PHYSIOLOGIE
DES FONCTIONS ET DE LA FIN ORGANIQUE DES INTESTINS , OU DU BUT FINAL DE LEUR ORGANISME FORMEL.
Ainsi que je l’ai déjà dit et démontré dans l’avant-propos de cette dissertation, aucune partie matérielle, aucun organe n’agit dans notre corps que d’une manière instrumentale (en prenant toutefois ce mot instrument dans un sens purement figuré ou métaphorique).
C est pourquoi , après avoir considéré les intestins comme des organes corporels destinés à accomplir instrumentalement des actions déterminées ; après en avoir décrit tout 1 historique , mais seulement encore à leur point de vue matériel et en tant que simplement organes ; je vais , dès à présent, les envisager sous leur point de vue formel, et m appliquer à connaître par quel mode et de quelle manière
DISSERTATION INAUGURALE. ô\
ils peuvent concourir, par leur structure ou par leur état matériel, à produire l’acte que l’âme doit accomplir par leur intermédiaire.
J’ai déjà fait remarquer plus haut que les aliments passent d’abord parles premières voies; j’ai ensuite indiqué , dans la dernière partie de ma définition , que ces organes sont destinés à l’ingestion des substances alimentaires, à leur détention pendant un temps soumis à de certaines lois , et enfin à l’excrétion des matières fécales. Cela veut dire, en d’autres termes , que ces orgatfes servent d’abord à exécuter la première digestion , et ensuite non-seulement à séparer la substance nutritive d’avec les matières fécales, mais encore à rejeter ces dernières de l’intérieur du corps animé.
Bien que cependant notre opinion paraisse , au premier aspect , s’écarter du sentiment généralement adopté dans la science, on verra bientôt néanmoins que les choses sont réellement telles que je le dis. En effet , les anciens ont presque universellement admis qu’on devait rapporter la dissolution des aliments, ou comme on dit la première digestion, à la faculté concoctrice de l’estomac , et à la chaleur naturelle et propre aux intestins ainsi qu’aux parties adjacentes. Les modernes , au contraire , ayant remarqué que la digestion consiste en plus grande partie dans la dissolution des substances alimentaires , ont supprimé cette propriété culinaire ou de coction, et ont mis à sa place une source de laquelle s’écoulerait une humeur lymphatique , capable de ramollir les parties solides , qui , fermentant ensuite et soudain comme la pâte du boulanger, se diviseraient dans leur turgescence ( orgasme ), à l’aide de la douce chaleur des intestins , dans les plus petites molécules de leur substance ; de sorte que la nature paraît retirer de là , à son gré , les parties utiles à la nutrition , en les choisissant et les absorbant à l’aide des vaisseaux lactés.
Pour moi , je crois rendre la chose beaucoup plus claire ,
en me bornant â considérer en peu de mots les circonstances qui sont nécessaires à l’accomplissement de la digestion. Je dirai donc que la digestion est la dissolution d’une substance quelconque , tendre et molle , divisée en cette occasion en le plus grand nombre possible de ses parties constituantes , à l’aide d’une chaleur interne et d’un liquide faisant fonction de menstrue, provenant du sujet lui -même, versé dans le tube digestif en quantité suffisante.
Ce qui constitue en propre le matériel de cette opération, ce sont les choses les plus aptes au ramollissement, et enfin à la dissolution des aliments et à leur réduction en une substance pultacée. Le formel consiste dans la dissolution des aliments. 11 y a donc un double appareil instrumental , savoir : l’un destiné au matériel , et l’autre au formel de la digestion. La première de ces deux conditions se rapporte à l’organe , au lieu apte à contenir la matière ( la structure mécanique du tube digestif , mettant à l’abri de l’influence de l’air sa chaleur normale et naturelle , sert largement à faciliter la digestion , ainsi qu’on le verra bientôt ci-après) ; la dernière de ces conditions se trouve dans les liquides propres à la dissolution et dans la chaleur vitale elle-même.
