EPIGRAMME SVR LIZETTE ET ROBIN
LIZETTE, à qui l'on faisoit tort, Vint à Robin tout esplorée :
Je te pry, donne-moy la mort, Que j'ay tant de fois désirée !
Luy, ne la refusant en rien, Tire son, vous m'entendez bien, Et dedans le ventre la frappe.
Elle, voulant finir ses jours, Luy dit : Mon cœur, pousse toujours, De crainte que je n'en reschappe.
Robin, las de la secourir, Craignant une seconde plainte, Luy dit : Haste-toi de mourir, Car mon poignard n'a plus de pointe.
MA foy, je fus bien de la feste Quand je fis chez vous ce repas Je trouvay la poudre à la teste, Mais le poivre estoit vers le bas.
Vous me montrez un dieu propice, Portant avecq' l'arc un brandon.
Appelez-vous la chaudepisse Une flesche de Cupidon ?
Pièces apocryphes. 267
Mon cas, qui se levé et se hausse, Bave d'une estrange façon :
Belle, vous fournistes la sausse Lors que je fournis le poisson.
Las! si ce membre eut l'arrogance De fouiller trop les lieux sacrez, Qu'on luy pardonne son offence, Car il pleure assez ses péchez.
LORSQUE j'estois comme inutile Au plus doux passetemps d'amour, J'avois un mary si habile Qu'il me caressoit nuict et jour.
Ores celuy qui me commande Comme un tronc gist dedans le lict ; Et, maintenant que je suis grande, Il se repose et jour et nuict.
L'un fut trop vaillant en courage, Et l'autre est trop alangoury.
Amour, rens-moy mon premier âge, Ou me rens mon premier mary!
268 Pièces apocryphes.