‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 70 sur 252 · Le Mauro, tercet · texte numérisé non relu

Le Mauro, tercet

Sè che molti diran ch* io sono un ipatto ,

De vouloir sottement que mon discours se dore

Aux despens d'un subject que tout le monde adore,

Et que je suis de plus privé de jugement

De t'offrir ce caprice ainsi si librement ;

A toy qui, dès jeunesse appris en son escole,

As adoré * Thonneur d'effet et de parole;

Oui Tas pour un but sainct, et ton penser profond.

Et qui mourrois plustost que luy faire un faux bond.

Je veux bien avoir tort en ceste seule chose. Mais ton doux naturel fait que je me propose Librement temonstrer à nud mes passions*.

Comme à cil qui pardonne aux imperfections.

Qu'ils ri 'en parlent doncq' plus, etqu'estrangeon ne trouve Si je hais plus l'honneur qu'un mouton une louve : L'honneur, qui souz faux titre habite avecque nous. Qui nous oste la vie et les plaisirs plus doux ; Qui trahit notre espoir, et fait que l'on se peine Après l'esclat fardé d'une apparence vaine; Qui sèvre les désirs, et passe meschamment La plume par le bec à nostre sentiment^;

Dicendo mal di quel , ch' è si soprano ,

si degno al mondo i nostri antichi han fallo.

Pierre Du Puis était un fou courant les rues, qui portait un chapeau à l'un de ses pieds, en guise de soulier. (Oesuârets, Défense du poème épique, p. 73. ) Maître Pierre Dupuy^ archifol en robe longue : c'est ainsi qu'il est qualifié dans les Paradoxes de Bruscambille, imprimés en 1622, p. 45.

1. Cette leçon est dans les éditions de 1608 et I612. On lit à adorer dans celle de 1613, et dans toutes les autres ayant celle de 1655.

2. Éditions de 1642, 1652, 1655 et suivantes: De te montrer à nud toutesy etc. Mais c'est une correction moderne.

3. Ancienne manière proverbiale de parler, pour dire se moquer ^ tromper. On dit encore aujourd'hui vulgairement : Cela m' a passé par le bec y dans le même sens.

Qui nous veut faire entendre, en ses vaines chimères, Que pour ce qu'il nous touche il se perd , si nos mères, Nos femmes et nos sœurs font leurs maris jaloux : Comme si leurs désirs dépendissent de nous*.

Je pense, quant à moy, que cet homme fust yvre*, Qui changea le premier Tusage de son vivre.

Et, rangeant souz des lois les hommes escartez, Bastit premièrement et villes et citez ; De tours et de fossez renforça ses murailles. Et renferma dedans cent sortes de quenailles ^,

De cet amas confus nasquirent à l'instant L'envie, le mespris, le discord inconstant, La peur, la trahison, le meurtre, la vengeance, L'horrible désespoir, et toute ce^te engeance De maux qu'on voit régner en l'enfer de la court. Dont un pédant de diable* en ses leçons discourt. Quand par art il instruit ses escoliers pour estre (S 'il se peut faire) en mal plus grands clercs que leur maislre.

Ainsi la liberté du monde s'envola; Et chacun se campant, qui deçà, qui delà, De hayes, de buissons, remarqua son partage ; Et la fraude fist lors la figue * au premier âge. Lors du mien et du tien nasquirent les procez, A qui l'argent despart bon ou mauvais succez. Le fort battit le foible, et luy livra la guerre. De là l'ambition fist envahir la terre.

Qui fut, avant le temps que survindrent ces maux. Un hospital commun à tous les animaux ;

I. Dépendissent ^ouT dépendoient. Éditions de 1642, 1652 et 1661 : prenoient la loi de nous ; 1655 : prissent la loi, S. Édition de 1643 et suivantes : éloit ivre.

3. Édition de 1626 : quanailles; 164S et suivantes : canailles,

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