11 s’agit donc d’examiner, dans ce chapitre , pour quelle raison , d’après ce qui vient d’être dit , les intestins concourent probablement à la digestion.
Nous avons déjà vu plus haut que les modernes et certains curieux investigateurs des mystères de la nature supposaient l’existence d’un certain menstrue , comme ils l’appellent, ou d’un dissolvant fermentatif dans l’estomac et les intestins, destiné, ainsi que nous allons le voir, à un usage particulier.
Je suis persuadé, comme tout le monde, que la première digestion s opère et s’achève en très-peu de temps : or, il est certain que les substances alimentaires dont nous faisons notre nourriture habituelle , soumises , en dehors du corps humain, à une chaleur même très-intense et pendant un
assez long temps, ne se réduisent jamais en une masse homogène et pultacée , tandis que cela a lieu dans l’estomac, même en très-peu de temps. On peut donc affirmer, sans aucun doute, qu’il y a réellement dans l’estomac quelque chose de spécial qui provoque cette prompte et complète dissolution.
Les anciens ont attribué ce phénomène à l’action immédiate de l’âme et à la puissance digestive qu’elle exerce sur l’estomac. Les modernes, au contraire, remarquant que la première digestion n’est autre que la dissolution des parties solides, afin que plus tard leurs particules nutritives ou assimilables puissent être retirées, séparées et retenues pour concourir à former la substance transmutable du corps animal , ont très-bien établi que cette digestion ne diffère de la coction culinaire que par le lieu et par le temps, de manière quelle s’exécute réellement chez l’homme dans un temps beaucoup plus court. Cependant, comme les modernes tenaient beaucoup à refuser à l’âme une intervention immédiate dans l’effectuation de cette rapide dissolution des aliments, dans un siècle purement voué à l’étude des opéra-' tions physico-mécaniques de la nature , et cela tant qu’il leur restait quelque espoir de trouver une influence purement mécanique dirigée dans ce but spécial ; on a cru qu’il se passait toujours dans la digestion quelque chose de semblable à la fermentation du pain lorsqu’on le pétrit , mais on n’a jamais été d’accord pour fixer quelles étaient et la source et la nature de ce ferment.
Quant à ceux qui se rattachent purement et simplement aux faits historiques tels qu’ils sont, ils comprennent sous ce nom de ferment tous les aliments qui , après avoir subi la mastication , sont livrés à l’action organique de l’estomac , où ils sont de nouveau broyés.
D’autres sachant , depuis peu de temps à la vérité , que la salive est nécessaire pour la dégustation et pour faciliter
une naturelle digestion, ont attribué à cette humeur ce
même ferment.
D’autres , enfin , sans vouloir enlever à la salive ce privilège , ne lui en laissent qu’une faible partie : ils établissent , ils supposent ingénieusement quelque chose de plus efficace qui se trouve dans l’estomac et les intestins , et provient de la tunique muqueuse ou glanduleuse qui les tapisse : cet agent fermentatif, on le nomme le menstrue de l’estomac.
Pour dire ici toute la vérité , ces diverses opinions me paraissent de part et d’autre douteuses et incertaines , et je suis persuadé qu’il' convient de prendre un juste milieu dans cette question , pour les raisons suivantes :
1° Pourquoi et comment croyons-nous que la digestion s’opère si promptement , comme on le dit communément , attendu que , d’après l’expérience journalière même des paysans , il est certain que la nourriture que nous prenons reste dans le corps pendant vingt-quatre heures, à moins qu’on n’y mette un obstacle extraordinaire, et qu’elle y demeure même plus long-temps avant d’en être expulsée, après que les parties assimilables en ont été séparées? Tout le monde sait, en effet , qu’une boule de bois , de buis par exemple , et même une noix muscade avalée , sort du corps avec les excréments comme à une époque fixe , presque à la même heure du jour suivant ou à peu près , plus tôt néanmoins après qu 'avant.
