‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 89 sur 252 · Gandida me capiet, capiet me flara puella · texte numérisé non relu

Gandida me capiet, capiet me flara puella

(Ovide, Amours^ Uv. II, élég. iv, t. 39.)

2. SadineUâf pour gentillet selon Borel, Trésor des antiquités gau" loiseSf oU il cite le livre des Pardons Sainl-Trotet^ qu'il attribue par erreur au Rémois Guillaume Coquillart.

Et preschant en maintes sornettes , Et qu*elle8 sont si sadinettes , Frisques , si sades , et si belles , 11 a mal fait de parler d'elles.

Plusieurs poètes anciens ont fait usage de ce mot. Il ne se trouve pas dans Clément Marot, mais il a été employé par Jean Marot, son père, dans ce passage de sou Voyage de Venise^ où il parle des ai mables femmes de Milan :

Jeunes , mignonneltes , Dottlces , sadinettes , Plus que ponppineUes , Sur chaires proprettes Leurs corps presentoient :

Faces vermeillettes , Petites bouchettes , Dures mammelettes , Gomme deux pommettes Alors se monstroient :

Poictrines blanchettcs , Plus clercs et nettes , Qu'en may les rosettes :

Œillades doucettes Aux amans tendoient :

Chevaliers honnestes, Ravis d'amourettes , De veoir tetz flileties , Gomme les moucheltes , Au feu se brusloient.

Comme elle en reçoit plus , donne plus de plaisir.

Mais sans parler de moy, que toute amour emporte,

Voyant une beauté folastrementaecorte,

Dont Tabord soit facile, et Toeil plein de douceur;

Que semblable à Vénus on Testime sa sœur,

Que le ciel sur son front ait posé sa richesse.

Qu'elle ait le cœur humain, le port d'une déesse;

Que Flore souz ses pas face naistre des fleurs ;

Qu'elle soit le tourment et le plaisir des cœurs ,

Au seul trait de ses yeux , si puissants sur les âmes ,

Les cœurs les plus glacez sont tous bruslants de flames :

Et, fust-il de métail, ou de bronze, ou de roc,

Il n'est moine si sainct qui n'en quittast le froc.

Ainsi, moy seulement souz l'amour je ne plie ; Mais de tous les mortels la nature accomplie Fleschit souz cet empire ; et n 'est homme icy-bas Qui soit exempt d'amour, non plus que du trespas.

Ce n'est donc chose estrange (estant si naturelle) Que ceste passion me trouble la cervelle, M'empoisonne l'esprit, et me charme si fort , Que j'aymeray , je croy , encore après ma mort.

Marquis, voilà le vent dont ma nef est portée, A la triste mercy de la vague indomtée.

Sans cordes , sans timon , sans estoile , ny jour ; Reste ingrat et piteux de l'orage d'Amour, Qui, content de mon mal, et joyeux de ma perte, Se rit de voir des flots ma poitrine couverte , Et comme sans espoir flote ma passion , Digne, non de risée, ains de compassion.

Cependant, incertain du cours de la tempeste. Je nage sur les flots, et, relevant la teste. Je semble despiter, naufrage audacieux*,

i . Naufrage est employé ici ipournaufragé, celui qui a fait naufrage.

86 SATYRE Vît.

L'infortune, les vents, la marine ^ et les deux, M'esgayant en mon mal, comme un mélancolique. Qui répute à vertu son humeur frénétique.

Discourt de son caprice, en caquette tout haut.

Aussi comme à vertu j'estime ce deffaut ; Et quand tout par mal-heur jureroit mon dommage , Je mourrai fort content, mourant en ce voyage.

1 . Marine f pour la mer, ancien mot dont Clément Marot a fait usage.

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