DE LA VIE , DE SES FORMES , DE LEUR UNITÉ HARMONIQUE
La vie , considérée dans ses effets, se compose de deux ordres de phénomènes , les physiologiques ou corporels , et les psychiques ou
Voir Lavater , et l’abrégé que nous avons donné de la doctrine , avec
une appréciation critique, dans le T. II de notre Anthropologie, 181 ; Ahrens, T. I , pag. 219-221 ; Virey, T. II , pag. 55-67 , Carus , pag. 448.
pag. 57- 131-171 ;
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spirituels. Il en est qui participent de ce double caractère, telles que les sensations et les perceptions.
La vie, considérée dans son principe, consiste dans sa cause unique ou multiple qui produit les phénomènes corporels et psychiques.
Considérée dans ses effets et dans sa cause tout à la fois , la vie pourrait donc être définie : les déterminations constamment variables d’un sujet, résultant de l’action incessante et propre, fatale, spontanée ou volontaire de ce sujet même.
On distingue trois degrés de vie , qu’on appelle aussi des espèces de vie : la végétative , l’animale et l’humaine 1 .
Si les êtres qui occupent les degrés supérieurs de la vie n’ont pas passé par les degrés inférieurs, ou plutôt s’ils ne s’y sont pas arrêtés et n’en ont par conséquent pas revêtu les formes d’une manière bien déterminée , s’il n’y a pas eu pour eux métamorphose proprement dite , il est certain cependant qu’ils gardent encore quelque chose des degrés inférieurs, qu’ils les cumulent avec les degrés supérieurs , et que ceux-ci ne peuvent pas être , à certains égards , sans ceux-là. C’est ainsi que la nature humaine suppose la nature animale , et celle-ci la nature végétale. Ce qui ne veut pas dire cependant que des natures raisonnables ne puissent pas exister sans être unies à des corps , ni même que la sensibilité soit inconcevable sans une organisation.
Des naturalistes ont soutenu que nous passons rapidement par tous les degrés inférieurs de l’animalité , pour arriver à celui que nous occupons, et qu’ainsi le fœtus humain passe par les états successifs d’œuf, de ver, de têtard, de poisson, etc., quoiqu’il n’ait aucune de ces formes parfaites. Ainsi ,i 1 aura du têtard la queue , qui sera promptement résorbée , et du poisson la forme de la tête. Ce qui prouve , du reste , que ces états successifs sont bien plus éloignés de notre forme véritable , c’est que nous ne les revêtons que peu dans l’existence de la vie intra-utérine , et dans la période de cette vie la moins avancée. A cette époque nous ne vivons pas encore d’une vie propre ou indépendante , en sorte qu’on peut dire à certains égards
• Voir pour les différences de ces trois sortes de vie , Ennemoser , op. cit , p. 136 , 159, m ; Virey , op. cit. , I. 309 ; Müller, op. cit. , T. 11 , p. 498. T. III. 46
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que ces formes premières sont plutôt des transitions pour arriver à la forme humaine véritable que cette forme elle-même.
On donne cependant comme un témoignage frappant de ces formes primitives, les ghilanes ou nègres du Soudan de Gondar, qui conservent toute leur vie l’appendice caudal , que nous ne gardons qu’à l’état d’embryon. Mais, en supposant le fait avéré , ce qui ne l’est pas, aux yeux de plusieurs physiologistes du moins, on ne connaît pas de race humaine qui ait conservé une configuration de cerveau semblable à celle des poissons , ou dont le cœur ne soit encore qu’un simple tuyau comme il l’est d’abord.
Ce qu’il y a de certain toutefois , c’est qu’il y a une sorte de transformation organique. Sans parler des expériences de M. Serres, qui aurait fait descendre à des lombrics l’échelle de l’animalité de trois ou quatre degrés, les degrés des arénicoles, des hélianthoïdes et des polypes , il est certain que notre corps change avec les années ; et sans même admettre qu’il est complètement renouvelé tout les sept ans , il subit d’autres changements peut-être plus profonds , suivant les âges : ce sont d’autres goûts , d’autres aptitudes , d’autres dispositions maladives , et quelquefois une constitution profondément modifiée.