2° Pourquoi, à une si petite quantité d’aliments solides , apportons-nous une si grande masse de ferment, au point de devenir ridicules aux yeux de nos servantes , quand elles comparent ce quelles obtiennent lorsqu’en une nuit, avec la deux-centième partie de ferment, elles parviennent à faire fermenter une grande masse de pâte à l’aide d’une douce chaleur, comme par une saison d’été?
5° En nous appuyant sur la précédente considération , pourquoi une si grande quantité de salive est-elle mêlée aux
aliments dans la mastication , et s’avale-t-elle après que le bol alimentaire est déjà avalé? Pourquoi y a-t-il aussi dans le duodénum une autre liqueur salivaire venant du pancréas ? Pourquoi faisons-nous couler de la tunique glanduleuse une autre masse d’un nouveau ferment , et pourquoi , contre toutes les règles, mêlons-nous les choses qui ont déjà fermenté ou sont en fermentation , avec un autre mode de fermentation ?
4° Dans quel but, après avoir fait intervenir une si grande quantité de ferment , y a-t-il une si grande chaleur dans les organes abdominaux internes?
5° Pourquoi, en outre de ces choses et en dehors de la nécessité de ce ferment , voit-on les corps les plus durs , tels que os, corne de cerf, tendons, etc., être réduits en peu d’heures en une bouillie très-molle par le fait seul de la vapeur d’eau, ces substances étant préalablement renfermées dans un vase clos de manière à les mettre entièrement à l’abri du contact de l’air?
Je me résume , et je dis comme conséquence de ce qui précède: 1° Nous possédons un estomac et des intestins renfermés dans l’abdomen et à l’abri de toute influence atmosphérique directe; 2° notre corps possède une chaleur tiède d’environ 48 à 50° ; 3° il faut plusieurs heures pour que les aliments aient le temps de parvenir au colon et au rectum ; 4° il y a dans le corps une si grande masse de salive et de suc pancréatique , qu’on ne saurait leur donner simplement le nom de ferment, à cause de leur manque de proportion , en comparaison de cette petite quantité de levain que l’on est dans l’usage d’employer pour faire entrer si promptement en fermentation une si grande quantité de pâte ; 5° il existe dans ces matières tant d’obscurité et une telle pénurie & expérimentation dans une opération qui, avec les raisons déjà alléguées, n’exigerait rien de semblable , tandis que ces raisons s’y opposent au
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contraire, que je dois rejeter comme oiseuse cette hypothèse considérée dans son origine , et que je ne saurais partager une pareille opinion.
C’est pourquoi, d’après ces causes provenant soit du ferment, soit du menstrue , ainsi que je l’appelle, du ventricule et des intestins, — en acceptant ce qui provient réellement du canal pancréatique et des glandes conglomérées des intestins, qui n’ont rien de commun avec la membrane muqueuse , glanduleuse et velue ; — d’après , dis-je , ces causes mises en action , et d’après cet organisme des intestins , je porte plutôt ma considération sur la chaleur, que j’avoue non-seulement pouvoir agir d’une manière efficace sur cette fermentation si prompte, ainsi qu’on le pense généralement; mais je le fais , ne craignant pas de le répéter, avec cette réserve que je n’entends pas parler ici d’une chaleur essentielle ni même commune, mais bien plutôt d’une chaleur accidentelle et spéciale , entièrement en dehors d’une chaleur externe : c’est lace que j’entends par cette chaleur inhérente et propre aux organes corporels.
Il est notoire , en effet , que toute chaleur normale ou anormale, qui se manifeste dans le corps, provient du sang et de son mouvement interne , naturel ou même insolite et contre nature ; d’où il suit que , dans les diverses parties du corps où le sang abonde en plus grande quantité, dans des vaisseaux plus amples, il se développe aussi une plus grande chaleur.
