts diviser

CLORIS

Pourquoy non ? c'est erreur de la simplesse humaine ;

La foy n'est plus au cœur qu'une chimère vaine.

Tu dois, sans t'arrester à la fidélité.

Te servir des amants comme des fleurs d'esté.

Qui ne plaisent aux yeut qu'estant toutes nouvelles.

Nous avons, de nature, au sein doubles mammelles.

Deux oreilles, deux yeux, et divers sentiments ;

Pourquoy ne pourrions-nous avoir divers amants ?

t. Espèce de gros trait dont on se servait dans le temps que les arbalètes étaient en usage.

POÉSIES DIVeftSES. 351

'ombien en cognoissé-je à qui tout est de mise,

)ui changent plus souvent d'amants que de chemise !

^a grâce, la beauté, la jeunesse et Tamour,

?our les femmes ne sont qu'un empire d'un jour,

Sncor' que d^un matin ; car, à qui bien y pense.

Le midy n'est que soin, le soir que repentance.

Puis donc qu'Amour te fait d'amants provision.

Use de ta jeunesse et de l'occasion :

Toutes deux, comme un traict de qui l'on perd la trace.

S'envolent, ne laissant qu'un regret en leur place.

Mais si ce procéder encore t'est nouveau,

Choisy lequel des deux te semble le plus beau.

PHILIS

Ce remède ne peut à mon mal satisfaire.

Puis Nature et l'Amour me deffend de le faire.

En un choix si douteux s'esgare mon désir.

Ils sont tous deux si beaux, qu'on n'y peut que choisir.

Comment, beaux ! Ha ! Nature, admirable en ouvrages,

Ne fit jamais deux yeux, ny deux si beaux visages :

Un doux aspect qui semble aux amours convier.

L'un a'a rien qu'en beauté l'autre puisse envier.

L'un est brun, l'autre blond; et son poil qui se dore

En filets blondissants est semblable à l'Aurore,

Quand, tout eschevelée, à nos yeux souriant.

Elle esmaille de fleurs les portes d'Orient.

Ce teint blanc et vermeil où l'Amour rit aux Grâces;

Cet oeil qui fond des coeurs les rigueurs et les glaces,

Qui foudroyé en regards, esblouitla raison,

Et tue, en basilic, d'un amoureux poison ;

Ceste bouche si belle et si pleine de charmes,

Où l'Amour prend le miel dont il trempe ses armes ;

Ces beaux traits de discours, si doux et si puissants,

Dont l'Amour par l'oreille assujettit mes sens,

 ma foible raison font telle violence, Qu'ils tiennent mes désirs en égale balance : Car si de Tun des deux je me veux départir, Le ciel, non plus que moy, ne peut y consentir. L'autre, pour estre brun, aux yeux n'a moins de fiâHies: Il sème, en regardant, du soufre dans les âmes, Donne aux cœurs aveuglez la lumière et le jour : Ils semblent deux soleils en la sphère d'Amour. Car si l'un est pareil à l'Aurore vermeille.

L'autre, en son teint plus brun, a la grâce pareiHe A l'astre de Vénus, qui doucement reluit Quand le soleil tombant dans les ondes s'enfuit. Sa taille haute et droite, et d'un juste corsage. Semble un pin qui s'élève au milieu d'un bocage ; Sa bouche est de corail, où l'on voit au dedans. Entre un plaisant souris, les perles de ses dents. Qui respirent un air embaumé d'une haleine Plus douce que l'œillet ny que la marjolaine. D'un brun meslé de sang son visage se peint.

Il a le jour aux yeux, et la nuict en son teint, Où l'amour, flamboyant entre mille étincelles. Semble un amas brillant des estoiles plus belles. Quand une nuict sereine, avecq' ses bruns flambeaux, Rend le soleil jaloux en ses jours les plus beaux. Son poil noir et retors en gros flocons ondoyé, Et, crespelu, ressemble une toison de soye.

C'est enfin, comme l'autre, un miracle des deux. Mon ame, pour les voir, vient toute dans mes yeux , Et, ravie en l'object de leurs beautez extresmes. Se retrouve dans eux, et se perd en soy-raesmes. Las ! ainsy je ne sçay que dire ou que penser. De les aymer tous deux, n'est-ce les offenser? Laisser l'un, prendre l'autre, odieux! est-il possible? Ce seroit, les aymant, un crime irrémissible.

POéSIES MVEKSES. 353

Is sont tons deux égaux ^e mérite et de foy.

^as ! je n'ayme HeH qu'eux, ils n'ayment rien que moy. rous deux pour me sauver bazardèrent leur vie; Is ont mesme dessein, mesme amour, mesme envie. >e quelles passions me senté-je esmouvoir!

^ ''amour, Thonneur, la foy, la pitié, le devoir, !>e divers sentiments également me troublent, &t, me pensant aider, mes angoisses redoublent. Car si, pour essayer à mes maux quelque paix, Parfois oubliant l'un, en l'autre je me plais, L'autre, tout en colère, à mes yeux se présente, Kl, me monstrant ses coups, sa cbemise sanglante, Son amour, sa douleur, sa foy, son amitié, Mon cœur se fend d'amour, et s 'ouvre à la pitié. Las ! ainsy combattue en ceste estrange guerre, Il n^est grâce pour moy au ciel ny sur la terre. Contre ce double effort débile est ma vertu.

De deux vents opposez mon cœur est combattu ; Et reste ma pauvre ame entre deux étouffée, Misérable dépouille, et funeste trophée ^ !

SONNET

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