Quoi qu’il en soit de ce qui se passe dans notre organisation , depuis lé moment de sa formation jusqu’à celui de sa dissolution, il n’est pas douteux que l’action des choses du dehors , de tout ce qui entoure l’homme, contribue aux changements qu’il subit. On se demande par conséquent si notre organisme serait autre chose qu’une partie du tout immense de l’univers , et s’il n’en serait pas de notre corps par rapport à tout le reste comme d’une de ces parties organiques de ce corps qui passent et sont remplacées par d’autres. En termes différents: notre existence, notre vie est-elle aussi indépendante qu’elle paraît l’être au premier abord , ou n’est-elle pas plutôt une parcelle d’une vie supérieure, de la vie universelle? Plus généralement : y a-t -il plusieurs vies , ou n’y en a-t -il qu’une seule , la vie du tout , la vie universelle?
Cette question, à laquelle beaucoup répondent affirmativement, peut se transformer ainsi : La vie existe-t-elle , peut-elle même exister en dehors des sujets vivants ; et y a-t-il un sujet vivant universel, peut-il même y avoir quelque chose de semblable? La ques-
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tion ainsi posée est d’une solution beaucoup plus facile. La réponse ne peut être affirmative que pour ceux qui doutent dans le réalisme le plus outré , qui ne peuvent distinguer une abstraction et une généralisation d’avec une réalité.
Mais on verra , si l’on y fait attention , que , malgré l’harmonie qui existe entre les différentes parties de l’univers , malgré même l’influence mutuelle qui peut exister entre ces parties, il en est cependant qui forment des touts individuels ; que ces touts , sans cesser d’être soumis à des lois qui leur sont communes avec d’autres, sont doués cependant d’une force propre qui en fait des êtres distincts.
On pourrait peut-être douter de l’existence de ces forces individuelles , et regarder les individus visibles comme des produits de modes d’action particuliers d’une force unique et universelle , si nousmêmes , en tant que nous nous connaissons , n’étions pas une de ces forces individuelles. Mais, grâce à la conscience, nous savons que nous sommes nous et pas autre chose , malgré les influences innombrables auxquelles nous nous trouvons soumis. Nous savons de science certaine que notre moi , la sphère de notre pensée, notre âme vivante , forme un cercle parfaitement clos en tout sens , une individualité distincte ; que nous avons une existence propre , finie , qui ne se confond avec aucune autre , quoique mêlée avec beaucoup d’autres. Nous savons cela de la science la plus évidente , et il faut douter de tout ou reconnaître cette vérité fondamentale.
Sans doute, notre existence ne s’explique pas par elle-même; sans doute , elle suppose une cause. Mais autre chose est de supposer une cause dont on relève , autre chose est de supposer un sujet substantiel dont on n’est qu’un accident ou un mode. Eh bien! le moi humain se conçoit un sujet propre, substantiel, qui n’est l’accident de rien autre, tout en se concevant l’effet d’une puissance antérieure et supérieure. C’est ainsi qu’il conçoit toute chose visible et finie. Et quand même notre sujet substantiel, notre force pensante , tiendrait indissolublement et sans cesse à la force créatrice par des racines si profondes que la conscience n’y peut pénétrer; quand même elle ne serait en réalité qu’une partie ou une expression de cette force-principe, toujours est-il que, comme sujet pensant, nous avons chacun une sphère d’existence à nous , à nous seuls ,
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une existence propre ou individuelle par conséquent. Cela nous suffit pour admettre également en nous une existence substantielle , indépendante et propre; c’est du moins, s’il pouvait y avoir doute, la très-grande vraisemblance.
Cela étant, la question de la vie universelle est très-facile à résoudre. Non, il n’y a pas de vie universelle, pas plus qu’il n’y a de vie sans sujet vivant, pas plus qu’il n’y a de sujet vivant universel. Non, il n’y a pas de vie universelle possible, parce qu’il implique contradiction qu’un sujet , un sujet véritable , c’est-à-dire substance une et indivisible, soit multiple, indéfiniment multiple. Un sujet universel étant une contradiction, une vie universelle n’est donc pas possible.
