‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 1 sur 69 · ACADÉMIES , ETC. , TRADUCTEUR ET COMMENTATEUR · texte numérisé non relu

ACADÉMIES , ETC. , TRADUCTEUR ET COMMENTATEUR

ï. ’Âi^^eêriious le disions naguère dans notre Préface au Tome ïï de notre publication des Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G.-E. Stahl (constituant^ Ier de notre traduction), les travaux du Professeur de Halle, généralement méconnus, souvent défigurés ou mal appréciés , malgré ce qu’en ont dit bien des savants philosophes et médecins modernes et contemporains , les travaux de Stahl portent en eux un cachet spécial qui les distingue profondément de tous les écrits médicaux , philosophiques et pratiques , qui ont paru depuis Hippocrate . Ce caractère spécial et propre trouve sa raison d’être : 1° dans le génie de l’auteur ; 2° dans la méthode qu’il a constamment suivie ; 3° dans le but , particulièrement médical , qu’il s’est efforcé d’atteindre dans un siècle où le matérialisme, le mysticisme et le philosophisme avaient envahi de toutes parts le sanctuaire de la science de l’homme, et avaient ébranlé , jusqu’en leurs fondements , les vraies doctrines Hippocratiques.

D’après cette idée générale , les travaux de Stahl ont été divisés par nous en critiques, dogmatiques et justificatifs,

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d’une part ; en philosophiques , didactiques et pratiques , d’autre part. La Préface de notre Tome II a été presque exclusivement consacrée à la revue et à l’appréciation des OEuvres de Stahl se rapportant aux trois premiers genres de productions. Nous nous sommes spécialement appliqué , en cette circonstance, à montrer comment l’illustre Professeur, avec l’esprit supérieur qui le caractérisait , a procédé pour accomplir sa mission régénératrice. Nous avons fait connaître ses idées larges et généreuses , lorsque , contractant avec la saine philosophie chrétienne une alliance indissoluble , il chasse du temple les profanes qui y trafiquaient de la science et de la sagesse ; lorsque , après avoir purifié les abords du sanctuaire, il pénètre majestueusement dans les secrets de la nature inconnus en ces temps de révolte contre la science et la raison*, au nom même de la raison et de la science; et, poursuivant jusqu’au bout notre entreprise difficile, nous avons enfin mis au grand jour le secret de cette intelligence d’élite, qui, guidée par la vraie méthode philosophique expérimentale et rationnelle , monte , s’élève et pénètre, degré par degré et sans secousses jusqu’au fond du mystère étrange qui enveloppe la nature de l’homme, son origine, sa vie et ses destinées futures.

Là se sont arrêtées nos recherches du moment ; et , une fois que nous avons eu proclamé Stahl comme la plus grande et la plus riche personnification du Spiritualisme médical des temps modernes , une fois que nous avons eu prouvé, par des arguments positifs et inébranlables , que Stahl est le premier et le seul inaugurateur du Vitalisme animique, notre tâche a été remplie; aller plus loin, c’aurait été anticiper sur nos travaux postérieurs , et faire un mélange de mots et de pensées qui n’aurait abouti à rien.

Aujourd’hui donc, reprenant notre œuvre là où nous l’avions laissée, nous venons traiter une question plus importante encore; car nous allons (fidèle à notre plan primitif)

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étudier Stahl au point de vue philosophique et dogmatique, ne nous attachant, sous ce dernier rapport, qu’à l’appréciation de ses œuvres physiologiques , et réservant pour un prochain travail l’examen sérieux de ses œuvres pathologiques et pratiques.

Nous comprenons la difficulté qu’il y a à traiter un pareil sujet , après ce qu’en a déjà dit M. le professeur Lemoine et surtout à côté des réflexions de notre honorable collaborateur M. le professeur Boyer; mais, donnant à notre travail un cachet d’originalité propre exigé par les circonstances , et bornant notre étude à des considérations générales , nous croyons parvenir ainsi plus aisément à notre but , sans aller nous égarer dans des . détails inutiles ; nous éviterons , du reste , par ce moyen , des répétitions fastidieuses et même nuisibles à une œuvre de cette importance.

II, Les conceptions erronées auxquelles les savants se sont livrés de tout temps , au point de vue de la science de l’homme , tirent principalement leur origine de la méthode vicieuse qu’ils ont suivie dans leur étude de l’Être humain , et de l’interprétation exagérée ou irrationnelle qu’ils ont donnée des phénomènes observés dans cette machine si merveilleusement organisée et miraculeusement liée à une puissance intelligente et libre. Ces erreurs sont, du reste, d’autant plus grossières et révoltantes , que leurs auteurs sont plus évidemment éloignés des dogmes de la philosophie Mosaïque ou de la philosophie Chrétienne ; en un mot , des enseignements de la Révélation, dont on rencontre néanmoins çà et là quelques traces chez les grands génies du paganisme, et qui marquent au coin les grandes œuvres anciennes et modernes qui ont vu le jour depuis l’avènement glorieux du Christ.

