‹ ŒuvresChapitre 25 sur 84 · IMITATION D'OVIDE · texte numérisé non relu

IMITATION D'OVIDE

UOY1 ne l'avois je asse% en mes vœu% désirée?

iN'estoit elle asse% belle ou asse\ bien parée?

]À Estoit elle à mes yeux sans grâce et sans appas? Son sang estoit il point issu d'un lieu trop bas? Sa race, sa maison, n } estoit elle estimée? Ne valoit elle point la peine d'estre aymée? Inhabile au plaisir, n'avoit elle dequoy? Estoit elle trop laide ou trop belle pour moy? Ha! cruel souvenir! Cependant je Vay eue, Impuissant que je suis, en mes bras toute nue, Et n'ay peu, le voulans tous deux esgallemenl, Contenter nos désirs en ce contentement. Au surplus, à ma honte, Amour, que te diray-je? Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige, Et sa langue, mon cœur, par ma bouche embrasée,

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Me suggérant la manne en sa lèvre amassée,

Sa cuisse se tenoit en la mienne enlassée,

Ses yeux luy petilloient d'un désir langoureux,

Et son ame exiloit maint souspir amoureux ;

Sa langue, en bégayant d'une façon mignarde,

Me disoit : Mais, mon cœur, qu'est-ce qui vous retarde?

N'auroy -je point en moy quelque chose qui peust

Offencer vos désirs ou bien qui vous depleust.

Ma grâce, ma façon, ha! Dieu, ne vous plaist elle?

Quoy! n'ay-je asse% d'amour ou ne suis-je asse% belle?

Cependant, de la main animant ses discours.

Je trompois impuissant sa flamme et mes amours,

Et comme un tronc de bois, charge lourde et pesante,

Je navois rien en moy de personne vivante;

Mes membres languissans, perclus et refroidis,

Par ses altouchemens n'estoient moins engourdis.

Mais quoy? que deviendray je en Vextresme vieillesse

Et si, las! je ne puis, et jeune et vigoureux, Savourer la douceur du plaisir amoureux? Ha! j'en rougis de honte et dépite mon âge, Age de peu de force et de peu de courage, Qui ne me permet pas, en cest accouplement, Donner ce qu'en amour peut donner un amant. Car, Dieu ! ceste beauté, par mon deffaut trompée, Se leva le matin de ses larmes trempée, Que l'amour de despit escouloit par ses yeux, Ressemblant à l'Aurore, alors qu'ouvrant les deux,

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Elle sort de son lict hargneuse et dépitée

D'avoir sans un baiser consommé la nuictée,

Quand, baignant tendrement la terre de ses pleurs,

De chagrain et d'amour elle en jette ses fleurs.

Pour flater mon deffaut, mais que me sert la gloire,

De mon amour passée inutile mémoire,

Quand, aymant ardemment et ardemment aymé,

Tant plus je combatois, plus f 'estois animé?

Guerrier infatigable en ce doux exercice,

Par dix ou douce fois je r'entrois en la lice,

Où, vaillant et adroit, après avoir brisé,

Des Chevaliers d'amour j' est ois le plus prisé.

Mais de cest accident je fais un mauvais conte,

Si mon honneur passé m'est ores une honte,

Et si le souvenir, trop prompt de m'outrager,

Par le plaisir receu ne me peut soulager.

O Ciel! ilfalloit bien qu'ensorcelé je fusse,

Ou, trop ardent d'Amour, que je ne m'apperceusse

Que l'œil d'un ennuyeux nos desseins empeschoit

Et sur son corps perclus son venim espandoit.

Mais qui pourroit atteindre au point de son mérite,

Veu que toute grandeur pour elle est trop petite?

Si par l'égal ce charme a force contre nous,

Autre que Jupiter n'en peut estre jaloux.

Luy seul, comme ennuyeux d'une chose si belle,

Par l'émulation seroit seul digne d'elle.

Hé! quoy? là haut au Ciel, mets tu les armes bas?

Amoureux Jupiter, que ne viens tu ça bas

176 IMPVISSANCR.

Jouir d'une beauté sur les autres aymable?

Asseï de tes Amours nya caqueté la fable.

C'est ores que lu dois, en amour vif et prout.

Te mettre encore un coup les armes sur le front.

Cacher ta deité dessous un blanc plumage,

Prendre le feint semblant d'un Satyre sauvage,

D'un serpent, a un cocu, et te répendre encor,

Alambiqué d'amour, en grosses gouttes d'or;

Et puis que sa faveur à moy seul octroyée.

Indigne que je suis,fust si mal employée,

Faveur qui de mortel m'eust fait égal aux Dieux,

Si le Ciel neust esté sur mon bien envieux.

