‹ Œuvres médico-philosophiques et pratiques de G. E. Stahl... traduites et commentées (volume 2)Chapitre 68 sur 69 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

CARACTÈRES PHYSIQUES AUXQUELS ON A CRU POUVOIR RECONNAÎTRE IMMÉDIATEMENT LE MORAL PAR LE PHYSIQUE.

§ Ier. Caractères qui seraient en conséquence l’indice du développement plus ou moins grand des facultés et de la prédominance de l’une quelconque d’entre elles.

Platon s’était imaginé que , chez les hommes d’une taille élevée , ou dont le cou est long , le cerveau se trouvait trop éloigné du cœur pour en être suffisamment stimulé. S’il est vrai, en général, que les grands hommes sont rarement des hommes grands , il ne faut pas oublier deux choses : la première, que les tailles exceptionnelles sont par là même peu communes ; la seconde , que des hommes d’une stature élevée ont été pourtant des grands hommes , même par la force de la pensée; qu’enfin, on ne voit pas bien que l’élévation de la taille empêche la proportion , et qu’il est dès-lors naturel que le plus grand trajet que le sang doit parcourir soit compensé par une

i Gioja , T. I , pag. 83-94 , 168-184 , 204-209. — Virey , T. 1 , pag. 238, 244. — Carus , pag. 122. — Dumoulin , op. cit. , pag. 160-163. — Ennemoser, op. cit., pag. 872-390.

OEUVRES DE STAHL

impulsion plus forte. Des modernes , tels que Bacon , Richerand, Virey, ont cependant cru que l’opinion de Platon n’était pas dépourvue de fondement.

Mais une autre opinion généralement répandue , c’est que , toutes choses égales d’ailleurs , l’intelligence est en raison du volume de l’encéphale. Aristote , Pline , Galien , étaient déjà de cet avis; et beaucoup de modernes, tels que Soemmering, Blumenbach , Monro, Vicq-d’Azir , l’ont partagé.

Il paraît assez naturel de penser que , si le cerveau est la cause de l’intelligence , que cette cause soit efficiente ou qu’elle soit purement conditionnelle ou instrumentale , son énergie doit être proportionnée à son volume.

On ne fait pas attention cependant que c’est assimiler la pensée dans son rapport avec le cerveau à un effet physique produit par un agent matériel : par exemple , à un mouvement produit par une cause mécanique. Plus cette cause sera puissante , c’est-à-dire plus le volume sera considérable à densité égale , plus forte aussi sera l’action qu’elle exercera dans la chose. Mais la pensée n’étant pas un effet physique , il n’y a pas de raison d’affirmer qu’elle doit être , quant à son énergie, proportionnée au volume de l’organe qui contribue à la produire. Que l’action mécanique d’un organe, par exemple , la force d’un muscle destiné à faire mouvoir un membre , soit en raison de la force de ce muscle , et cette force en raison du volume , cela se conçoit encore , bien que des muscles plus grêles et plus faibles en apparence soient sou vent plus forts que d’autres plus volumineux. Mais la pensée n’est point le produit d’une force physique , et la force physique ne peut être la mesure , unique du moins, de celle de la pensée. Le rapport entre la force qui produit un effet physique et celle qui engendre un effet psychique, n’est point un rapport d’identité , mais d’analogie , par la raison que le quantum d’un phénomène corporel et celui d’un phénomène spirituel n ont point de commune unité de mesure , et ne sont eux-mêmes qu analogues. Comparez , en effet, si vous le pouvez, au même dynamomètre tel degré de l’énergie musculaire et les degrés de l’énergie de l’attention ou du raisonnement.

Il est vrai cependant que le cerveau est en général l’organe immédiat et principal des phénomènes intellectuels; que l’homme en

APPENDICE, etc. 689

a plus que les animaux domestiques qui l’environnent, et les animaux supérieurs plus que les inférieurs.

Mais , qu’on y prenne garde ‘ si le volume de l’encéphale était à lui seul la raison , le signe , et pour ainsi dire l’expression visible de l’intelligence , on ne s’expliquerait plus pourquoi l’homme , dont l’encéphale est moins volumineux absolument que celui de l’éléphant et surtout de la baleine , pourquoi , disons-nous , il est cependant plus intelligent que ces deux espèces d'animaux. On ne s’expliquerait pas davantage pourquoi le cheval et l’âne , qui ont plus de cervelle que le chien et le singe , sont cependant moins intelligents : pourquoi le loup a d’autres instincts que la brebis, le porc ou le tigre , quoique le volume de l’encéphale soit à peu près le môme dans ces trois espèces ; pourquoi le pigeon et l’épervier , qui sont à cet égard dans le même cas, sont loin cependant d’avoir les mêmes mœurs. Comment surtout se rendre raison du prodigieux instinct du formica-leo, de l’abeille, de l’araignée, de la fourmi et de tant d’autres insectes ou animaux , dont l’encéphale est ou nul , ou problématique , ou tout au moins si peu de chose en volume ?

N’est-il pas encore très-évident que , si la différence en volume entre ces cerveaux était la principale , l’unique même dans l’hypothèse , il ne pourrait y avoir qu’une différence en degré entre l’intelligence et les mœurs des différents animaux ?