Sans doute que l’étude approfondie de l’homme offre bien des écueils au savant , philosophe ou médecin , qui , épris

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d’un charme irrésistible pour une science aussi noble , se livre spontanément et sans relâche à la recherche minutieuse des secrets d’une si admirable organisation ; mais aussi est-ce pour ce motif que l’on doit apporter la plus grande réserve dans l’appréciation des faits qui sont du domaine des sens et de l’intelligence , et que l’on doit user, dans ce travail consciencieux , de toute la prudence dont est capable quiconque sait se tenir à l’abri de tout préjugé mesquin et systématique.

Il arrive, en effet, le plus souvent , que les uns , éblouis par les étonnants détails de la machine animale , par l’ordre , l’harmonie et la régularité des fonctions organiques, demeurent en extase devant ce chef-d’œuvre divin , et , bornant leur admiration à l’excellence de cette matière vivante , se laissent aveugler par les prodiges que leur ceil voit, que leur main touche , que leur faible raison dévoile : les malheureux ! ils nient même l’existence de l’âme qui échappe aux curieuses investigations de leur grossier scalpel , et, n’élevant jamais leur pensée jusqu’à 1’ auteur de cette mystérieuse existence , ils insultent impunément à la souveraine majesté de Dieu , dont ils méconnaissent la grandeur, la puissance et l’infinie bonté, en attribuant à cette matière corporelle et vivante une vie propre et réelle , la puissance de se conserver , de se mouvoir, de sentir, de penser même !... Dans leur langage insensé , ils ont prétendu que c’est 1 ’ estomac qui digère, le muscle qui meut, le nerf qui sent , le cerveau qui pense : la vie humaine comparée à celle de l’animal n’est pour eux qu’un jeu plus ou moins compliqué de liquides , de solides et de gaz ; l’intellect est une sécrétion cérébrale , de même que la bile est le résultat d’une sécrétion hépatique ; l’âme , substance imaginaire et insensible , n’est plus qu’un rêve incommode, un cauchemar accablant ; et , dans leur folie , ils ont osé croire et enseigner que la matière est éternelle!... Dans cette catégorie doivènt se

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ranger les athées et les matérialistes de toutes nuances, disciples fervents d’Épicure et de Lucrèce. — Disons cependant qu’on a généralement tort de confondre les partisans d’aussi déshonorantes aberrations avec les physiologistes, qui, voulant que l’organisation se suffise à elle-même , expliquent la vie par la vie , admettant , pour l’accomplissement de ce jeu surprenant, de simples propriétés corporelles que quelques-uns parmi eux élèvent au rang de facultés, de forces. Ceux-ci tournent , il est vrai , sans cesse et toujours dans un même cercle vicieux , depuis déjà deux mille ans , sans vouloir reconnaître une force vitale unique , un principe de vie un et identique, cause efficiente et réelle de tous ces phénomènes et actes vitaux particuliers ; mais ils acceptent du moins l’existence d’une âme immatérielle , immortelle , création immédiate d’un Dieu tout-puissant et éternel!... Aux partisans éclairés d’une semblable théorie, il ne manque qu’un peu plus de logique et un peu moins de prévention en faveur des sens et de la matière organisée...

Les autres , au contraire , contemplant cet organisme si merveilleux où la matière seule semble être mise en jeu , et le comparant ensuite à l’immobilité et à l’insensibilité des masses inertes du règne inorganique , sont saisis d’une telle surprise , que , dans l’exaltation de leur enthousiasme , ils rapportent à Dieu , à Dieu seul , la paissance magique de mettre en mouvement cette machine vivante qu’ils appellent divine , et le droit exclusif de veiller incessamment sur la conservation ^ l’accroissement, l’ordination de cette même machine , ainsi que de provoquer et de maintenir, par un miracle perpétuel, l’exécution des actes vitaux et animaux et des phénomènes si remarquables qui s’accomplissent

durant cette vie dans le corps humain . Sans doute que

nous devons nous humilier et nous incliner profondément devant la bonté providentielle du Créateur , source éternelle de vie et de mouvement , en qui tout est, se meut et vit,

Dü VITALISME ANIMIQUE.

comme le dit l’Apôtre ; mais n’est -ce point au moins téméraire , sinon impie , que de vouloir astreindre Dieu à un acte incessant et immédiat sur ses créatures? Sans doute qu’il n’existe point en ce monde d’autres lois , d’autres forces que celles que le Tout-Puissant a établies et imposées de toute éternité ; mais ne serait-il pas plus prudent et plus raisonnable , en matière anthropologique surtout , d’admettre que l’âme humaine , anima vivens , image et ressemblance de son Dieu créateur, puissance de vie et d’entendement , cause seconde à laquelle l’Éternel a dévolu la vie et la raison en partage, est le seul principe en vertu duquel tous les phénomènes vitaux , moraux et intellectuels, s’exécutent dans le microcosme humain?... Une telle opinion est plus près de l’orthodoxie religieuse et scientifique; elle évite, au surplus, bien des objections et bien des embarras, tant en matière théologique et psychologique qu’en matière physiologique et médicale. Telles ont été cependant les assertions soutenues par des philosophes très-éminents et des médecins recommandables.

