Édition de 1608 : Des m^urs^ ou du discours
En cela Ton cognoist que la nature est sage ;
Que*, voyant les deffauts du féminin ouvrage ,
Qu'il seroit, sans respect, des hommes mesprisé ,
L'anima d'un esprit et vif et desguisé ;
D'une simple innocence elle adoucit sa face;
Elle luy mit au sein la ruse et la fallace ;
Dans sa bouche, la foy qu'on donne à ses discours,
Dont ce sexe trahit les cieux et les amours :
Et selon , plus ou moins , qu'elle estoit belle ou laide.
Sage, elle sceut si bien user d'un bon remède,
Divisant de l'esprit la grâce et la beauté.
Qu'elle les sépara d'un et d'autre costé;
De peur qu'en les joignant quelqu'une eust l'avantage ,
Avecq' un bel esprit, d'avoir un beau visage.
La belle , du depuis , ne le recherche point, Et l'esprit rarement à la beauté se joint.
Or, afiin que la laide, autrement inutile, Dessouz le joug d'amour rendist l'homme servile, Elle ombragea l'esprit d'un morne aveuglement, Avecques le désir troublant le jugement.
De peur que nulle femme , ou fust laide, ou fust belle, Ne vescust sans le faire, et ne mourust pucelle. D'où vient que si souvent les hommes offusquez Sont de leurs appétits s.i lourdement mocquez. Que d'une laide femme ils ont l'ame eschauffée , Dressent à la laideur d'eux-mesmes un trophée; Pensant avoir trouvé la febve du gasteau.
Et qu'au serrail du Turc* il n'est rien de si beau.