Il faut donc renoncer à ce terme de comparaison.

On s’est rejeté sur le poids de l’encéphale comparé au poids total du corps , et l’on a prétendu qu’un animal est d’autant plus intelligent que le quotient exprimant le rapport du poids du corps divisé par le poids du cerveau est plus petit.

Mais ce moyen d’appréciation n’est guère moins fautif que le précédent. Pourquoi, en effet, comparer le poids du cerveau au poids du reste du corps? La pensée est- elle donc plus difficile à produire dans un gros corps que dans un petit?

Que de faits et de conséquences se réunissent pour combattre cette hypothèse ! Le rapport qui exprime le poids relatif du corps et de l’encéphale est en moyenne , chez l’homme , dans les quatre grandes périodes de la vie, 4/„ , */«', */» „ , Va *• D’où il suit ffue l’intelligence de l’enfant devrait être supérieure à celle du vieillard dans le T. III. 45

690 OEUVRES DE STAHL

rapport de V22 à ‘/se » àcelle de 1,homme mûr et dans toute la force de l’âge de */** à ‘/soj etc*

Comme le rapport du poids du cerveau à celui du corps est le même pour le dauphin , le babouin , la musaraigne et la taupe que pour l’homme , ces animaux devraient avoir la même intelligence que lui.

Bien plus, le rapport dont il s’agit étant de 4/u pour le canari , de Vî3 pour le moineau et le serin , de */2S Pour Ie cocl5 de 'in pour le pinson , de */32 pour le' rouge-gorge , le canari devrait avoir plus d’intelligence que Descartes, Leibnitz et Newton; le moineau et le serin plus que tout homme au-dessous de 25 ans ; le pinson plus que le raisonneur le plus consommé ; le rouge-gorge plus que le vieillard le plus expérimenté.

A ce compte , une linotte pourrait avoir plus de tête qu’un Ulysse ou un Nestor.

Suivant la même loi , la taupe , l’âne , la brebis , le veau , la plupart des quadrupèdes et des oiseaux seraient supérieurs à l’éléphant; le lièvre, le lapin, le chevreau, l’emporteraient sur le castor , les oiseaux sur le chien.

Pourquoi encore les animaux qui se trouvent dans le même rapport auraient-ils une intelligence et des mœurs différentes? Il faut donc que cette double différence tienne à quelque autre cause qu’à celle du poids relatif de l’encéphale au poids du corps.

On n’est pas plus heureux en substituant à la loi précédente celle qui se fonde sur le rapport du poids de l’encéphale au reste du système nerveux encéphalo-rachidien , et qui détermine les degrés croissants d’intelligence sur le chiffre qui exprime l’approximation de plus en plus grande de l’encéphale et de son terme de comparaison , ou son égalité ou sa supériorité.

A ce compte , en effet , la réputation de ruse qu’on a faite au serpent serait bien mal fondée, puisqu’il est certain de ses nerfs qui l’emporte sur tout l’encéphale.

Chez les batraciens et les poissons le volume des nerfs est encore supérieur . Chez les mammifères des degrés les plus élevés , le poids de l’encéphale approche davantage de celui des nerfs , mais il ne l’atteint pas encore.

Mais le jeune dauphin, le chien de mer, les oiseaux ont, à cet

APPENDICE , etc.

égard, l’avantage sur l’homme, et devraient avoir plus d’intelligence que lui. Le dauphin devrait l’emporter sur l’orang-outang, le phoque sur le chien , et tous les trois sur le reste des animaux.

Les résultats ne sont pas plus satisfaisants si l’on compare seulement le poids du cerveau et celui du cervelet.

Ces deux parties de l’encéphale sont chez l’homme dans le rapport de 9 à 1 , rapport plus fort dans les singes. Suivant la même loi, le bœuf devrait avoir plus d’intelligence que le cheval; la taupe, le rat, le lièvre, le bœuf encore, le mouton, plus que le castor.

Sœmmering , Cuvier , Ébel , ont aussi cherché un moyen d’apprécier comparativement l’intelligence des animaux dans le rapprochement de largeur de la base du cerveau et de la moelle allongée. Mais , sous ce rapport encore , des faits importants viennent contredire la théorie. Ainsi, l’homme serait inférieur au dauphin dans le rapport de 7 à 13; le chien serait moins intelligent que le lapin, le bœuf moins que le veau.

Camper imagina un autre moyen d’estimer la force respective des intelligences : ce moyen consiste à prendre la mesure de l’angle facial formé par les deux lignes qui se rencontrent à la dent laniaire supérieure , et dont l’une se dirige vers le point le plus élevé du crâne, et dont l’autre traverse le trou auditif externe. Plus l’ouverture formée par ces deux lignes approcherait de l’angle droit , plus le sujet posséderait d’intelligence.

Lavater , partant de cette donnée, a construit une sorte d’échelle du développement progressif des intelligences , depuis la grenouille jusqu’à l’Apollon du Belvédère.

