‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 53 sur 252 · Motus · texte numérisé non relu

Motus

Âstrorum ignore.

JuvÉN., sat. III, vers^49.

J. Juvénal^avait dit, sat. III,[v. 45 : ivfi^KH

Ferre ad nuptam quœ mittit adulter, OusB^mandat, norunt alii.

On litjdans \Q\Glossaire bourguignon^ au moi poulO, que poulety en]ce , sens-là, n'a guère été en usage parmi nous que depuisji 610 jusqu'en 1670, tout auTplus. Maisjoependant^on fait dire à Henri IV, en 1897, que mademoiselle de Guise,, sa nièce, aimoit bien autanf^es poule's en papier qu'en fricassée, (Mém. de S«%,fepart. II,lipage 114.) Etalons on appelait porte-poulet un entremetteur d'amour. (f6i4,, tome II. clia'^.LXxxii,p. 948.)

SATYRE m. ' 35

Je ne suis point adroit, je n'ay point d'éloquence

Pour colorer un fait ou destourner la foy :

Prouver qu'un grand amour n'est subject à la loy ;

Suborner par discours une femme coquette ;

Luy conter des chansons de Jeanne et de Paquette ;

Desbaucher une fille, et par vives raisons

Luy monstrer comme Amour fait les bonnes maisons,

Les maintient, les eslève , et, propice aux plus belles.

En honneur les avance, et les fait demoyselles;

Que c'est pour leurs beaux nez que se font les ballets;

Qu'elles sont le subject des vers et des poullets ;

Que leur nom retentit dans les airs que l'on chante ;

Qu'elles ont à leur suite une trouppe béante

De langoureux transis ; et, pour le faire court.

Dire qu'il n'est rien tel qu'aymer les gens de court;

Alléguant maint exemple, en ce siècle où nous sommes,

Qu'il n'est rien si facile à prendre que les hommes;

Et qu'on ne s'enquiert plus s 'elle a fait le pourquoy,

Pourveu qu'elle soit riche et qu'elle ait bien dequoy.

Quand elle auroit suivy le camp à la Rochelle ^

S 'elle a force ducats, elle est toute pucelle.

L'honneur, estropié, languissant et perclus,

N'est plus rien qu'un klole en qui l'on ne croit plus.

Or, pour dire cecy il faut force mystère ; Et de mal discourir il vaut bien mieux se taire. Il estvray que ceux-là qui n'ont pas tant d'esprit Peuvent mettre en papier leur dire par escrit, Et rendre par leurs vers leur muse maquerelle; Mais, pour dire le vray, je n'en ay la cervelle.

11 faut estre trop prompt, escrire à tout propos,

1. Cette YiUe fut assiégée en 1573 par Henri, duc d* Anjou, frère du roi Charles IX.

Perdre pour un sonnet et sommeil et repos.

Puis, ma muse est trop chaste*, et j'ay trop de courage*,

Et ne puis pour autruy façonner un ouvrage.

Pour moy, j'ay de la court autant comme il m'en faut :

Le vol de mon dessein ne s'estend point si haut :

De peu je suis content; encore que mon maistre,

S'il luy plaisoit un jour mon travail reconnoistre.

Peut autant qu'autre prince, et a trop de moyen

D'eslever ma fortune et me faire du bien.

Ainsi que sa nature à la vertu facile

Promet que mon labeur ne doit estre inutile,

Et qu'il doit quelque jour, malgré le sort cuisant,

Mon service honorer d'un honneste présant,

Honneste, et convenable à ma basse fortune.

Qui n'abaye et n'aspire, ainsy que la commune^,

Après l'or du Pérou, ny ne tend aux honneurs

Que Rome départit aux vertus des seigneurs.

Que me sert de m 'asseoir le premier à la table,

Si la faim d'en avoir me rend insatiable.

Et si le faix léger d'une double évesché*.

Me rendant moins contant, me rend plus empesché ;

Si la gloire et la charge à la peine adonnée

Rend souz l'ambition mon ame infortunée?