Mais s’il n’y a que des vies particulières et indépendantes substantiellement , il y a unité harmonique entre chacune d’elles et le reste des existences, puisqu’il y a compossibilité , et action réaction, influence salutaire réciproque en tout cela. Il ne faut pas confondre l’unité harmonique ou d’accord , qui est une unité de relation ou d’ensemble, sans objet réel qui lui soit propre, avec l’unité substantielle ou d’existence. L’unité harmonique ou d’ensemble , loin de supposer un sujet substantiel qui lui corresponde immédiatement , ne suppose pas même nécessairement une force distincte ayant pour mission spéciale de produire cette harmonie ; elle ne suppose donc aucune âme du monde ; il suffit , pour l’expliquer, de l’hypothèse d’une cause supérieure sagement créatrice ou ordonnatrice. Mais, dans l’hypothèse même d’une âme du monde , et dans l’hypothèse encore où cette âme serait Dieu , dans l’hypothèse extrême du Panthéisme enfin , les âmes individuelles ne seraient pas moins certaines psychologiquement , -et l’âme cosmique ne serait pas tellement universelle qu’elle rendît impossible l’individualité dans des âmes subordonnées.
Nous croyons donc avoir suffisamment établi que l’esprit et la matière ne sont pas de simples modes d’un principe unique plus profond; que les phénomènes externes et internes, considérés dans leur cause , ne sont pas des effets de deux fonctions différentes , d’un principe supérieur et unique , au lieu d’être dus à deux forces spéciales, à deux essences distinctes.
Dans le système d’un principe universel, et unique , à fonctions
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diverses, système qui est le fond du Panthéisme de toute couleur, il y aurait :
1° Un principe unique ;
2° Deux grandes fonctions de ee principe, destinées à produire, l’une les phénomènes de la physique , l’autre ceux de la vie à tous les degrés ;
3° Ces phénomènes eux-mêmes.
Il n’y aurait, par conséquent, ni esprit ni matière; mais quelque chose qui ne serait ni l’un ni l’autre quant à son essence , et qui néanmoins expliquerait l’un et l’autre quant aux phénomènes.
Mais en reconnaissant, au contraire, comme nous l’avons fait, que l’esprit et la matière sont des essences substantielles distinctes, il faut que ces essences , tout en relevant d’un principe supérieur unique quant à leur existence , et quoiqu’elles y soient soumises, aient une existence propre.
Cette existence individuelle , qui n’est qu’apparente et vraisemblable pour les choses matérielles , est rendue évidente pour le principe pensant, par son activité et sa conscience propre, individuelle ou personnelle. La sphère de la conscience ne peut, sans contradiction, n’être qu’une limite, un degré dans l’infini indivisible : ces limites, ces degrés dans l’infini, dans l’indivisible plutôt, ces diversités dans l’identité , ces multiplicités dans l’unité absolue , sont inconcevables.
De cela seul donc qu’il y a plusieurs vies différentes, nous sommes sûrs qu’il y a plusieurs principes de vie ou plusieurs âmes , puisque les âmes ou principes de vie ne sont autre chose que les sujets vivants, et qu’il y a autant de sujets vivants que de sphères de vie distinctes.
Mais où se termine la vie proprement dite , ou quels sont les phénomènes du plus bas degré qui en soient les effets ? Si tout principe de vie est force , toute force ne serait-elle pas un principe de vie , et tout phénomène quelconque une manifestation de la force vitale ? N’y aurait-il pas ainsi autant de foyers de vie qu’il y a de foyers de force; et les forces (Corporelles elles-mêmes, considérées dans leurs principes, ne seraient-elles pas autant de foyers de vie dont les effets ne s’étendraient pas au-delà des propriétés générales du corps?
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Ce qu’il y a de certain , c’est que les masses corporelles , petites ou grandes , semblent agir les unes sur les autres , en vertu d’une certaine force qu’il est convenu d’appeler attraction , et qu’elles sont impénétrables les unes aux autres; qu’elles se résistent mutuellement à des degrés divers, proportionnés à leur densité respective; qu’elles s’ébranlent mutuellement aussi par le choc , en raison de leur masse et de la vitesse qui les anime. Elles ont , de plus , des attractions électives ou des affinités spécifiques , qui font que certaines d’entre elles semblent rechercher les unes et faire les autres ; et quand bien même il faudrait attribuer ces sympathies et ces antipathies apparentes à la présence de fluides divers, comme ces fluides, impondérables ou non , sont sans doute corporels encore , on peut élever à leur sujet la même question qu’en ce qui regarde les corps solides ou liquides. Si l’on aime mieux que ces fluides soient inétendus , incorporels , nous le voulons bien ; mais nous demanderons alors s’ils sont des forces , et si ces forces n’ont d’autres fonctions que de produire dans les corps des phénomènes de l’ordre mécanique , physique ou chimique. Si ces phénomènes sont produits sans conscience , sans intelligence, sans spontanéité, comme c’est présumable , ces forces sont essentiellement différentes des forces animales et humaines que nous appelons des âmes; elles diffèrent aussi des principes vivifiants des végétaux. Elles déterminent, par leurs affinités électives ou chimiques , ou par leur attraction universelle, des masses qui présentent un certain ordre, par exemple dans la forme rectiligne et variée, des cristaux, dans la forme curviligne, des grandes masses corporelles ou de certains liquides. Mais elles ne peuvent produire , par elles seules du moins , les phénomènes si complexes et si variés de la vie végétative.