Mais ici, comme dans tous les systèmes précédents, les faits sont loin d’être d’accord avec l’hypothèse. C’est ainsi , par exemple, que l’enfant devrait avoir plus d’intelligence que l’homme fait, puisque l’angle facial du premier est à celui du second comme 90 est à 80. Le plus borné des Blancs devrait être supérieur au plus intelligent des Noirs. Le lièvre , la marmotte, le babyroussa, auraient plus d’entendement que le cheval. Les trois quarts des animaux connus auraient les mêmes instincts, la même industrie, et ne différeraient des autres qu’en degrés. Comment expliquer alors la différence de mœurs et d’instincts du chien et du loup ?

692 OEUVRES DE STAHL

Que deviennent , dans cette hypothèse , les différences qui peuvent exister entre les individus , d’après la plus ou moins grande quantité de liquide encéphalo-rachidien , d’après le plus ou moins de développement des sinus frontaux et des muscles sourciliers?

On n’est guère plus avancé lorsqu’on divise la face en trois régions , dont la supérieure , qui s’étend depuis la racine du nez jusqu’au point le plus élevé du front représente l’intelligence ; dont la moyenne, qui s’étend depuis la bouche à la racine du nez , correspond aux sentiments , et dont la troisième , qui part de la bouche et va jusqu’à l’extrémité du menton , est affectée aux instincts , particulièrement à la sensibilité.

Sans nous demander ce qu’on entend ici par instincts , par sentiments et par intelligences , nous pouvons faire observer , et nous aurions pu le faire plus tôt, que les apparences peuvent être fort trompeuses pour la partie supérieure, puisque l’hydrocéphalie donne une tête très-faible en pensée et très-forte en volume. Que l’affection soit dans les ventricules du cerveau ou en dehors , ou bien à la fois et en dehors et en dedans de cet organe , elle a toujours pour conséquence, chez les jeunes sujets principalement, de développer outre mesure la partie supérieure de la tête, et de faire perdre en intelligence à proportion.

Les peuples du Nord en général , sans en excepter les sauvages de l’Amérique , ont cette partie de la tête plus développée que ceux des régions moyennes et méridionales , sans pour cela posséder une dose supérieure de facultés.

Un autre système , qui a fait plus de bruit que les précédents , et qui compte encore des partisans , le système de Gall , a cela de commun avec la plupart des autres : il suppose que le cerveau est l’instrument de l’intelligence, que l’intelligence est en raison du développement de l’organe. Mais il a cela de propre que : 1° tout en admettant l’unité de l’encéphale , il le suppose cependant composé d’autant d’organes distincts et dont les fonctions de chacun sont indépendantes de celles des autres , qu’il y a de facultés fondamentales; 2° que ces facultés sont aujourd’hui connues , ainsi que les parties du cerveau qui en sont au moins l’instrument sinon la cause ; 3° que ces organes partiels sont situés à la surface du cerveau ou y aboutissent tout au moins, etc.; 4° que celles qui forment des pro-

APPENDICE , etc.

tubérances correspondent à ces facultés prépondérantes ; 5° que les dépressions physiques correspondent à des faiblesses de l’ordre psychique ; 6° qu’en un mot , il y a entre les deux ordres de faits parallélisme complet, constant, perceptible; 7» que ce parallélisme constitue la phrénologie, et sa percevabilité , la crânioscopie.

En réfléchissant quelque peu à ces propositions essentielles du système de Gall, on est tout naturellement conduit à faire ses réserves pour la partie commune à ce système et aux précédents, et à maintenir les observations critiques applicables ici comme là.

Quant aux propositions essentielles au système , on se demande ;

1° Comment, si l’encéphale forme un organe complexe, mais unique néanmoins dans sa complexité , comment il peut fonctionner diversement, et surtout d’une manière indépendante dans chacune de ses parties ? Une simple machine , telle qu’une horloge destinée à marquer les années , les mois lunaires , les mois solaires , les jours , les heures, les minutes et les secondes, par autant d’aiguilles, ne formerait une machine unique qu’à la condition d’avoir un seul mobile , une maîtresse roue , qui , par des engrenages successifs et multipliés, imprimerait aux différents systèmes de rouages qui composent la machine un mouvement propre à produire l’effet voulu. Cette maîtresse roue ne dépendrait point des autres , mais toutes en dépendraient, sans du reste qu’elles se commandassent entre elles ; en sorte qu’une partie secondaire de la machine pourrait se briser sans que le reste en fût altéré , cela jusqu’à ce qu’il ne restât plus que la zone première , mais dont le mouvement ne produirait aucun des effets voulus.

Ce système sera déjà une sorte d’organisme , mais extrêmement imparfait en comparaison de celui des êtres vivants , où l’on distingue non-seulement une multiplicité d’appareils , d’organes ou de rouages , mais encore une influence réciproque de l’un sur l’autre , une solidarité plus ou moins prononcée entre tous. Or, si dans une machine ordinaire, quelque simple qu’elle soit, il y a nécessairement unité de mobile , transmission du mouvement dans toutes les parties , dépendance unilatérale de toutes ces parties par rapport à celles qui les séparent du moteur , à plus forte raison cette dépendance doitelle exister dans une machine vivante telle que l’encéphale.