Or , cette assertion se confirme particulièrement au point de vue du foie et de la rate : ces organes , en effet , contiennent une grande quantité de sang pur et vermeil ; la rate surtout , qui renferme une quantité très-notable de sang artériel, jouit d’une chaleur vraiment remarquable. G est pourquoi je pense que ces deux viscères , adjacents à 1 estomac , en outre des fonctions qui leur sont dévolues et propres , sont aussi , d’après leur structure , destinés à cette
fin secondaire ; de sorte qu’à l’instar de charbons allumés autour d’une marmite ils aident à la coction alimentaire : ce que démontre encore mieux leur position convenable et mécanique, en ce que (d’après le principe établi ci-dessus sur l’expérience du ramollissement des os ) la concentration de dessous et de dessus de la chaleur organique favorise bien certainement la coction ou la résolution et la dissolution des substances alimentaires : c’est là une chose que peuvent observer bien souvent les cuisiniers , et principalement les fondeurs de métaux.
Il convient, je crois, avant d’aller plus loin, d’exposer ici en peu de mots ce que certains auteurs ont soutenu avec instance à ce sujet, savoir : 1° que l’on doit, en cette circonstance , prendre les esprits en plus haute considération que le sang lui -même, attendu que ces premiers sont regardés comme renfermant une bien plus grande quantité de calorique , et exerçant une souveraine domination sur l’estomac et les intestins par l’intermédiaire de la tunique nerveuse de ces organes ; 2° que si une telle chaleur ( ab extrà ) , étrangère aux organes , est réellement nécessaire , pourquoi est-elle plutôt appliquée plus particulièrement à l’estomac qu’aux intestins eux-mêmes , puisque ceux-ci sont pareillement destinés à accomplir la digestion ?
Je dirai d’abord, pour répondre à la première assertion, que je nie qu’il y ait dans ces esprits une chaleur intrinsèque, matérielle et formelle, mais qu’elle est purement efficiente , puisqu’il est reconnu et établi par la physique que la chaleur n’est ni l’agent moteur ni le mouvement luimême pris abstractivement , mais qu’elle est le résultat de 1 ' ébranlement de chacune des particules mises en mouvement.
Quant à la seconde assertion , je crois qu’elle vaut à peine le soin d’une réponse : en effet , selon la condition différente du sujet auquel s’applique la digestion, c’est-àdire de l’aliment, il est bien évident, ce me semble, que
la digestion des substances alimentaires peut être accomplie aisément et de diverses manières , en passant d’un intestin dans un autre. N’est-il pas manifeste et rationnel , en effet, que l’estomac , qui , après la simple mastication , reçoit les aliments encore grossièrement broyés , ait besoin , pour les réduire en une substance plus homogène et pour les délayer, d’une énergie digestive plus puissante et plus active que les autres organes placés après lui , alors qu’ils ne sont destinés à les recevoir que lorsqu’ils ont subi une notable altération ?
Ces faits une fois établis , et les intestins étant entièrement exclus par ce moyen de toute influence instrumentale et formelle, voyons maintenant comment ils concourent au phénomène matériel ou subjectif de la digestion.
Cela se fait d’une double manière : premièrement , en vertu de la localité, en tant que les intestins reçoivent ou contiennent la matière ou sujet de la digestion , c’est-à-dire qu’ils fournissent le lieu pour recevoir et contenir cette substance alimentaire , ce que j’appelle contenance absolue ; en second lieu, en vertu du mouvement, en tant qu’ils ne retiennent que pendant un certain temps déterminé les parties les plus grossières et superflues, après quoi ils les rejettent au-dehors , ce que je puis appeler contenance relative et temporaire.
Les intestins accomplissent ces importantes fonctions au moyen de la double cavité matérielle qu’ils possèdent dans leur organisme , ainsi qu’à l’aide de la contexture compliquée de leurs fibres charnues, dont l’usage naturel est normalement dirigé par l’àme , selon les lois préétablies par le Souverain Créateur, et c’est ainsi que tout s’accomplit , selon Yessentialité constitutive des intestins.