Mais, encor tout bouillant en mes fiâmes premières.

De quels VOSU\ redouble-; et de quelles prières

lray-je derechef les Dieux sollicitant.

Si d'un bienfait nouveau j'en attendotS autant,

Si mes deff'auts passe; leurs beauté; mescontentent,

Et si de leurs bien-faicts je eroy qu'ils s'en repentent:*

Or, quand je pense, 6 Dieu! quel bien m'est advenu :

Avoir veu dans un lict ses beaux membres à nu,

La tenir languissante entre mes bras couchée.

De mesme affection la voir estre touchée.

Me baiser haletant d'amour et de désir,

Par ses ckatouillemens resveiller le plaisir!

lia! Dieu, ce sont des traicts si sensibles aux a))ies.

Qu'ils pourraient l'amour mesme esehaujf'er de leurs fiâmes

Si plus froid que la mort ils ne ni'eussent trouve.

Des mystères d'amour amant trop reprouvé.

I M PVISSANCE. I77

Je l'avois cependant vive d'amour extresme; Mais, si je l'eus ainsi, elle ne m'eust de mesme, O malheur! et de moy elle neust seulement Que des baisers d'un frère, et non pas d'un amant. En vain cent et cent fois je m'efforce à luy plaire, Non plus qu'à mon désir je n'y puis satisfaire, Et la honte, pour lors, qui me saisit le cœur, Pour m achever de peindre, esteignist ma vigueur. Comme elle recognust, femme mal satisfaite, Qu'elle perdoit son temps, du lict elle se jette, Prend sa jupe, se lace, et puis, en se mocquant, D'un ris et de ces mot$ elle m' alla picquant : Non! sij'estois lascive ou d'Amour occupée, Je me pourrois fascher d'avoir esté trompée; Mais, puis que mon désir n'est si vif ne si chaud, Mon tiède naturel m'oblige à ton défaut; Mon Amour satis-faicte ayme ton impuissance, Et tire de ta faute asse$ de recompence, Qui, tousjours dilayant, m'a f aie t, par le désir, Esbatre plus long temps à l'ombre du plaisir. Mais, estant la douceur par l'effort divertie, La faveur à la fin rompit sa modestie, Et dit en esclatant : Pourquoy me trompes-tu? A quoy ton impudence a venté ta vertu? Si en d'autres Amours ta vigueur s'est usée, Quel honneur reçois tu de m avoir abusée? Asse$ d'autres propos le despit luy dictoit, Le feu de son desdain par sa bouche sortoit.

iy8 IMPVISSANCE.

Enfin, voulant cacher ma honte et sa colère,

Elle couvrit son front d'une meilleure chère,

Se conseille au miroir, ses femmes appella,

Et, se lavant les mains, lefaict dissimula.

Belle, dont la beauté si digne d'estre aymée

Eust rendu des plus mort% la froideur enflamée,

Je confesse ma honte, et, de regret touché,

Par les pleurs que j'espands j'accuse mon péché,

Péché d'autant plus grand que grand' est ma jeunesse.

Si homme j'ay failly, pardonne^ moy, Déesse:

J'avoue estre fort grand le crime que fay fait ;

Pourtant, jusqu'à la mort, si n'avoy -je forfait,

Si ce n'est qu'à présent, qu'à vos pieds je me jette.

Que ma confession vous rende satisfaicte ;

Je suis digne des maux que vous me prescrive^,

J'ay meurtry, j'ay voilé, 'ay des vœu^ parjure^ ,

Trahy les Dieux ; venins, invente^ à ces vices,

Comme estr anges forfaicts, des estranges supplices.

O beauté ! f aides en tout ainsi qu'il vous plaist.

Si vous me condamne^ à mourir, je suis prest.

La mort me sera douce, et d'autant plus encore

Si je meurs de la main de celle que j'adore.

Avant qu'en venir là, au moins souvene^ vous

Que mes armes, non moy, causent vostre courroux;

Que, Champion d'Amour entré dedans la lice,

Je n'eus asse% d'haleine à si grand exercice;

Que je ne suis chasseur jadis tant approuvé,

Ne pouvant redresser un deffaut retrouvé.

IMPVISSANCE. I79

Mais d'où viendroit cecy? Seroit-ce poivt, maistresse,

Que mon esprit du corps precedast la paresse,

Ou que, par le désir trop prompt et véhément,

J'allasse avec le temps le plaisir consommant?

Pour moy,je n'en sçay rien : en ce fait tout m'abuse.

Mais enfin, ô beauté! recevez pour excuse,

S'il vous plaist de re chef que je r 'entre en l'assaut,

J'espère avec usure amender mon défaut.

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