On se demande en outre ;

OEUVRES DE STAHL

2° Comment les phrénologistes sont parvenus à dresser leur double liste des facultés et des organes , et quelle est cette liste , quels sont ces organes ?

3° Comment il se fait que les parties si diverses de l’encéphale qui occupent la région centrale du cerveau et sa base, la base du cervelet , la partie supérieure de la moelle allongée , n’aient aucun rôle à jouer dans les phénomènes psychiques, ou comment ce rôle peut se manifester à la surface de l’encéphale ? Comment , s’ils restent oisifs dans le jeu organique du sentir , du penser et du vouloir , comment des parties beaucoup plus similaires , homogènes , telles que les différentes portions de la substance corticale du cerveau , peuvent produire des faits cependant si divers ? Comment encore des animaux dont la partie externe du cerveau ne présente point ces anfractuosités qui se remarquent chez d’autres , et auxquelles on fait jouer un si grand rôle chez l’homme, peuvent avoir des instincts analogues à ceux des animaux dont le cerveau est plein de ces circonvolutions?

Beaucoup d’autres difficultés surgissent des différentes parties du système ; elles viendront en leur lieu.

Il faut voir maintenant quelle est la valeur des raisons qui ont porté Gall à reconnaître plusieurs organes dans un seul. C’est : 1° la diversité même des phénomènes psychiques; 2° celle de l’insensibilité diverse des facultés, par exemple, entre la mémoire et le jugement ; 3° celle de l’aptitude plus ou moins grande de la même faculté appliquée à divers ordres d’idées, par exemple, la plus grande facilité à se rappeler les faits que les dates ; 4° l’apparition et la disparition successives des facultés ; 3° l’affaiblissement des unes, tandis que les autres conservent toute leur puissance, par exemple , la perte de la mémoire et la persistance du raisonnement ; 6° le repos des unes quand les autres travaillent, comme le délassement par le changement d’occupations intellectuelles; 7° le sommeil des unes et la veille des autres , ce qui est manifeste dans le sommeil et le somnambulisme; 8° le désordre de celles-ci et la régularité de celles-là, comme dans les monomanies.

Si c étaient là des raisons suffisantes d’admettre un nombre indéfini d organes , à fonctions distinctes et pour ainsi dire isolées , il faudrait qu on ne pût pas expliquer autrement les faits : je veux

APPENDICE, etc.

dire par une hypothèse plus naturelle ou moins violente. Or, tout en admettant que l’encéphale est l’instrument de l’âme dans toutes ses fonctions , il n’y a nulle nécessité à le diviser en plusieurs organes distincts , alors même que la continuité de ses parties et son unité organique ne s’y opposeraient pas physiquement et physiologiquement.

En effet : 4° pour qu’un même instrument produise des effets divers, par exemple , un orgue des airs différents, il suffit qu’il soit mis en jeu de plusieurs manières. 2° La diversité dans l’intensité des phénomènes s’explique de même par une intensité d’action variée dans la cause de leur mouvement. 3° Pas plus de difficulté pour comprendre la différence dans l’exercice d’une même faculté , en ce qui regarde la participation du cerveau : la cause peut en être dans l’âme qui n’a pas la même aptitude pour faire un usage également habile de l’organe dans un cas et dans un autre , tout de même que l’artiste ne réussit pas également bien avec les mêmes instruments à rendre tous les effets de son art. Il suffit que l’organe doive subir un jeu différent , pour produire les phénomènes divers , et qu’il ne soit pas également propre à remplir ces jeux variés sans l’action de l’âme , ou que l’âme elle-même n’ait pas l’habileté suffisante pour tirer toujours un parti également bon d’un instrument d’ailleurs excellent , mais qui ne produit des effets variés qu’à la condition d’être employé différemment. Si parfois des facultés disparaissent ou donnent des produits désordonnés quand d’autres subissent et fonctionnent régulièrement , la faute peut en être à l’âme ou à l’organe : si elle en est à l’organe , c’est un rouage secondaire qui se brise ou' se détraque, c’est un instrument qui n’est plus monté comme il doit l’être.

Pas donc la moindre nécessité , pour expliquer ces faits d’ailleurs incontestables , de recourir à l’hypothèse forcée de la multiplicité des organes dans un seul.

Il suffirait, au besoin, d’admettre que telle partie doit jouer le rôle principal dans un cas , telle autre partie dans tel autre cas , mais sans qu’il y eût absence de toute coopération ou de tout retentissement dans toutes les parties environnantes.

Si dans le sommeil mes perceptions visuelles, auditives, etc., n’ont pas la même régularité , la même fixité que dans l’état de

696 OEUVRES DE STAHL

veille , est-ce à dire encore que le cerveau fonctionne par d’autres parties dans l’état de veille que dans l’état de sommeil? Ne suffit-il pas, pour rendre raison de cette différence, de savoir que dans l’état de veille il y a impression des choses extérieures sur mes organes ; que cette impression est subordonnée à la distribution des objets visibles dans l’espace , à la direction des regards , à leur fixité ou à leur inconstance , quand , au contraire, dans l’état de sommeil, le jeu s’exerce en dehors de toutes ces conditions de régularité et de fixité par le mouvement imprimé accidentellement ou suivant une loi en apparence désordonnée aux extrémités nerveuses internes 4 ?

