PRÉFACE
lusieurs siècles avaient défiguré nos anciens monuments, à quelque branche de l'art qu'ils appartinssent. Aujourd'hui un mouvement de réaction contraire se produit, et tandis que les vieilles basiliques se restaurent, les lettres se régénèrent par l'étude des textes aux sources mêmes. L'Académie française avait fait passer le niveau de son orthographe et de son dictionnaire sur tous les maîtres en l'art d'écrire, même sur les plus anciens; mais un jour on s'est dit que les créateurs de la langue avaient bien droit d'être respectés par l'Académie elle-même, et l'on a voulu revenir à leurs prétendues négligences, que leur temps comprenait et dont s'était accommodé leur génie. Le respect pour la forme, qui semble devoir être désormais la loi de toutes les réimpressions sérieusement faites, a l'avantage de conserver aux auteurs leur physionomie originale. Il contribuera puissamment à maintenir l'étude des lettres dans la voie de la vérité histo-
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rique, contre laquelle les progrès de la langue ne sauraient prévaloir.
Notre comparaison d'un texte, et surtout du texte de Régnier, avec les monuments par excellence de la piété de nos pères, ces antiques basiliques dont Notre-Dame de Paris est la personnification, nous a été suggérée, malgré nous, par une succession d'idées qu'on nous permettra d'indiquer. Le reconstructeur de Notre-Dame est le fils de ce Viollet-Le-Duc, fin lettré et docte bibliophile, qui a rappelé l'attention publique sur les premières éditions de nos classiques, et qui particulièrement avait voué à Régnier un culte qui lui donne droit à la reconnaissance de tous les amis du poète : la nôtre s'exprime aujourd'hui dans cet hommage public par lequel nous aimons à commencer notre travail.
Mathurin Régnier, qui signait Rénier et dont le nom est souvent écrit à tort Régnier, naquit à Chartres au mois de décembre i5y3. Son aïeule, Marie- Edeline Desportes, mère de l'illustre poète de ce nom, le tint sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Saturnin de Chartres, le 22 du même mois.
Le père du nouveau-né, Jacques Régnier, honorable bourgeois de la ville de Chartres, avait épousé Simonne Desportes, fille de Philippe Desportes et de Marie- Edeline, et sœur de l'abbé de Thiron et de Thibaut Desportes, grand audiencier de France.
Cette famille était nombreuse et riche. Jacques Régnier suivit, pour élever son fils, les conseils de son beau-frère,