A côté de cette même catégorie , l’on doit ranger encore l’École idéaliste, dont le chef, Berkeley, a poussé l’erreur jusqu’à nier l’existence absolue de la matière. Cette doctrine, aussi absurde que les utopies matérialistes quelle était destinée à réfuter, compta parmi ses adeptes des hommes distingués qui modifièrent grandement les principes posés par leur maître.

Vient en troisième lieu une série respectable de savants observateurs , qui , tout en accordant l’existence d’une âme intelligente et consciente , et en reconnaissant l’union intime de l’âme avec le corps , ainsi que le pouvoir relatif de cette substance spirituelle sur la matière organisée , nient , mais sans tondement, il est vrai , son action directe, réelle et permanente sur l’économie corporelle, s’appuyant sur cette opinion, que l’esprit ne saurait agir sur la matière. L’assertion est

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forcée, sans doute; car il faudrait alors nécessairement refuser à Dieu , pur esprit , sa puissance , sinon créatrice , du moins conservatrice, directrice, etc., sur le monde matériel. La simple raison nous indique cependant qu’il n’en saurait être ainsi pour le souverain Créateur, conservateur et ordonnateur de tout ce qui existe dans le vaste univers soumis à ses divines lois.

C’est pourquoi, pour expliquer la vie et le mouvement, c’est-à-dire toutes les fonctions, tant vitales et organiques qu’animales et instinctives, les représentants de cet ingénieux système invoquent une troisième force, principe ou substance de nature inconnue et partant suspecte , un certain medium, qui, tenant du matériel par sa nature (bien qu’impondérable et insaisissable) , et de l’immatériel par sa virtualité et sa puissance sur l’organisme corporel ( suivant l’hypothèse), n’est cependant ni esprit ni matière: c’est un je ne sais quoi de subtil , d’éthéré , à qui le Créateur aurait donné la connaissance profonde , innée et bien certaine de l’organisation humaine , le pouvoir de former le corps , de le conserver et de le guérir ; c’est , suivant l’heureuse expression de M. le professeur Lordat , une force égoïste, sensible, une, possédant la faculté de conception {des modes morbides ), une puissance de réaction, une personnalité vitale , une activité, une spontanéité, une affectibilité, un instinct, des habitudes, une espèce de conscience , etc.; c’est encore un esprit vital ou animal émanant de la plus pure portion du sang ou du fluide nerveux; c’est une archée, une monade , un principe, une âme de seconde majesté enfin , d’une essence toute particulière , pleine de prévoyance et de sollicitude , mais à l’abri de toute erreur , car elle agit fatalement dans le corps et sur le corps. Et qu’on n’aille pas croire que j’exagère quand je prononce ici le nom d’dmertout le monde ne sait-il pas, en effet, que ce medium, cette force vitale, ce principe n’est autre chose que ce

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que les anciens et quelques philosophes du moyen-âge nommaient anima vegetativa , et que Barthez lui-meme a dit a ce propos : « Il est à peu près indifférent qu’on donne au principe vital les noms de nature , Aarchee, Aame, etc. 1 » Or, comme l’illustre Chancelier distingue cette âme principe de vie de Yârne pensante, au point d’en faire deux choses bien distinctes , il est évident que nous devons l’appeler avec les anciens âme inférieure , ce qui signifie dans notre langage moderne âme de seconde majesté 2 . Telles sont les idées qu’ont professées, sauf quelques variantes parfois fondamentales , les partisans des archées , des esprits vitaux et animaux, Paracelse, Van-IIelmont, et que la célèbre École médico-philosophique de Montpellier enseigne encore sous le nom nouveau de doctrine du double dynamisme , après les avoir mûrement épurées au creuset de la philosophie expérimentale et inductive.

Qu’il me soit permis cependant, avant de passer outre , de déclarer ici que c’est à l’École de Montpellier et à ses représentants que l’Europe est redevable, en grande partie, de la propagation des doctrines Hippocratiques et de la conservation du dogme spiritualiste qui a toujours été le plus bel apanage de son enseignement , malgré les orages que le mêcanicisme, le sensualisme et X organicisme ont provoqués de temps à autre dans son sein.

Viennent enfin, et en quatrième lieu, les spiritualistes du monodynamisme vitalique, qui , sans négliger d’approfondir les mystères de la machine organique , remontent sagement à la cause efficiente de tous les actes et mouvements qui s exécutent dans, sur ou par cette organisation appelée vivante; en vertu d’une substance unique, essentiellement

1 Nouvel, mêcan. des mouv. de l’hommeel des anim. , pag. 2 et 3. Disc prélim.

J Voy,: ci"aPrès nos développements à ce sujet, dans l’article École de Montpellier.

ÉTDDES GÉNÉRALES.

spirituelle, et possédant seule originairement , en puissance et en acte , la vie , quelle communique au corps dont elle est la forme et le principe actif.