Nous connaissons les idées fondamentales du système de Gall et les motifs qui les ont produites : il faut en voir l’exécution.

Il doit y avoir dans la détermination des organes partiels des facultés un parallélisme constant. Mais comme les idées des organes et des facultés , ainsi que celle du rapport qui les unit , sont de l’ordre contingent , l’expérience seule peut faire connaître et ces facultés et ces organes , et le rapport déterminé qui existe entre ces deux choses. Encore est-il vrai de dire que les facultés , prises en ellesmêmes , ne sont pas des phénomènes , que leurs produits seuls possèdent ce caractère.

Cela étant , comment procéder dans l’observation de ces trois faits? Il est bien évident tout d’abord que le rapport ne peut s’observer avant les deux termes qu’il relie. Il est clair encore que si lès protubérances peuvent être connues comme telles, on ne peut les connaître, au contraire, comme organes, qu’après avoir reconnu l’existence des facultés et le rapport de concomitance qui les rattache aux organes. Encore faut-il , comme dans toute connaissance expérimentale qui aspire à être érigée en loi , que cette concomitance soit constante , qu’elle ait été observée souvent et invariablement.

Si l’organe peut exister sans la faculté ou la faculté sans l’organe ,

1 organe n’est plus nécessaire à la. faculté , et n’en est plus ni l’effet ni la cause. Nous disons ni l’effet ni la cause, parce qu’il peut être 1 un ou 1 autre, et, jusqu’à un certain point, l’un par l’autre. En effet , 1 organe , dans le sens des phrénologistes matérialistes , serait la cause de la faculté. Mais il peut en être l’effet d’abord, et ensuite

1 Gioja , op. cit., T. I, pag. 151-170.

APPENDICE, etc.

une cause instrumentale des produits delà faculté , d’autant plus énergique même que la faculté s’en sera servie plus souvent et avec plus d’habileté.

Une seule chose , des trois que nous considérons , peut donc être observée , déterminée sans les deux autres : ce sont les facultés. Ainsi , la psychologie est parfaitement exécutable sans l’organologie , tandis que l’organologie n’est pas possible sans la psychologie.

Il serait donc très - rationnel d’arrêter d’abord la liste des facultés d’après l’observation interne. Cette liste une fois dressée, on ne pourrait procéder à celle des organes qu’en passant d’un sujet à un autre , et en s’attachant aux facultés prépondérantes ici ou là. Car, chez un sujet où cette inégalité ne se rencontrerait pas , que du reste les facultés prises dans leur ensemble fussent également fortes ou également faibles , il n’y aurait pas là de prééminence , par conséquent pas d’organologie possible.

Il faut donc qu’il y ait inégalité dans les facultés et dans les organes, et que la seconde suive fidèlement la première chez tous les sujets. Ce n’est qu’après avoir constaté cette coïncidence non pas une fois, mais des centaines ou des milliers de fois , c’est après avoir constaté les coïncidences contraires, qu’on pourra établir les lois de la phrénologie ; jusque-là ce n’est qu’une hypothèse , une pure chimèr e peutêtre. C’est même une science démontrée impossible, faute de fondement dans la nature, si ce qu’on nous donne comme facultés ou groupes de facultés est impossible.

Or, si l’on se rappelle ce que nous avons dit précédemment des facultés , de leur nature , de leur nombre et de leur classification , et si nos résultats doivent être considérés comme l’expression de la vérité , on sera forcé de reconnaître que la liste et la classification des facultés par les phrénologistes ne peuvent être admises.

Gall reconnaît trente - cinq facultés , dont neuf instincts ou penchants , douze sentiments , douze facultés perceptives et deux facultés réflexives.

Cette division des facultés en quatre catégories n’est pas fondée. En réalité , il n’y a que sensibilité et intelligence. L’activité est au fond de toute phénoménalité d’une espèce ou d’une autre.

Les penchants ou instincts sont des phénomènes complexes , qui se rattachent à la sensibilité, à l’intelligence, et qui supposent, comme

OEUVRES DE STAHL

tous les autres, l’activité. Mais tantôt cette activité se sait et se possède, tantôt elle s’ignore et ne s’appartient pas. Les actes instinctifs diffèrent beaucoup chez l’homme et chez l’animal. Dans l’homme, développé surtout, l’instinct est peu ou point séparable de la raison.

Les organes de la raison , ceux de la perception , doivent donc fonctionner simultanément dans les actes instinctifs. Il en est de même dans les sentiments , dans les facultés perceptives et dans les réflexives. C’est donc une erreur grave de prétendre qu’à chacune de ces classes de facultés est affectée une région spéciale de la substance encéphalique , et dans cette région une place particulière pour chacune des subdivisions de ces régions premières.

Notons aussi que les penchants et les autres facultés ont été distingués, fort mal distingués, suivant leurs objets, parce que ces objets ne sont point déterminés : ce sont encore des abstractions.

