La Fontaine a dit, dans la fable du Loup et de TAgneau
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
Qu'un mulet gros et gras à leurs yeux apparut.
lis cheminent dispos, croyant la table preste,
Et s'approchent tous deux assez près de la beste.
Le loup qui la cognoist, malin et deffiant,
Luy regardant aux pieds, lui parloit en riant :
« D'où es-tu? qui es-tu? quelle est ta nourriture • ?
Ta race, ta maison, ton maistre, ta nature? »
Le mulet, estonné de ce nouveau discours,
De peur ingénieux, aux ruses eut recours ;
Et, comme les Normands, sans luy respondre : Voire!
« Compère, ce dit-il ', je n'ay point de mémoire;
Et comme sans esprit ma grand 'mère me vit,
Sans m'en dire autre chose, au pied me l'escrivit. »
Lors il lève la jambe au jarret ramassée; Et d'un œil innocent il couvroit sa pensée.
Se tenant suspendu sur les pieds en avant.
Le loup qui l'apperçoit se lève de devant, S 'excusant de ne lire avec ceste parolle.
Que les loups de son temps n'alloient point à l'escoUe. Quand la chaude lionne, à qui l'ardente faim Alloit précipitant la rage et le dessein, S'approche, plus sçavante, en volonté de lire^. Le mulet prend le temps, et du grand coup qu'il tire Luy enfonce la teste, et d'une autre façon.
Qu'elle ne sçavoit point, luy aprit sa leçon.
Alors le loup s'enfuit, voyant la beste morte,