Les points les plus saillants de cette doctrine peuvent se réduire à quelques propositions dogmatiques, renfermant d’une manière implicite tous les préceptes philosophiques , physiologiques et pratiques de cette théorie la plus complète et la plus exacte de toutes ; les voici :

1° L’Être humain, c’est-à-dire l’homme, considéré à part de tous les autres êtres vivants et animés qu’il domine par l’excellence de son origine, de sa nature et de sa fin; l’homme, dis-je , est une créature composée d’un corps organique convenablement fabriqué et d’un principe spirituel appelé âme -raisonnable , mystérieusement uni à ce corps dont il forme , pénètre , conserve et vivifie toutes les parties constituantes.

2° L’âme humaine est une substance immatérielle intelligente et immortelle, créée à l’image et à la ressemblance du Dieu vivant, et possédant, en dehors de son intellect pur , c’est-à-dire de la vie intellectuelle qui lui est propre , une puissance vivifiante quelle communique à l’organisme afin de le rendre apte au libre exercice de ses facultés dans ses rapports avec le monde extérieur, et des fonctions organiques nécessaires à la conservation de la vie corporelle ellemême et de la santé,

3° Le corps , machine merveilleusement organisée dès le principe par le souverain Créateur , est une substance matérielle dont le germe est transmissible par voie de génération, et qui est destinée à servir d’instrument à lame pour l’accomplissement de ses actes , tant de la vie organique que de la vie animale ou de relation.

4° Bien qu’il n’y ait dans l’homme qu’une seule substance possédant la vie en puissance et en acte , néanmoins cette vie devient acte incessant, aussitôt quelle pénètre le germe

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destiné, après son entier développement, à constituer la

machine humaine.

5° Une fois cette union accomplie , le corps et l’âme deviennent solidaires en quelque sorte dans la perpétration des actes vitaux et animaux ; dès ce moment tout est vie dans le corps de l’homme , mais à la condition que l’âme soit toujours •puissance de vie et d'entendement, pendant comme après cette union providentielle , tandis que le corps ne peut être dit vivant que tout autant que l’harmonie qui préside à cette union n’est pas rompue.

6° L’âme raisonnable et immortelle possède le privilège d’accomplir trois ordres de fonctions éminemment distinctes, quoique profondément liées et assimilables sous un certain point de vue. Je m’explique : l’esprit de l’homme peut d’abord (et ce sont là ses attributions distinctives et propres), à l’aide de la pensée , s’élever aux plus hautes conceptions de l’intellect, soit en se mettant en rapport avec Dieu , soit en se repliant sur lui-même pour découvrir les secrets de son essence et de ses facultés , soit enfin en exerçant son jugement et son raisonnement sur des faits de l’ordre métaphysique : on doit classer dans ce premier ordre tous les actes d’intelligence , de raison pure , de réflexion , de conscience et de raisonnement , ainsi que les faits moraux qui sont sous la dépendance directe de la volonté ; tous les actes vraiment psychiques , en un mot , s’exerçant avec ou sans l’intervention directe et immédiate des sens. En second lieu , l’âme pensante , destinée à habiter pour un temps cet organisme quelle anime , ne saurait éprouver des sensations et des appétits à 1 égard des objets sensibles et ne pourrait se mettre en rapport avec ces mêmes objets du monde extérieur ; il lui serait même impossible d’acquérir une connaissance positive et raisonnée de la forme , de la dimension , du volume et des qualités physiques des solides et des liquides qui composent son propre corps , sans l’intervention

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directe des sens et leur application sérieuse à l’étude de ces objets ou faits sensibles. De cette espèce sont d’abord certains phénomènes moraux ou affectifs de l’âme humaine , et ensuite les faits de raison expérimentale et de l’ordre physique : ce sont eux qui tiennent le milieu entre ceux du premier et du troisième ordre. De cet ordre sont encore tous les phénomènes physiologiques et pathologiques (hygides et morbides) de sentiment et de sensibilité que l’âme ne peut percevoir qu’à l’aide de l’appareil nerveux du grand sympathique , transmettant directement au cerveau toutes les impressions organiques par ses nombreuses anastomoses avec le centre nerveux cérébro-rachidien ; tous les actes vitaux synergiques, métastatiques, critiques et médicateurs , tendant à préserver ou à délivrer l’économie des fâcheux effets de la maladie. Ici se placent tous les actes conservateurs , perturbateurs et curateurs , naturels ou artificiels , provoqués dans le corps en vue de maintenir la vie et la santé. En troisième lieu, enfin , l'âme, en tant que liée au corps , accomplit sans participation du moi conscient une autre catégorie de fonctions qui , par opposition aux premières de l’ordre purement spirituel , peuvent être appelées vitales et animales. De ce nombre sont : la circulation du sang ; la respiration ; la nutrition en général ; les sécrétions et les excrétions naturelles , périodiques ou habituelles ; le mouvement tonique et vital ; le mouvement local et volontaire ; les sensations ; le sommeil et les veilles ; la génération ; les actes morbides curateurs ou préservateurs, etc.