Il fallait ou considérer les facultés d’une manière très-générale, très-abstraite , ou d’une manière très-concrète. Dans le premier cas, on n’aurait eu qu’un très-petit nombre de facultés; dans le second, on en aurait eu une infinité. Pourquoi , par exemple , si l’on distingue la mémoire des couleurs de la mémoire des sons , ne distinguerait-on pas une mémoire spéciale pour chaque espèce de couleur , et une mémoire plus spéciale encore pour chaque nuance d’une même couleur ? Pense-t-on , au contraire , avoir de bonnes raisons pour s’arrêter dans ces subdivisions à un certain degré d’abstraction ? Qu’on dise donc quelle est cette raison. Elle est prise, dit-on, du langage , qui n’admet pas seulement la perception , mais encore des couleurs. Soit; mais le langage n’admet pas seulement des couleurs , il a aussi les termes de bleu , de rouge , de jaune , etc. Il fallait donc descendre jusque là, ou rester dans la généralité plus élevée de perception, ou descendre tout au moins aux perceptions déterminées de chaque sens. Or, par une inconséquence bizarre , on donne la faculté des sons , des couleurs , et l’on ne donne pas celle des odeurs ni des saveurs.

De même , quand on admet l’instinct de la constructivité , pourquoi ne pas admettre autant d’instincts secondaires qu’il y a d’espèces réelles de constructions ; par exemple , l’instinct de faire des nids , celui de faire des toiles, celui de construire des cellules, des terriers, des tas de terre ou de brins d’herbe sèche, de

APPENDICE, etc. 699

bois , etc.? Il fallait donc ne pas descendre jusqu’à la constructivité , ou pousser beaucoup plus la subdivision ; car la faculté de construire , la constructivité , n’est qu’une abstraction : on ne construit pas sans construire quelque chose , et chaque espèce construit à sa manière , et cette manière de l’espèce se trouve encore modifiée par les individus.

Sous le titre de sentiments , on a confondu beaucoup de choses très-distinctes : les conceptions , les sentiments proprement dits , les passions, les facultés de l’entendement; et, d’un autre côté, ni les facultés intellectuelles , ni les passions , ni les sentiments , ni les conceptions n’y sont énumérés complètement. Double vice fort grave: confusion, énumération incomplète.

Il en est de même des facultés perceptives : toutes les espèces de perception ne se rencontrent pas sous ce titre , et l’on y trouve par contre une multitude de conceptions qui n’auraient point dû s’y rencontrer.

Enfin , les facultés dites réflexives , — et pourquoi réflexives? — sont au nombre de deux : la comparaison et la causalité. Ce qui est une confusion et une énumération incomplète encore. La comparaison est un acte de. l’entendement, une opération préliminaire d’une autre, et naturellement une faculté spéciale , puisqu’elle ne donne aucun produit distinct ou propre. La causalité ou plutôt la> raison , qui donne la notion de cause , en donne une multitude d’autres qui ne sont pas moins primitives et sui generis que celle-là : telle est par exemple celle de substance .

Yoilà donc un premier point jugé : c’est que les facultés de l’âme sont mal observées et mal classées. Je ne dis pas qu’elles sont mal nommées, c’est la moindre des choses. Elles ont, en outre, le vice fort grave , dans le système surtout , de n’être pas pour la plupart fondamentales ou premières. En autre vice qui est comme le pendant de celui-là , c’est que des facultés fondamentales , telles que l’intelligence et la sensibilité ne s’y trouvent point. Que même les divisions les plus générales de ces facultés n’y ont pas de place encore ; on y chercherait en vain la conscience psychique , l’attention , la réflexion , la mémoire , la sensation , le sentiment proprement dit, etc., etc. ‘

* Voir , sur ce sujet , notre Anthropologie , pag. 181-340.

700 OEUVRES DE STAHL

Si l’un des termes du parallèle qui doit constituer la phrénologie est manqué , et c’est ici le terme capital, il est impossible que l’autre soit bien observé et bien classé : il ne peut pas y avoir d’organes pour des facultés imaginaires ; et s’il y a les organes pour les facultés réelles , comme ils n’ont pu être cherchés , attendu que ces facultés sont restées la plupart inconnues dans leur propriété constitutive ou essentielle aux phrénologistes , ils n’ont pu être trouvés. On a donc été conduit , à la suite d’une première iriéprise , à chercher ce qui ne pouvait pas se trouver, à imaginer par conséquent ce qui n’existait pas, et à ne pas remarquer ce qui , dans la pensée fondamentale du système, ne pouvait être remarqué.

C’est ainsi , en effet , que la théorie se trouve , dans la partie organique , en contradiction avec les résultats de l’expérience de bien des manières : nous ne parlerons que d’un petit nombre.

