‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 47 sur 252 · Demourant y édit. dB · texte numérisé non relu

Demourant y édit. dB

3. Un auteur grave (Boetius Epo , jurisconsulte flamand) dit que les Allemands , fort adonnés à la débauche , ne se mettaient point eu peine de dire grâces après leur repas. On eut beau y exhorter les chanoines et les moines , dans un concile de Mayence , tenu Tan 847, « Hortantes eos.... sumere cibumcum benedictione et laude «t Domini , secundum Apostolum dicentem : Sive manducetis , sive « bibatis, omnia in Dei laudem facite (Synod. Mogunt. sub Rabano, « de Gleric. vita , sive Monach. cap. XIII , in fine) , » ces exhortalions furent inutiles. Aussi , pour réprimer cet abus, le pape Houorius III donna des Indulgences aux Allemands qui boiraient un coup après avoir dit grâces. (Boetius Epo , Comment, sur le ehap. 4es décrétai. y îfe clerici vel monachi , etc., cap. I , n. 13.) L'origine de cette façon de parler, après grâces Dieu but , ne vient-elle point plutôt de cet endroit de l'Évangile : « Et, accepto calice , gratias agens « dédit eis , et biberunt ex illo omnes ?» M. de la Monnoye , qui a enrichi ce commentaire de plusieurs remarques , croit qu'il faut peut-être lire :

Après Gr&ces-Dieo bue , ils demandent k boire ;

pour donner à entendre que , non contents d'avoir bu sur le coup d'après grâces , ils demandent à boire sur nouveaux frais. Ainsi , boire Grâces-Dieu^ ce serait boire un coup après avoir dit ses grâces.

C'est tousjours le refrein qu'ils font à leur balade. Pour moy, je n'en voy point que je n'en sois malade; J'en perds le sentiment, du corps tout mutilé, Et durant quelques jours j'en demeure opilé.

Un autre, renfrongné, resveur, mélancolique, Grimassant son discours, semble avoir la colique ; Suant, crachant, toussant, pensant venir au point, Parle si finement, que l'on ne l'entend point.

Un autre, ambitieux, pour les vers qu'il compose Quelque bon bénéfice en l'esprit se propose.

Et dessus un cheval, comme un singe, attaché. Méditant un sonnet, médite un évesché*.

Si quelqu'un, comme moi, leurs ouvrages n'estime, 11 est lourd, ignorant, il n'ayme point la rime; Difficile, hargneux, de leur vertu jaloux, Contraire en jugement au commun bruit de tous; Que leur gloire il desrobe avec ses artifices : Les dames cependant se fondent en délices Lisant leurs beaux escrits, et de jour, et de nuict,

1. Dans l'édition de 1608 , on lit une évesché. Toutes les autres éditions portent un évesché. Mais dans la satire III, vers 175, notre auteur a fait évéché du genre féminin :

Et si le faix léger d'une double éTesché.

Quarante ans après la composition de cette satire , le genre du mot évéché n'était pas encore bien déterminé , car Ménage , dans sa Requête des Dictionnaires , imprimée en 1649, assure qu'il n'y avait que les puristes qui dissent une évéché.

Ils veulent , malgré la raison , Qu'on dise aujourd'hui la poison, Une épitaphe , une épigramme , Une navire , une anagramme, Une reproche , une duché , Une mensonge, une évesché.

Les ont au cabinet souz le chevet du lict;

Que portez à Téglise ils valent des matines,

Tant, selon leurs discours, leurs œuvres sont divines.

Encore après cela ils sont enfants des cieux ; Ils font journellement carrousse* avec les dieUx; Compagnons de Minerve, et confits en science, Un chacun d'eux pense estre une lumière en France. Ronsard, fay-m'en raison ; et vous autres esprits Que, pour estre vivants, en mes vers je n'escrits, Pouvez-vous endurer que ces rauques cygales Esgalent leurs chansons à vos œuvres royales, Ayant vostre beau nom laschement démenty?

Ha ! c'est que nostre siècle est en tout perverty. Mais pourtant quel esprit, entre tant d'insolence, Sçait trier* le sçavoir d'avecque l'ignorance. Le naturel de l'art, et, d'un œil avisé.

Voit qui de Calliope est plus favorisé?

Juste postérité, à tesmoin je t'appelle*, Toy qui sans passion maintiens l'œuvre immortelle, Et qui, selon l'esprit, la grâce et le sçavoir. De race en race au peuple un ouvrage fais voir; Venge ceste querelle, et justement sépare Du cygne d'Apollon la corneille barbare.

Qui, croassant partout d'un orgueil effronté,

i . Vieux mot qui signifie débauche de vin , du mot allemand §âraussy tout vidé; on sous-entend le verre. (Ménage.)

2. C'est ainsi qu*il faut lire, suivant la première édition de 1608, et non pas tirer, qui est dans les autres éditions.

3. Ce vers a été employé par Desmarets de Saint-Sorlin , dans une ode qui est à la tête de son poème de, Glovis , et dans un ouvrage de sa façon intitulé : La Comparaison de la Langue et de la Poésie française , etc., 1670.

Car le siècle envieux juge sans équité; Mais 'en appelle à toy, juste postérité.

Ne couche de rien moins que rimniortalité '.

Mais, comte, que sert-il d'en entrer en colère? Puisque le temps le veut, nous n'y pouvons rien faire ^. Il faut rire de tout : aussi bien ne peut-on Changer chose en Virgile, ou bien l'autre en Platon'.

Quel plaisir penses-tu que dans l'ame je sente. Quand l'un de ceste troupe, en audace insolente. Vient à Vanves* à pied, pour grimper au coupeau

1. Ce vers est ainsi dans l'édition de I60ft , et il doit être ainsi , à moins qu'on n'aime mieux lire : Ne couche rien de moins. D'autres éditions portent :

Ne couche de rien moins de l'immortalité.

C'est-à-dire , ne vise , n'aspire à rien moins qu'à l'immortalité.

2. Édition de 1643 et suivantes : Noms n'y pouvons que faire.

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