Si donc il y avait au fond de la matière , c’est-à-dire dans son essence, un quelque chose qui méritât le nom de force , comme nous le croyons , cette force n’aurait du moins que la vertu de produire , et les phénomènes généraux qui se rencontrent dans tous les corps , et les phénomènes spécifiques qui distinguent une sorte de matière d une autre espèce. Ces qualités spécifiques des corps exigeraient donc qu aux forces capables de produire les phénomènes qui constituent tous les corps comme corps à nos yeux , fussent réunies d autres forces qui fussent la raison des qualités spécifiques ,
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ou , ce qui nous semblerait plus vraisemblable , que toutes les forces douées de vertus spécifiques fussent en même temps capables de produire les phénomènes généraux de la matière. De cette manière , il y aurait d’abord autant de sortes de forces physiques distinctes qu’il y a d’espèces de corps bien tranchées ou absolument irréductibles. Ce n’est pas tout encore : il devrait exister individuellement autant de sortes de forces qu’il y a d’éléments fondamentaux ou derniers dans les corps. Ces individualités dernières sont la seule chose qui soit réelle dans la matière; elles constituent la matière véritable.
Elles ne sont pas étendues , parce que la force n’a d'autre grandeur que celle de son intensité, parce que encore l’étendue continue du corps n’est qu’apparente , parce que , de plus , fût-elle réellement continue, elle n’appartient pas aux corps , mais à l’espace qui est le lieu possible ou réel des corps ; parce qu’enfin cet espace lui-même , l’étendue pure , l’étendue extensive par excellence ou le vide , n’est que l’étendue résistante possible , ou , en d’autres termes , la possibilité objective des corps par cette matière inétendue en soi et en apparence, mais qui est de telle nature cependant qu’en agissant sur nos sens , elle fait concevoir à notre raison l’étendue.
La matière n’est pas aux corps qu’elle semble composer, comme des parties sont au tout qu’elles forment. Non, il n’y a pas ici un rapport de plus à moins , de tout à partie , un rapport de degré , mais bien un rapport de causé occasionnelle à effet. La matière invisible , force pure dans ses éléments derniers , les seuls véritables , agit sur nos sens ; et , à la suite de cette action , notre raison se met en jeu , et produit , dans des circonstances spéciales que l’analyse psychologique détermine, la conception d’étendue, conception qu’elle objective , qu’elle semble réaliser même en l’appliquant , en l’incorporant pour ainsi dire à la matière. Cette opération de la raison forme à elle seule l’étendue des corps. Elle forme, jusqu’à un certain point par conséquent , les corps mêmes ; elle les forme du moins en tant qu’ils sont conçus étendus , divisibles, composés de parties en dehors les unes des autres (partes extra partes), comme distincts entre eux en tant qu’ils sont aussi en dehors et séparés les uns des autres.
Dans l’étendue résistante , tangible , ce qui résiste n’est donc pas
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l'étendue ; c’est la force que l’étendue semble recouvrir; c’est la matière seule , c’est-à-dire quelque chose d’un , de simple , d’inétendu en soi. De même , mutantes mutandis, pour l’étendue vitale.