Elle suppose que la substance cendrée ou corticale du cerveau et du cervelet , par ses circonvolutions , joue un rôle jusque dans les phénomènes psychiques , et un rôle presque exclusif. Déjà nous avons fait remarquer combien il est peu vraisemblable que les parties qui sont à la base ou dans le milieu de l’encéphale , parties d’ailleurs beaucoup plus distinctes et plus caractérisées que celles qui forment la superficie de l’encéphale, n’aient pas une importance aussi grande au moins; que la vivisection faite sur l’homme et les animaux prouve , au contraire, de concert avec l’anatomie , que ces parties inférieures ou centrales sont réellement plus importantes que le reste. Nous ajoutons maintenant que les encéphales des animaux qui ne présentent point de circonvolution , qui sont unies , n’en sont pas moins les instruments d’un instinct supérieur ; qu’il y a bon nombre d’animaux qui ne possèdent point de ces circonvolutions , par cette raison radicale qu’ils n’ont point d’encéphale , et qu’ils n’en sont pas moins pleins d’industrie ; qu’il en est enfin chez lesquels ces circonvolutions sont aussi nombreuses ou plus nombreuses même que chez l’homme , par exemple l’éléphant , et qui ne sont cependant pas au-dessus de l’homme par l’intelligence , ni même au niveau.

2° Que ni le volume ni le poids absolu ou relatif de l’encéphale n est un caractère distinctif essentiel de l’étendue et de l’énergie des facultés , pas plus que du jeu régulier de leurs fonctions , puisque les idiots n’ont pas moins d’encéphale , proportionnellement à leur

APPENDICE , etc. 701

taille , que les hommes sains d’esprit , et que chez eux le poids de cette partie du corps n’est pas non plus inférieur au poids moyen de celle des hommes les mieux doués 1 .

3° Que la distribution des différentes classes de facultés, et de quelques-unes d’entre elles en particulier, a été faite d’après une analogie qui n’a rien de rigoureux, puisqu’elle n’a pour base qu’une métaphore. C’est ainsi qu'ayant appelé l’une de ces classes supérieure , une autre moyenne , une troisième inférieure , suivant qu’elles deviennent de plus en plus le partage commun de l’homme et des animaux , ou qu’elles sont de moins en moins rationnelles ou de plus en plus expérimentales , le créateur de la phrénologie s’est imaginé que c’était là une raison suffisante de placer au sommet de l’encéphale les organes de la classe supérieure , en bas et derrière ceux de la classe inférieure , dans la région moyenne enfin les organes des facultés intermédiaires. C’est ainsi que, dans les détails encore, l’organe qui fait rechercher les hauteurs , qui attache aux montagnes , est aussi l’organe de l’orgueil 2.

Si Gall a semblé un instant avoir raison sur ce point , c’est en ce qui regarde les fonctions du cervelet.

Or, il est reconnu aujourd’hui , et par de nombreuses observations faites par divers physiologistes , que si le cervelet préside à une fonction quelconque , ce n’est point à celle qui lui avait été dévolue d’abord 3.

Il a été reconnu encore que des lésions organiques affectant d’autres régions que celles qui étaient censées présider à certaines facultés, à celle de la parole, par exemple , entraînaient la perte de ces facultés , malgré l’état parfaitement sain des parties organiques qui auraient dû présider à l’opération3. On a reconnu encore des penchants très - prononcés , par exemple ceux du meurtre et du vol , celui du calcul , chez des sujets qui , loin de présenter un développement extraordinaire des organes qu’on prétend être la cause ou l’effet de ces penchants, semblaient plutôt en manquer3.

1 Voir M. Lélut, Rejet de l'organologie, pag. 7,8, 1^5-196 , 315-333.

2 Lélut, ibid., pag. 171.

» Lélut , ibid., pag. 128-129 , 151-154-157 ; 3 , 4 , 312.

3 Lélut, ibid, pag. 3 et 4.

5 Ibid., pag. 312.

702 OEUVRES DE STAHL

Quelle confiance peut-on d’ailleurs avoir en un système conçu avec tant de précipitation, de confiance et de mauvaise foi, que la détermination de l’organe d’une faculté ne se fonde quelquefois que sur un fait unique , encore pris chez les animaux plutôt que chez l’homme seulement , ou que d’autres fois l’organe indiqué n’existe pas dans l’espèce animale à laquelle on l’assigne, ou que, s’il existe, il est mal indiqué , ou que si l’indication est juste, le volume relatif de l’organe n’est pas celui que l’auteur accuse ; que les dessins sont ou infidèles ou en désaccord avec la lettre qui les explique ; qu’il n’y a pas accord entre les phrénologistes ni sur le nombre , ni sur la place occupée par les organes ; que la liste de Gall a été tellement remaniée par ses successeurs qu’elle est en grande partie changée , tant par le déplacement des facultés reconnues par tous que par une multiplicité d’autres qui ont été ajoutées aux premières , par le dédoublement de quelques-unes qui ont paru composées , par la réunion de quelques autres qui ont semblé n’en former qu’une seule1 2 ? Mais ce qui achèverait d’ôter tout crédit au système de Gall ,. alors même qu’il aurait un certain fondement , c’est le charlatanisme frauduleux dont il a cru devoir user pour mieux accréditer sa doctrine. Nous laissons parler M. Leuret.