Et quand la servitude a pris l'homme au collet,

1. Ce mot est assez piquant dans la bouche de Régnier *. a. Courage est ici dans le sens de trop de cœur.

3. N*abayef pour ne désire. La commune, pour le commun des hommes , se disait anciennement.

4. Allusion à ces iFcrs de Ronsard, adressés au ministre de Mont- Dieu:

Or sus, mon frère en Christ , ta dis que je suis prêtre, J'atteste l'Éternel que je le Toudrois être , Et d'avoir tout le dos et le chef empêché Dessous la pesanteur d'une bonne éfêché.

SATYRE m. 37

J 'estime que le prince est moins que son valet. C'est pourquoy je ne tends à fortune si grande. Loin de l'ambition, la raison me commande, Et ne prétends avoir autre chose, sinon Qu'un simple bénéfice, et quelque peu de nom, Afin de pouvoir vivre avec quelque asseurance, Et de m'oster mon bien que l'on ait conscience*. Alors vrayment heureux, les livres feuilletant. Je rendrois mon désir et mon esprit contant.

Car sans le revenu l'estude nous abuse.

Et le corps ne se paist aux banquets de la muse. Ses mets sont de sçavoir discourir par raison Gomme l'ame se meut un temps en sa prison ; Et comme délivrée elle monte divine Au ciel, lieu de son estre et de son origine; Comme le ciel mobile, éternel en son cours, Fait les siècles, les ans, et les mois, et les jours; Comme aux quatre éléments les matières encloses Donnent, comme la mort, la vie à toutes choses ; Comme premièrement les hommes dispersez Furent par l'harmonie en troupes amassez; Et comme la malice, en leur ame glissée.

Troubla de nos ayeux l'innocente pensée; D'où nasquirent les loix, les bourgs et les citez. Pour servir de gourmette à leurs meschancetez ; Comme ils furent enfin réduits souz un empire ; Et beaucoup d'autres plats*, qui seroient longs à dire. Et quand on en sçauroit ce que Platon en sçait, Marquis, tu n'en serois plus gras, ny plus refait.

1. Cette satire est donc antérieure à l'année I60i, époque où Régnier fut pourvu d'un canonicat à Chartres*. 3. Et beaucoup d'autres faits, dans l'édition de 1643 et dans les sui-

Tanles.

Car c'est une viande en esprit consommée, Légère à l'estomach, ainsi que la fumée.

Sçais-tu, pour sçavoir bien, ce qu'il nous faut sçavoir? C 'est s^afûner le goust, de cognoistre et de voir, Apprendre dans le monde et lire dans la vie D'autres secrets plus fins que de philosophie, Et qu'avec la science il faut un bon esprit.

Or entends à ce point ce qu'un Grec en escrit* : Jadis un loup, dit-il, que la faim espoinçonne. Sortant hors de son fort rencontre une lionne*, Rugissante à l'abort, et qui monstroit aux dents L'insatiable faim qu'elle avoit au-dedans.

Furieuse elle approche ; et le loup qui l'advise D'un langage flateur luy parle et la courtise : Car ce fut de tous temps que, ployant sous l'effort, Le petit cède au grand, et le foible au plus fort^.

Luy, dis-je, qui craignoit que, faute d'autre proye, La beste l'attaquast, ses rus€S il employé.

Mais enfin le hazard si bien le secourut,

1 . Ménage , pages 9 et 34 de ses Modi di dircy à la fin de ses Origines italiennes y édition de Genève , cite trois auteurs italiens qui ont raconté cette fable chacun à sa manière , sans lui attribuer la moindre origine grecque. Ces trois auteurs sont ceux du Novelllere antico , novella XGI ; Stefano Guazzo , dans ses dialogues , et Soipione Ammirato, dans ses proverbes.

2. Selon les trois auteurs italiens qu'on vient de citer, les acteurs de cette fable sont , le Renard, le Loup et le Mulet. La Fontaine, qui l'a mise en vers français , liv. V, fable viii, introduit le Cheval et le Loup. Elle est aussi d'une autre manière , sous le nom du Renard , du Loup et du Cheval , dans le recueil imprime chez Barbin,' en 1694, liv. YII, fable xvii. Ménage l'a imitée en vers latins, dans ses Modi di dire,

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