7° L’âme humaine, en fonction d’intellect pur, n’a nullement besoin de l’intervention directe des sens ni des organes corporels, puisque , faite à l’image de son Créateur, c’est elle et elle seule qui pense, qui comprend et qui veut en tant que substance spirituelle et essentiellement intelligente et libre; tandis que , pour accomplir les fonctions de l’ordre moral et affectif, elle a déjà besoin , tout en exerçant sa mémoire et

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son imagination, de l’intervention et de 1 application immédiate des sens ainsi que des organes préposés à la sensibilité ; sans quoi la passion n’aurait pas lieu , soit qu’on considère le fait comme se passant dans l’dme inconsciente ou à l’aide de la sensibilité interne , s’exerçant par l’appareil sympathique , soit qu’on le considère dans le moi conscient ou s’effectuant à l’aide de la sensibilité externe, en rapport direct avec les objets sensibles par les sens et les appareils nerveux moteurs et sensitifs. Nous dirons enfin que, pour ce qui regarde les actes vrais de la vie animale et de la vie organique , nonseulement l’âme a besoin des organes pour les accomplir, mais encore elle ne peut les.exécuter, les provoquer ou même les entreprendre s’il n’existe dans les appareils qui composent le corps, et dans les diverses espèces de tissus et d’éléments matériels qui composent ces appareils , une disposition , une harmonie, une aptitude et une puissance réelles pour accomplir ces actes. En deux mots , l’âme, cause motrice, sensitive , conservatrice et vivifiante du corps , ne peut exécuter normalement les mouvements, éprouver des sensations, conserver la vie et la santé si l’instrumentation est vicieuse, et s’il y a dans la machine une lésion radicale qui mette un obstacle insurmontable à l’exécution naturelle , spontanée ou volontaire de ces actes animaux ou vitaux.

8° Il faut donc nécessairement qu’en dehors de l’action incessante et vivifiante que l’âme exerce sur le corps, celui-ci jouisse , comme tous les corps organisés , vivants et animés , et même à un plus haut degré d’excellence, des capacités-et des propriétés physiques indispensables à la libre perpétration de la vie corporelle animale ou vitale. Ces conditions sont: la solidité, la porosité, X élasticité, la contractilité, la motilité , la tonicité , la capillarité , X impressionnabilité , X irritabilité, etc..., pour les parties solides de l’organisme ; la fluidité , la ténacité , la viscosité, la ténuité,, etc..., pour les fluides ou humeurs répandus ou circulant dans le corps ;

ÉTUDES GÉNÉRALES

la caloricité , V électricité et la corruptibilité enfin , inhérentes à tous les tissus et à toutes les liqueurs qui constituent la machine.

9° L’acte spécial et immédiat à l’aide duquel l’âme, en fonction de vitalité , exécute les phénomènes vitaux et animaux , c’est le mouvement, qu’il faut bien se garder de confondre avec la tonicité irritabilité et la contractilité , qui ne sont autre chose que de simples conditions physiques des tissus vivants. Il importe peu , en outre , de savoir si l’âme , cause efficiente (seconde) de tout ce qui se passe en nous, agit sur le corps d’une manière immédiate (à l’aide du mouvement de nature immatérielle, incorporelle), ou si elle n’agit sur lui que par l’intermédiaire d’agents impondérables , mais de nature physique , tels que le fluide électro-magnétique ou électro-nerveux ( esprits vitaux et animaux des anciens et du moyen-âge). Ce qu’il y a d’essentiel à savoir et à constater ici, c’est que la vie phénoménale , la vie effet, comprend tous les états de notre être , corporels et spirituels, et qu’ils sont dus à une cause unique , à un principe particulier, à un principe substantiel , immatériel et incorporel, à I’ame en un mot , à laquelle il est logiquement nécessaire d’accorder aussi la puissance ou force organisatrice.

10° Enfin , il résulte de ce qui précède que la vie corporelle (nutrition, sensation, mouvement, etc.) et que I’intelligence sont du domaine exclusif du moi, c’est-à-dire de l 'âme, soit en fonction de vitalité ( vitaliter agens ) , soit en fonction d’intellect pur, c’est-à-dire exerçant ses facultés $ intelligence, de pensée et de volonté avec ou sans conscience; car, en dehors dès actes vitaux instinctifs, spontanés et fatals, il est aussi d’autres actes de raison pure, de mémoire, d’ imagination, de sensibilité et même de raison expérimentale , dont l’âme ne peut avoir parfois conscience. L’objection de conscience obligatoire, touchant les actes vitaux , n’en est donc plus une maintenant , surtout

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après les travaux de MM. Lélut, Tissot et Bouiller. Nous reviendrons cependant sur cette importante question dans le cours de ce travail .

