‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 56 sur 252 · LA POÉSIE TOUJOURS PAUVRE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE TOUJOURS PAUVRE

A M. MOTTIN \

Motin, la muse est morte, ou la faveur pour elle. En vain dessus Parnasse Apollon on appelle, En vain par le veiller on acquiert du sçavoir, Si fortune s'en mocque, et s 'on ne peut avoir Ny honneur, ny crédit, non plus que si nos peines Estoient fables du peuple inutiles et vaines. Or va, romps-toy la teste; et de jour et de nuict Pallis dessus un livre , à Tappétit d'un bruict

1. Pierre Mottin, de la ville de Bourges, était des amis de l'auteur, comme il paraît par l'ode qui est à la tête de ce volume. On a imprimé ses poésies dans divers recueils , avec celles de Malherbe , de Maynard, de Sigogne, etc. EUes sont pour la plupart très-licencieuses, comme on n'en peut que trop juger par celles que contient le Cabinet satirique. Balzac , lettre v du XXII« livre , fait mention de certains vers latins, du père Terron , jésuite , qu'Henri IV ordonna à Mottin de traduire. Boileau parle de Motlin en termes peu favorables dans le chant IV de VArt poétique :

J'aime mieux Bergerac et sa burlesque audace Que ces vers oti Molin nous morfond et nous glace.

11 mourut vers 1615*.

Qui nous honore après que nous sommes souz terre ^

Et de te voir paré de trois brins de lierre*,

Comme s'il importoit, estant ombres là-bas,

Que nostre nom vescust, ou qu'il ne vescust pas.

Honneur hors de saison, inutile mérite.

Qui vivants nous trahit, et qui morts ne profite ;

Sans soins de l'avenir je te laisse le bien ,

Qui vient à contre-poil alors qu'on ne sent rien,

Puis que vivant icy de nous on ne fait conte ,

Et que nostre vertu engendre nostre honte.

Doncq' par d'autres moyens à la cour familiers, Par vice ou par vertu acquérons des lauriers, Puis qu'en ce monde icy on n'en fait différence, Et que souvent par l'un l'autre se récompense. Apprenons à mentir, mais d'une autre façon Que ne fait Calliope, ombrageant sa chanson Du voile d'une fable, afin que son mystère Ne soit ouvert à tous, ni cognu du vulgaire.

Apprenons à mentir, nos propos desguiser, A trahir nos amis, nos ennemis baiser.

Faire la cour aux grands, et dans leurs antichambres, Le chapeau dans la main , nous tenir sur nos membres. Sans oser ny cracher, ni toussir, ny s'asseoir,

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