* Il y a dans la collection de Gall , collection qui fait maintenant partie du Musée d’anatomie du Jardin des Plantes , trois portions de crâne attribuées chacune à trois individus différents ; l’une â un musicien ( il n’est pas dit si ce musicien était ou non aliéné ) ; l’autre à une certaine baronne Franke qui , dans un accès de lypémanie , se serait suicidée; on montre sur cette portion de crâne l’organe de la circonspection excessivement développé pour une tête de femme. La troisième portion du crâne est attribuée à un marchand , mort dans un accès de folie érotique ; les cavités qui logent le cervelet y sont indiquées comme ayant des dimensions considérables. Or , les trois portions de tête , savoir : celle du musicien , celle de la baronne Franke , celle du marchand érotique , ne sont pas autre chose que

trois portions d’un même crâne . Le tout réuni forme une belle

tête d’homme s. V

1 Lélut, op. cit., pag. 206-246, 262-289, 53, 54.

2 Traitement moral des aliénés, pag. 51. — Voir aussi sur tout le système de Gall, Carus, op. cit., pag. 377; Ahrens, etc;, T. I, pag. 221-247.—

APPENDICE , etc.

§ II. Caractères physiques auxquels Lavater a cru pouvoir reconnaître les dispositions j les habitudes et les états de l’âme.

Tout le corps, pour Lavater , est un signe de l’âme. L’organisme , qui est ou un effet , ou une cause , ou l’élément d’un ensemble harmonique , est donc une sorte de langage que l’âme parle fatalement. Plus tard , lorsque l’habitude de la réflexion est venue se mêler aux mouvements de la nature, le moi peut, dans une certaine mesure, commander à l’âme et au corps , et , par l’exercice d’une liberté plus ou moins puissante , contenir ou modifier les penchants , en faire naître qui n’existaient pas dans le principe. De cette manière, les signes corporels peuvent être eux-mêmes modifiés , ou n’exprimer qu’une tendance qui n’est point obéie , ou bien rester muets quand cependant le cœur et l’intelligence parlent. En d’autres termes , l’usage raisonné de la liberté peut modifier ou contredire la nature extérieure comme signe de l’intérieur.

C’est dire que la physiognomonie serait d’une pratique beaucoup plus sûre si l’homme n’était pas libre. Comme science , elle aurait encore ses difficultés : il s’agirait toujours de découvrir le signe externe qui correspond à la disposition interne.

La physiognomonie est , en effet , une science d'observation , où le procédé de Bacon peut être très-utilement appliqué. On peut donc ici dresser trois tables : table de présence , table d’absence , table de proportion. Mais cette méthode elle-même n’est sûre qu’autant que les observations sont faites sur une très-grande échelle , et que les résultats sont assez constants pour qu’on puisse les regarder comme des lois , sinon certaines , du moins d’une probabilité imposante.

Pour faciliter encore le travail, on peut, comme le prescrit Lavater , distinguer dans le corps humain les parties solides et les

Les physiologistes les plus éminents sont peu favorables à la phrénologie. Cuvier, Georget, Longot, Flourens , Müller , Magendie, quand ils ont eu occasion de s’en expliquer, ne se sont pas bornés à un doute ou à un défaut de sympathie. M. Magendie appelle le système en entiers des créations d’esprit tout-à-fait arbitraires et souvent contradictoires. » (Leçons sur le système nerveux , T. I, pag. 54 etsuiv.) Voir aussi pag. 81, 89, 90, 161, 193, 213; et T. II, pag. 11 et 13. — Balmès , Mélanges religieux, philosophiques , T. Il , pag. 62-105 , 155-176 , 274-296.

OEUVRES DE STAHL

parties molles , en diviser les capacités en trois régions : celle de la tête , celle de la poitrine et celle de l’abdomen. On peut diviser de même la tête, comme la région qui, à elle seule, représente éminemment la vie sous toutes ses formes. On peut s’aider aussi des différentes figures géométriques qu’affectent plus ou moins sensiblement cette partie du corps, ou les parties de cette partie.

Mais ce sont là des moyens ou des règles qui ne peuvent réussir qu’entre les mains d’observateurs sagaces et opiniâtres. Et, quand bien même on y joindrait tous les autres expédients plus ou moins ingénieux que prescrit Lavater , par exemple , de rapprocher les aptitudes extrêmes, les habitudes les plus opposées, l’Institut et Charenton , la crosse et l’épée , tout cela ne donnerait point le talent de l’observation à qui ne le posséderait pas. Rien donc ne peut suppléer à une certaine aptitude naturelle.

Et encore qu’on possédât ce talent , et qu'on l’appliquât de la manière la plus circonspecte et la plus méthodique , il resterait toujours beaucoup à faire. Lavater lui -même est loin d’avoir rempli son programme. L’eût-il fait, eût-il possédé une science peut-être possible en soi; en eût-il consigné par écrit, avec la plus grande précision, tous les résultats; eût -il fait connaître avec la même exactitude tous les procédés par lui employés ou à employer , cette science ne pourrait' cependant s’acquérir par un autre qu’à la condition , non-seulement de suivre avec soin la même marche , mais encore d’observer long-temps , d’observer beaucoup , et par-dessus tout de posséder le tact nécessaire 1 .

Page 1