Tels sont les principaux dogmes fondamentaux qui constituent la doctrine du Spiritualisme médical , de l’Animisme appliqué à la médecine: je veux dire du Vitalisme animique; doctrine la plus pure , la plus conforme à l’expérience et à la raison, nous fournissant des moyens sûrs et des arguments inébranlables pour donner une explication satisfaisante de tous les phénomènes intellectuels , moraux , vitaux , animaux et organiques , qui se passent dans l’homme considéré dans la simplicité de son être , c’est-à-dire dans

les attributs de sa personnalité . Toutes les découvertes

trouvent place dans cette théorie la plus large , la plus fertile et la plus orthodoxe. Désormais, l’histoire naturelle peut scruter les secrets de la vie chez les êtres vivants et animés , en s’extasiant devant l’adresse de ceux-ci , la finesse de ceux-là , la cruauté et la voracité des uns , la douceur et la faiblesse des autres , la fécondité ou la stérilité de telles ou telles espèces ; l’anatomie peut diriger hardiment son scalpel investigateur dans les tissus organiques, et se livrer à ses travaux minutieux et compliqués pour surprendre la nature sur le fait et découvrir les secrets de l’organisation ; la physiologie peut suivre dans tous leurs détails les plus circonstanciés les phénomènes de la nutrition, des sécrétions et des excrétions du mouvement et de la sensibilité ; la psychologie ellemême peut s’élever sans crainte aux hautes conceptions de l’intelligence et de la raison; désormais , dis-je , aucun problème ne demeurera insoluble. C’est à l’aide de l’expérimentation que la science peut prétendre d’arriver un jour à ce degré de perfection ou la nature si excellente de l’homme l’appelle : oui , et je ne crains pas de le dire , ce ne sera que lorsqu’il ne restera plus rien d’inconnu ou d’incertain dans l’organisme humain , que l’anthropologie médicale et philosophique

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aura atteint ce but désiré. Plus nos connaissances microscopiques , physiques , chimiques , seront étendues et positives , plus nous acquerrons des notions exactes sur les éléments organiques de nos tissus et sur les fonctions réelles que les instruments divers doivent exécuter dans la machine animale; plus on perfectionnera enfin l’étude de l’organisme, et plus faciles deviendront les explications des phénomènes qui se passent en lui. Aussi est-ce dans ce sens que nous dirons ici que les travaux des modernes , et particulièrement ceux de MM. Flourens, Longet et Lélut, seront on ne peut plus avantageux au progrès de la physiologie humaine.

Quant à nous , telle ne sera pas notre tâche en ce moment; et, pour ne pas empiéter sur les réflexions de M. le professeur Boyer , dans lesquelles il passe en revue toutes les questions qui peuvent se rapporter à la physiologie, pour ne pas anticiper sur les problèmes résolus par M. le professeur Tissot, et touchant de près ou de loin aux corrélations - intimes et réciproques qui existent entre les phénomènes psychiques d’une part et les phénomènes organiques d’autre part, nous allons parler d’une question générale qui intéresse au plus haut degré la médecine, tant au point de vue philosophique qu’au point de vue physiologique.

Qu’on ne s’imagine pas cependant que j’aille examiner dans leur détail les avantages que la médecine peut retirer de l’étude des faits séparés que nous présente l’expérimentation, et que j’énumère une à une les preuves en faveur de notre procès ; non , car ce travail ne saurait trouver ici sa place. Nous allons en quelque sorte ouvrir une enquête et invoquer le témoignage de la science et de l’histoire, afin de pouvoir être en droit de conclure que Stahl est réellement le vrai disciple d’Hippocrate , le plus grand médecin philosophe des temps modernes , le vrai continuateur des travaux du divin Vieillard.

Pour cela , il est indispensable que nous mettions sous les

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yeux des juges compétents les pièces venant à l’appui de cette cause, dont nous nous constituons le défenseur, et que nous jetions un regard en arrière afin de démontrer , à l’aide de documents historiques irrévocables : 1° que l’Animisme a toujours été la doctrine médico-philosophique la plus pure ; 2° que cette doctrine a eu des représentants dans tous les temps et chez tous les peuples ; 3° enfin , que Stahl en a été le plus illustre et le plus sincère représentant depuis Hippocrate.

Pour arriver à ce triple résultat , il nous faudra donc , en premier lieu, examiner, d’une manière exacte, bien que concise , les théories philosophiques et physiologiques enseignées par les diverses Écoles qui ont paru sur la scène depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours ; faire ressortir ensuite , et à mesure quelles se présenteront , quelles ont été celles qui ont mérité le plus de considération , tout en nous permettant une appréciation critique sur les opinions des savants modernes et contemporains; terminer, enfin , par un ingénieux rapprochement , en démontrant, à l’aide de preuves irrécusables, que la doctrine du Vitalisme animique possède sur ses rivales une supériorité positive , et que Stahl en est le véritable inaugurateur.

Tel est le plan que nous nous sommes tracé , et le but que nous nous sommes proposé , dans ce travail destiné à servir d’introduction générale aux œuvres physiologiques de l’illustre Professeur de Halle.

Que si nous demeurons au-dessous de notre entreprise , et qu’il nous soit impossible de nous élever à la hauteur d’un pareil sujet , il ne faudra en accuser que la faiblesse de notre intelligence et notre réelle infériorité à traiter une question qui touche de si près aux problèmes les plus ardus de l’histoire médicale et de la science de l’homme.

