‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 5 sur 252 · ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTERAIRE. TU · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTERAIRE. TU

portes de Chartres et qui venaitd'étre donnée à son beaurfrère des Portes (1583) : il la conserva jusqu^en 1594, époque où il eut à subir la peine d'avoir suivi des Portes dans le parti de la Ligue, au lieu de demeurer indifférent à la politique , ainsi que cela convenait beaucoup mieux à un « honorable » bourgeois. Il fut donc considéré comme Tun des rebeller que voulut frapper Henri IV, et vit son abbaye imposée extraordinairement à seize cents écus. Jacques réclama un sursis pour pouvoir recueillir une somme qui, par ce temps d'anarchie populaire, n'était pas précisément commode à ramasser; mais le roi ne voulut rien entendre: la réclamation, datée du 16 août 1591, obtint pour réponse l'ordre donné par les commissaires au recouvrement de conduire le malheureux fermier en prison jusqu'à parfait payement. Cela pouvait naturellement se prolonger indéfiniment , mais Régnier se décida à implorer la clémence du roi, et sa supplique fut apparemment très-éloquente, car des lettres patentes datées de Chartres, le 23 septembre suivant, ordonnèrent sa mise en liberté*.

Cependant, le 22 décembre 1573, Marie Edeline, femme de M. des Portes, avait présenté aux fonts baptismaux de l'église Saint-Saturnin de Chartres son petil^fils, qui, lui aussi, devait être un des poètes

I. Ces détails , tout k fait nouveaux, sont dus à M. Luc Merlet. — Jacques Régnier mourut à Paris, où il avait été député pour les intérêts de la ville de Chartres, le «« février 1897, et y fut enterré dans l'église Saint-Hilaire. Sa femme lui survécut jusqu'au 20 septembre 1639, et fut enterrée au cimetière Saint-Saturnin , hors de la ville de Chartres.

VIII ÉTUDE mSTORlftUE ET LITTÉRAIRE.

favoris de la France, plus célèbre assurément que le docte abbé qui était si fort à la mode alors, et dont les vers étaient littéralement payés au poids de l'or. Cet enfant, grâce à la position aisée de ses parents , put recevoir une éducation soignée : son avenir, d'ailleurs, semblait dès lors brillamment assuré , car se trouvant rbéritier naturel de son oncle des Portes, titulaire des abbayes de Bon-Port, de Josaphat, de Thoron et de Vaux-de-Cernay , il pouvait espérer la reversion de quelques-uns de ces riches bénéfices à son profit. Aussi, le 31 mars 1584*, fut-il tonsuré par la main de Nicolas de Thou, évêque de Chartres, et dès lors destiné à l'Église ; il avait d'ailleurs à ce moment un frère et une sœur : Antoine, qui épousa Anne Godier et fut l'un des élus de l'élection de Chartres, et obtint d'Anne d'Esté, duchesse de Nemours, remise d'une forte partie des droits taxés sur sa charge ; Marie Régnier, mariée à Abdénago de la Palme, officier de la maison du roi.

Mathurin Régnier annonçait cependant un goût peu prononcé pour l'état ecclésiastique : il aimait beaucoup mieux lire les auteurs profanes que les Pères de l'Église , et de bonne heure il composa de petits vers auxquels sa mère, flattée de la réputation acquise si brillamment et, j'ajouterai, si facilement par son frère, applaudissait de toutes ses forces. Mais ces vers étaient généralement très-

1. Cette date est fournie par M. Merlet : Niceron et Brossette disent 1583.

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