Je vais maintenant examiner brièvement , dans les deux articles qui suivent , et la faculté de contenance et la propriété motrice des intestins.
ARTICLE 1er.
De la contenance absolue des intestins.
Les aliments , après avoir subi la mastication , sont transmis à l’estomac au moyen du mouvement animal des muscles œsophagiens ; ils pénètrent alors dans la cavité du ventricule , qui a la faculté de s’étendre et de s’élargir prodigieusement ; de telle sorte que , tandis que le mouvement de déglutition se termine à la fin de l’œsophage ou à l’orifice supérieur de l’estomac , ces mêmes aliments , introduits dans sa cavité et poussés par d’autres qui leur succèdent , portent l’expansion dilatante de cet organe en bas et sur les côtés , jusqu’à le tendre et en faire une masse énorme , selon la quantité et la qualité des substances ingérées, et selon ses propres dimensions respectives de capacité , d’ampleur et de profondeur.
Or, cela se passe ainsi, non-seulement parce que le cul-de-sac de l’estomac est placé au-dessous du plan horizontal des deux orifices de cet organe , mais encore parce que l’extrémité supérieure du duodénum , lorsque l’estomac est plein, s’élève non directement et en droite ligne, mais plutôt en suivant la concavité de l’estomac et en s’inclinant du côté de l’orifice gauche correspondant à l’œsophage. Il suit de là qu’il faudrait , avant que les portions précédehtes des aliments et du bol alimentaire fussent chassées par la pression de ceux qui leur succèdent, non -seulement que toute la capacité de l’estomac fût distendue outre mesure ; mais encore il faudrait que les déglutitions subséquentes se fissent avec une grande violence , pour pouvoir précipiter une si grande quantité d’aliments.
Mais la nature n’emploie pas des moyens aussi étranges et aussi violents ; au contraire , par un mouvement doux , paisible et régulier , après la dissolution des aliments ,
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elle les pousse successivement de l’estomac dans 1 intérieur des intestins , lesquels possèdent une capacité plus étroite et plus resserrée ; en sorte que tout ce que le chyme contient de substance vraiment nutritive peut être plus commodément absorbé, sucé et retiré des bols cylindriques formés par les parties les plus ténues des aliments digérés. Comme c’est là une chose très-évidente par elle-unôme , je ne m’y arrête pas plus long-temps , et je passe à 1 appréciation du mouvement 'péristaltique.
ARTICLE II
De la contenance des intestins relative au temps , c’est-à-dire du mouvement
des intestins.
Au point de vue du sujet qui va m’occuper, on doit noter ce que j’ai déjà dit sur l’énorme distension dont est susceptible la capacité de l’estomac ; elle est pourtant limitée par l’habitude journalière , ou par le terme posé par la nature elle-même.
On arrive rarement à ce terme extrême , et l’on observe habituellement celui que l’on a accoutumé ; mais si on dépasse ce terme accoutumé d’amplitude de l’estomac, l’organe irrité se contracte aussitôt et on voit survenir presque en même temps la nausée , que l’on ressent aussi lorsqu’on avale une trop grande quantité d’aliments; alors, en effet , se manifestent les envies de vomir.
C’est pourquoi, l’estomac, satisfait selon sa capacité, gardera toujours, sans les rejeter, les aliments qu’il a reçus, jusqu’à leur entière assimilation et absorption pour la nutrition animale , ou bien les poussera et s’en délivrera , soit activement, soit même passivement. Or, il n’arrivera pas, comme la première supposition le donne à penser, que l’estomac garde les aliments un si long temps, parce que la majeure partie de ces substances alimentaires est étrangère à toute nutrition, et qu’elles ne sauraient par
conséquent séjourner un trop long temps ; il n’arrivera pas non plus que l’estomac repousse les aliments , car il n’y a pas en lui quelque chose qui ait la propriété de retenir ou de rejeter. C’est donc une opinion qui tienne le juste milieu, qu’il faut professer. Je vais, en peu de mots, expliquer comment ces phénomènes s’accomplissent instrumentalement.