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III. Temps primitifs. — Révélation, écrits Mosaïques. Les livres Mosaïques étant les seuls documents sur lesquels nous puissions nous appuyer dans cette étude de l’homme au point de vue de la Révélation , nous en invoquerons l’autorité dans le cours de ce paragraphe. Un pareil genre de recherches n’est pas commun , je le sais, en matière anthropologique; mais pourquoi, à côté de preuves si multiples en faveur du Vitalisme animique , tirées des auteurs profanes, philosophes et médecins, pourquoi ne nous serait-il pas permis de consacrer quelques lignes afin de montrer quelle est la coïncidence qui existe entre les dogmes révélés , source de toute vérité, et les saines doctrines philosophiques , fruit de l’imagination et de la raison humaine ?

Lorsque le souverain Ordonnateur eut tiré du néant toutes les choses visibles et invisibles ; lorsque , se complaisant dans ses œuvres , il eut façonné de sa main divine cette planète qui devait servir de piédestal au roi de la Création , et qu’il eut embelli ce séjour des plus grandes merveilles , afin de lui rendre son exil moins pénible et plus attrayant ; lorsque, de sa pensée féconde, il eut donné à tous les êtres qui peuplent ce vaste univers la vie et le mouvement ; lorsque , de son bras puissant , il eut tracé aux fleuves et aux rivières leur lit majestueux ; lorsqu’il eut élevé les montagnes , adouci les collines et creusé les abîmes destinés à recevoir les grandes mers ; lorsque , dans l’effusion de son amour infini , il eut peuplé cet Éden terrestre de toutes les variétés de végétaux et d’animaux , signe indélébile de sa gloire et de sa toute-puissance ; alors Dieu , voyant que tout ce qu’il avait fait était bon, dit : « Faisons l’homme è notre image et » ressemblance ; qu’il commande aux poissons de la mer, » aux oiseaux du ciel , aux bêtes , à toute la terre , et à tous » les reptiles qui s’y meuvent». »

» Voy. la Genèse, liv. t , chap. I, y. 26.

DU VITALISME ANIMIQUE

Il est encore dit dans le Livre sacré « que , Dieu ayant pris du limon de la terre , il en forma le corps de l’homme , et qu’ayant ensuite répandu sur son visage son souffle divin , il lui donna une âme vivante : « Formavit igitur Dominus » Deus hominem de limo terrœ , et inspiravit in faciem ejus » spiraculum vitœ, et factus est homo in animam viven- » tem ‘ . » Faisons remarquer ici, en passant, que pour la création des plantes et des animaux Dieu ne procéda pas de la même manière , car il est écrit : « Dans le principe , Dieu «créa le ciel et la terre ; la terre était informe et nue, «les ténèbres couvraient la face de l’abîme, et l’Esprit » de Dieu était porté sur les eaux : Et Spirilus Dei fere- » batur super aquas 2. » Or, c’est de ce souffle divin , qui planait dans les ténèbres , que la terre et les eaux reçurent la faculté de produire toutes les espèces vivantes de végétaux et d’animaux ; et c’est en vertu de ce souffle fécondateur que les premiers êtres reçurent la vie , et avec elle , une force plastique innée capable de reproduire des espèces semblables : « Germinet terra herbam virentem et facientem »semen 3. » Et la terre fut aussitôt couverte de végétaux; et tous , depuis l’humble hyssope jusqu’au cèdre superbe du Liban, possédèrent en eux la vertu de faire des fruits contenant la graine propre à reproduire de semblables espèces .

Pour ce qui est des animaux , il est écrit : « Creavit Deus « cete grandia et omnem animam vivenlem atque motabi- » lem , etc.* « Et plus bas : « Dixit quoque Deus: Producat » terra animam vivenlem , in genere suo, jumenta et repti- » lia, et bestias terrœ, etc. s »

Puis il dit , s’adressant à ces derniers : « Crescite et mul-

1 Voy. la Genèse, liv. l,chap. 1, v. 22.

2 Ibid. , chap. 1 , v. 24.

* Ibid. , liv. 1 , chap. I , v. 21 .

4 Ibid., liv. 1, chap. II, v. 7.

5 Ibid. ,liv. 1 , chap. I, y. 1, 2.

ÉTUDES GÉNÉRALES. XIX

» tiplicamini », Croissez et multipliez-vous. » Et Dieu mit en eux non-seulement une vertu germinatrice , mais encore une puissance reproductrice, procréatrice en quelque sorte, une âme capable de donner la vie et le mouvement, animarn viventem et motabilem , une force non plus fatale et simplement végétative , mais exécutant déjà des actes instinctifs et appétitifs, je dirai même sensitifs et volontaires, et toujours en rapport avec les besoins et le degré de perfection de l’animal. ..

