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PIECES APOCRYPHES

DISCOVRS D'VNE VIEILLE MACQVERELLE.

PHILON, en t'ayant irrité, Je m'en suis allé despité, Voire aussy remply de colère Qu'un voleur qu'on mené en galère, Dans un lieu de mauvais renom, Où jamais femme n'a dit non :

Et là je ne vis que l'hostesse; Ce qui redoubla ma tristesse, Mon amy, car j'avois pour lors Beaucoup de graine dans le corps.

Ceste vieille, branlant la teste, Me dit : Excusez, c'est la feste Qui fait que l'on ne trouve rien, Car tout le monde est gens de bien ; Et si j'ay promis en mon ame Qu'à ce jour, pour n'entrer en blasme, Ce péché ne seroit commis.

Mais vous estes de nos amis,

2Ôo Pièces apocryphes.

Parmanenda ! je vous le jure :

Il faut, pour ne vous faire injure,

Apres mesme avoir eu le soin

De venir chez nous de si loin,

Que ma chambrière j'envoye

Jusques à l'Escu de Savoye :

Là, mon amy, tout d'un plein saut,

On trouvera ce qu'il vous faut.

Que j'ayme les hommes de plume !

Quand je les vois, mon cœur s'allume.

Autrefois je parlois latin.

Discourons un peu du destin :

Peut-il forcer les prophéties?

Les pourceaux ont-ils deux vessies ?

Dites-nous quel auteur escrit

La naissance de l'Antéchrist.

O le grand homme que Virgile!

Il me souvient de l'évangile

Que le prestre a dit aujourd'huy.

Mais vous prenez beaucoup d'ennuy.

Ma servante est un peu tardive ;

Si faut-il vrayment qu'elle arrive

Dans un bon quart-d'heure d'icy :

Elle me sert tousjours ainsy.

En attendant, prenez un siège ;

Vos escarpins n'ont point de liège !

Vostre collet fait un beau tour !

A la guerre de Montcontour

On ne portoit point de rotonde.

Vous ne voulez pas qu'on vous tonde ?

Les choses longs sont de saison.

Je fus autrefois de maison,

Pièces apocryphes. 161

Docte, bien parlante et habile,

Autant que fille de la ville ;

Je me faisois bien decroter,

Et nul ne m'entendoit peter

Que ce ne fust dedans ma chambre.

J'avois tousjours un collier d'ambre,

Des gands neufs, des souliers noircis :

J'eusse peu captiver Narcis.

Mais, helas ! estant ainsi belle,

Je ne fus pas long-temps pucelle.

Un chevalier d'autorité

Acheta ma virginité;

Et depuis, avecq' une drogue,

Ma mère, qui faisoit la rogue

Quand on me parloit de cela,

En trois jours me renpucela.

J'estois faite à son badinage.

Apres, pour servir au ménage,

Un prélat me voulut avoir.

Son argent me mit en devoir

De le servir et de luy plaire :

Toute peine requiert salaire.

Puis après, voyant en effet

Mon pucelage tout refait,

Ma mère, en son mestier sçavante,

Me mit une autre fois en vente ;

Si bien qu'un jeune trésorier

Fut le troisième aventurier

Qui fit bouillir nostre marmite.

J'appris autrefois d'un hermite,

Tenu pour un sçavant parleur,

Qu'on peut desrober un voleur

262 Pièces apocryphes.

Sans se charger la conscience.

Dieu m'a donné ceste science.

Cet homme, aussi riche que laid,

Me fit espouser son valet,

Un bon sot qui se nommoit Biaise.

Je ne fus oncq' tant à mon aise

Qu'à l'heure que ce gros manant

Alloit les restes butinant,

Non pas seulement de son maistre,

Mais du chevalier et du prestre.

De ce costé j'eus mille francs ;

Et j'avois jà, depuis deux ans,

Avecq' ma petite pratique,

Gagné de quoy lever boutique

De cabaret à Montléry,

Où nasquit mon pauvre mary.

Helas! que c'estoit un bon homme!

Il avoit esté jusqu'à Rome;

Il chantoit comme un rossignol ;

Il sçavoit parler espagnol.

Il ne recevoit point d'escornes,

Car il ne portoit pas les cornes

Depuis qu'avecques luy je fus.

Il avoit les membres touffus :

Le poil est un signe de force,

Et ce signe a beaucoup d'amorce

Parmy les femmes du mestier.

Il estoit bon arbalestier;

Sa cuisse estoit de belle marge;

Il avoit l'espaule bien large;

Il estoit ferme de roignons,

Non comme ces petits mignons

Pièces apocryphes. 263

Qui font de la saincte Nitouche :

Aussi-tost que leur doigt vous touche,

Ils n'osent pousser qu'à demy.

Celuy-là poussoit en amy,

Et n'avoit ny muscle ny veine

Qui ne poussast sans prendre haleine ;

Mais tant et tant il a poussé

Qu'en poussant il est trespassé.

Soudain que son corps fut en terre ,

L'enfant Amour me fit la guerre ;

De façon que pour mon amant

Je pris un basteleur Normant,

Lequel me donna la vérole ;

Puis luy prestay , sur sa parole ,

Avant que je cognusse rien

A son mal, presque tout mon bien.

Maintenant nul de moy n'a cure ;

Je fleschis aux lois de nature,

Je suis aussi sèche qu'un os ;

Je ferois peur aux huguenots

En me voyant ainsi ridée,

Sans dents, et la gorge bridée,

S'ils ne mettoient nos visions

Au rang de leurs dérisions.

Je suis vendeuse de chandelles :

Il ne s'en voit point de ridelles

En leur estât comme je suis;

Je cognois bien ce que je puis.

Je ne puis aymer la jeunesse,

Qui veut avoir trop de finesse,

Car les plus fines de la cour

Ne me cachent point leur amour.

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Telle va souvent à l'église, De qui je cognois la feintise ; Telle qui veut son fait nier Dit que c'est pour communier; Mais la chose m'est indiquée :

C'est pour estre communiquée A ses amys par mon moyen, Comme Heleine fit au Troyen.

Quand la vieille, sans nulle honte, M'eut achevé son petit conte, Un commissaire illec passa, Un sergent la porte poussa.

Sans attendre la chambrière, Je sortis par l'huis de derrière, Et m'en allay chez le voisin, Moitié figue, moitié raisin, N'ayant ny tristesse ny joye De n'avoir point trouvé la proye.

'AMOUR est une affection

Qui, par les yeux, dans le cœur entre.

Et, par forme de fluxion, S'escoule par le bas du ventre.

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HIER la langue me fourcha, Devisant avecq' Antoinette; Je dis foutre ! et ceste finette Me fit la mine et se fascha.

Je deschus de tout mon crédit, Et vis, à sa couleur vermeille, Qu'elle aymoit ce que j'avois dit, Mais en autre part qu'en l'oreille.

MAGDELON n'est point difficile Comme un tas de mignardes sont Bourgeois et gens sans domicile Sans beaucoup marchander luy font.

Un chacun qui veut la recoustre.

Pour raison elle dit un point :

Qu'il faut estre putain tout outre, Ou bien du tout ne l'estre point.

DANS un chemin un pays traversant, Perrot tenoit sa Jeannette accollée.

Sur ce, de Ioing advisant un passant, Il fut d'advis de quitter la meslée.

Pourquoy fais-tu, dit la garce affollée, Tresve du cul? Ha! dit-il, laisse-moy; Je vois quelqu'un : c'est le chemin du roy. Ma foy, Perrot, peu de cas te desbauche : Il n'est pas fait plustot, comme je croy, Pour un piéton que pour un qui chevauche.

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