11 résulte de tout ce qui vient d’être dit que les forces physiques pures ont cela de commun avec les forces vivantes proprement dites ou les âmes, qu’elles sont inétendues , simples, indivisibles, douées d’énergie, toujours en action. Mais il y a cette différence entre ces deux sortes de forces, que l’action des forces physiques n’ont souvent qu’une sension immobile : par exemple dans leur cohésion permanente , et que , mobiles ou non , ces forces sont bornées à des effets distincts des phénomènes qui composent les trois degrés de la vie totale des êtres , et qu’ainsi les forces physiques pures ne sont point des forces vivantes , dans l’acception propre du mot ; ou que si elles sont des forces vivantes , c’est-à-dire si elles sont capables de produire d’autres phénomènes encore que ceux qui s’observent dans les corps inorganiques, mais que, par le fait de circonstances qu’il nous est impossible d’apprécier, elles ne puissent déployer dans cette situation que les énergies propres à produire les phénomènes de l’ordre physique chimique pur, ces forces ne sont vivantes que virtuellement, et qu’il faut d’autres circonstances, d’autres situations pour qu’elles déploient toutes leurs énergies.
Si , à mesure que des forces parviennent à déployer des énergies supérieures , elles conservent toutes celles de l’ordre ou des ordres supérieurs , il s’ensuit que les forces végétatives pourraient être en même temps les forces matérielles qui apparaissent sous la forme de phénomènes purement corporels dans les végétaux; que les forces animales seraient en même temps le principe des phénomènes de la vie végétative pure , et des phénomènes physiques ; qu’enfin le principe pensant dans l’homme suffirait pour expliquer en nous , non-seulement la vie hominale , mais encore la vie végétale et les qualités de notre corps comme corps.
Est-ce ainsi que les choses se passent? N’y a-t-il pas une trop grande différence entre les phénomènes de l’ordre physique pur et ceux des ordres supérieurs , pour qu’on puisse raisonnablement les expliquer par un principe unique? Nous le croyons. H nous semble donc que les forces physiques pures doivent être admises pour rendre compte des phénomènes physiques en général, et que des forces
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d’un autre ordre doivent être reconnues comme exclusivement douées des vertus propres à produire les phénomènes des trois degrés de la vie.
Reste à savoir maintenant si nous devrons encore admettre des forces spéciales pour chacun des trois genres de vie , ou si nous attribuerons les trois genres de vie à une force unique dans les êtres vivants supérieurs , et si l’âme humaine sera ainsi chargée nonseulement du rôle de la pensée , mais encore de celui de sentir , de mouvoir et de faire vivre l’animal et le végétal en nous ; si même elle doit organiser le germe corporel avec une matière première qui , dans l’ordre général des choses, aura subi une première préparation par d’autres âmes vivantes et vivifiantes , ou avec une autre matière plus rudimentaire encore. Les âmes des animaux seraient, en conséquence , chargées des mêmes fonctions , à la différence de celles qui distinguent l’homme de l’animal , et les animaux des espèces inférieures d’avec les animaux de degrés plus élevés. Les âmes des végétaux n’auraient plus enfin qu’à remplir les fonctions générales de la vie végétative , et celles propres à l’espèce de végétal dont elles porteraient en elles la raison.
Mais, dans ce système , il resterait encore à savoir si les âmes des végétaux renferment virtuellement les énergies des âmes animales , si celles-ci sont virtuellement des âmes humaines, et si enfin les circonstances seules font toute la différence ; ou bien , au contraire , s’il n’y a dans les âmes des végétaux que des vertus végétatives; dans les âmes des animaux que des vertus animales pures, ou des vertus animales , plus des vertus végétatives ; dans les âmes humaines , enfin, que des vertus purement humaines , ou des vertus humaines, plus des vertus animales , plus encore des vertus végétatives.
Les vitalistes à principe distinct sont eux-mêmes si persuadés que c’est le même principe de vie qui pense , sent et habite en nous , qu’il leur paraîtrait fort peu raisonnable de mettre en nous l’homme d’un côté et l’animal de l’autre , de les scinder ontologiquement , et de n’admettre de l’un à l’autre que des influences.
Mais si nous les identifions substantiellement , si en nous l’âme de l’homme est en même temps l’âme de l’animal , on ne voit pas trop pourquoi un pas de plus dans cette voie serait impossible , c’est-à-dire pourquoi l’âme humaine ne remplirait pas aussi les
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fonctions de la vie organique pure ; pourquoi , en d’autres termes elle ne serait pas en nous l’âme végétative, et, par conséquent, le principe unique de la triple forme de la vie.
Nous reviendrons ailleurs 1 plus opportunément sur ce sujet de métaphysique.