Que d’enseignements renfermés en quelques lignes ! Et, qu’on nous permette de le dire , combien auraiéht été grands et positifs les progrès de la science de l’homme si , ainsi que l’a dit un écrivait! religieux et très -spirituel de ce siècle (M. H. Delaage ) , « avant de s’aventurer sur les mers » inexplorées du progrès , elle eût pris pour boussole l’Évan- » gile , pour carte routière la Révélation , et quelle eût » considéré le progrès comme la gravitation incessante de » l’humanité vers Dieu ! »

Le texte sacré nous enseigne que Dieu donna aux végétaux la vertu de croître et de se reproduire espèce par espèce. C’est là toute une doctrine de physiologie végétale; et, malgré leurs recherches minutieuses, les savants les plus éminents n’ont jamais pu découvrir rien de plus , si ce n’est quelques détails d’organisation et de physiologie descriptive et pratique , dans lesquels Moïse ne pouvait et ne devait pas entrer ; bien heureux encore , lorsqu’après avoir assujéti leur cœur, leur esprit et leurs sens pendant une vie entière à des travaux infructueux , ils ne se sont point laissés entraîner dans un scepticisme humiliant ou dans une incrédulité plus déshonorante encore, en reconnaissant et en enseignant publiquement dans nos universités et nos académies qu’il n’y a là que matière > et que le végétal n’est qu’un minéral

Voy. la Genèse, liv. 1 , chap. i , v. 2.

DU VITALISME ANIMIQUE

plus parfait , une production plus compliquée de la nature ou âme universelle du monde, et , selon d’autres , du hasard.

Si des végétaux nous remontons ensuite aux animaux et que nous prenions au sérieux les paroles de la Genèse , nous trouvons encore là tout un ordre d’idées admirables et toujours supérieures à tous les enseignements humains qui ne sont point fondés sur la Révélation. Ce qu’il y a, en effet , de bien saillant ici , c’est que le Créateur donne à tous les êtres animés : poissons , oiseaux , reptiles et animaux terrestres , 1° une âme vivante, 2° le mouvement, 3° la faculté génératrice.... L’âme des animaux n’est plus ici une simple force plastique, n’ayant en puissance et en acte qu’une vie végétative se bornant à des phénomènes de nutrition et d’évolutions organiques ( vis vegetativa , nutriliva, germinaliva ): c’est une substance réelle , production médiate du souffle divin ; car nous avons déjà vu que ce fut du sein de la terre et du fond des eaux que sortirent tous les animaux créés :

« Et Spiritus Dei ferebatur super aquas » Et le souffle fécond de Dieu, donnant l 'être et la vie à tout ce qu’il effleure et touche , était errant sur les abîmes , imprégnant de sa vertu créatrice la terre et les eaux. L’âme des animaux , qu’il ne faut point révoquer en doute comme l’ont fait bien des savants parfois si recommandables , est donc capable de vie, de mouvement et d ’inslinctivité , attendu que pour animer un corps , le mouvoir et reproduire par voie de génération sexuelle, il faut de plus grandes aptitudes que pour accomplir les fonctions simplement nutritives des végétaux. L’âme des animaux est donc non-seulement végétative, mais encore sensitive, appétitive , irascible, concupiscible, et, partant, plus parfaite et en rapport avec les besoins naturels simplement physico- moraux de chacune des espèces animales ; dès-lors, une organisation plus compliquée devient absolument nécessaire chez eux.

Mais nous ne voyons nulle part dans les livres saints que

ÉTUDES GÉNÉRALES

Dieu ait uni au corps de l’animal une substance d’un ordre supérieur, un principe intelligent et raisonnable. L’âme de la bête est sans doute un principe simple et immatériel (puisqu’il est le produit médiat du souffle divin), ayant en puissance et en acte Ranimation bestiale , c’est-à-dire la vie, et, de plus que les plantes, le mouvement, la sensibilité, des appétits, une détermination et une volition fatalement

liées à une organisation plus ou moins parfaite . Mais

jamais , jamais l’observation la plus exacte des faits ne pourra trouver , chez l’animal , des actes au-dessus des phénomènes physico-moraux, c’est-à-dire au-dessus de ceux qui sont comme le résultat de l’harmonie qui existe entre le physique de l’animal et son âme bestiale;... jamais , dis -je , la science ne pourra démontrer chez lui des faits de raison pure, des faits de conscience; il n’y a pas, en un mot, chez l’animai, un moi réel, capable de conscience, de réflexion raisonnée et de libre arbitre. Tout ce que l’étude sérieuse philosophique et physiologique peut découvrir chez les bêtes , c’est une sorte d 'intuition fatale que Dieu a placée en elles , et qui suffit aux besoins d’une vie purement instinctive et sans finalité évidente et révélée. Mais jamais on ne sera pour cela en droit de conclure, avec certains philosophes modernes, que l’animal est une pure machine , et que tout chez lui n’est qu’un simple jeu de i’organisation.

Les partisans d’une semblable théorie ne se sont pas aperçus qu’en niant une force de nutrition et d’accroissement qui constitue une sorte de vie chez les végétaux , la vie, le mouvement et la sensibilité chez les animaux , non-seulement ils livraient leur esprit à tous les dangers du matérialisme le plus cynique , mais encore ils semblaient insulter à la puissance infinie du Dieu créateur , en méconnaissant la majesté de ses œuvres , et en révoquant en doute sa parole révélée .

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