‹ ŒuvresChapitre 18 sur 84 · A REGNIER · texte numérisé non relu

A REGNIER

sur ses Satyres.

I UI de nous se pourroit vanter ËDe n'estre point en servitude, lSi l'heur, le courage et l'estude, Ne nous en sçauroient exempter ; Si chacun languit abbatu, Serf de l'espoir qui l'importune, Et si mesme on voit la vertu Estre esclave de la fortune ?

L'un aux plus grands se rend suject, Les grands le sont à la contrainte, L'autre aux douleurs, l'autre à la crainte, Et l'autre à l'amoureux object ; Le monde est en captivité , Nous sommes tous serfs de nature, Ou vifs de nostre volupté ,

ODE

Ou morts de nostre sépulture.

Mais en ce temps de fiction , Et que ses humeurs on desguise, Temps où la servile feintise Se fait nommer discrétion, Chacun faisant le réservé, Et de son plaisir son idole, Régnier, tu t'es bien conservé La liberté de la parole.

Ta libre et véritable voix Monstre si bien l'erreur des hommes, Le vice du temps où nous sommes, Et le mespris qu'on fait des loix, Que ceux qu'il te plaist de toucher Des poignans traicts de ta Satyre , S'ils n'avoient honte de pécher, En auroient de te l'ouyr dire.

Pleust à Dieu que tes vers si doux , Contraires à ceux de Tyrtee , Fleschissent l'audace indomptée Qui met nos guerriers en courroux , Alors que la jeune chaleur Ardents au duel les fait estre , Exposant leur forte valeur, Dont ils devroient servir leur maistre.

Flatte leurs cœurs trop valeureux,

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