LA POÉSIE TOUJOURS PAUVRE
A M. MOTTIN \
Motin, la muse est morte, ou la faveur pour elle. En vain dessus Parnasse Apollon on appelle, En vain par le veiller on acquiert du sçavoir, Si fortune s'en mocque, et s 'on ne peut avoir Ny honneur, ny crédit, non plus que si nos peines Estoient fables du peuple inutiles et vaines. Or va, romps-toy la teste; et de jour et de nuict Pallis dessus un livre , à Tappétit d'un bruict
1. Pierre Mottin, de la ville de Bourges, était des amis de l'auteur, comme il paraît par l'ode qui est à la tête de ce volume. On a imprimé ses poésies dans divers recueils , avec celles de Malherbe , de Maynard, de Sigogne, etc. EUes sont pour la plupart très-licencieuses, comme on n'en peut que trop juger par celles que contient le Cabinet satirique. Balzac , lettre v du XXII« livre , fait mention de certains vers latins, du père Terron , jésuite , qu'Henri IV ordonna à Mottin de traduire. Boileau parle de Motlin en termes peu favorables dans le chant IV de VArt poétique :
J'aime mieux Bergerac et sa burlesque audace Que ces vers oti Molin nous morfond et nous glace.
11 mourut vers 1615*.
Qui nous honore après que nous sommes souz terre ^
Et de te voir paré de trois brins de lierre*,
Comme s'il importoit, estant ombres là-bas,
Que nostre nom vescust, ou qu'il ne vescust pas.
Honneur hors de saison, inutile mérite.
Qui vivants nous trahit, et qui morts ne profite ;
Sans soins de l'avenir je te laisse le bien ,
Qui vient à contre-poil alors qu'on ne sent rien,
Puis que vivant icy de nous on ne fait conte ,
Et que nostre vertu engendre nostre honte.
Doncq' par d'autres moyens à la cour familiers, Par vice ou par vertu acquérons des lauriers, Puis qu'en ce monde icy on n'en fait différence, Et que souvent par l'un l'autre se récompense. Apprenons à mentir, mais d'une autre façon Que ne fait Calliope, ombrageant sa chanson Du voile d'une fable, afin que son mystère Ne soit ouvert à tous, ni cognu du vulgaire.
Apprenons à mentir, nos propos desguiser, A trahir nos amis, nos ennemis baiser.
Faire la cour aux grands, et dans leurs antichambres, Le chapeau dans la main , nous tenir sur nos membres. Sans oser ny cracher, ni toussir, ny s'asseoir,