Je ferai observer , avant tout , que mon intention est de rechercher la cause instrumentale plutôt que la cause efficiente , soit physique , soit morale ou impulsive de ce mouvement , en vertu duquel les substances contenues dans l’estomac sont poussées de cet organe vers les autres intestins , jusque vers les parties les plus inférieures.
Ce qui me fait croire du reste à l’inutilité de traiter de pareilles matières , d’ailleurs hérissées de difficultés et stériles dans leurs résultats , c’est la manière ordinaire dont on parle, dans le monde médical, de ces divers mouvements et de ceux qui sont de même nature.
On a l’habitude de dire , en effet , pour donner une explication satisfaisante de ces faits , que la digestion des aliments, c’est-à-dire leur dissolution, s’opère dans l’estomac par un certain mode de fermentation : cette fermentation aurait pour compagne immédiate une acidité sui generis, et ce serait par son intermédiaire que la tunique muqueuse et velue de l’estomac se contracte , et que par cette contraction successive s’opère l’expression des parties les plus liquides d’abord , et puis enfin des parties les plus grossières, jusqu’à l’évacuation complète des aliments.
Bien que les choses se passent réellement de la sorte , néanmoins la cause qu’on se plait à assigner à ces phénomènes me paraît contestable et douteuse pour deux raisons : 1 11 parce que le vinaigre ordinaire , le levain des boulangers, même les drastiques acides, âcres, salins et de tout genre, ne troublent nullement le ventre , lorsqu’au contraire
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les purgatifs devraient produire un effet plus ou moins violent si l’acidité était réellement la cause de la contraction péristaltique des intestins; 2° parce que le mouvement péristaltique de tous les intestins ne doit absolument rien aux tuniques , soit glandulaire et velue , soit nerveuse ; mais il doit être seulement rapporté à la tunique fibreuse externe ( ou musculeuse ) , chose facile à démontrer à qui le voudrait , et cela par une expérience directe anatomicophysique, mais c’est là chose superflue.
En effet, quiconque connaîtra quelle est la position anatomique de la tunique nerveuse , s’apercevra aisément que celle-ci ne peut absolument rien sur le mouvement péristaltique imprimé aux aliments par les intestins.
Je me fais un plaisir de déférer plutôt cette influence à l’âme et à son action immédiate , comme étant dans le corps de l’homme la seule cause efficiente de tout mouvement et comme étant seule capable d’agir au choix de sa volonté 1 ; ainsi qu’on peut très-bien l’inférer de la première des deux assertions ci-dessus , la dissidence n’a donc lieu que dans l’assignation de la cause impulsive.
Or , cette proposition sus-indiquée , appelle de ce nom de cause impulsive Y aigreur , et si on cherche à expliquer la chose, voici ce qui en résultera: l’aigreur irrite, l’irritation est une sensation, et tout sujet de sensation finale ou d’ appréhension gît seul dans l’âme. Les tuniques soumises à l’irritation se contractent ; la contraction c’est le mouvement, et ce mouvement n’a de rapports avec le corps que d’une manière subjective et purement passive , tandis qu’il provient directement de l’âme d’une manière efficiente. Il est donc vrai de dire qu’en ceci il y a des parties subissant la contraction , et une puissance qui les détermine et les provoque 2 . Que la contraction présuppose une irritation
1 Voy. T. VIII, Comment. IV.
2 On peut facilement voir, d’après cette simple période , quelle était déjà
quelconque comme cause impulsive, soit, je l’accorde; mais je me crois en droit de refuser , par les raisons déjà énoncées , d’admettre comme cause et sujet d’irritation les mêmes faits qu’on a bien voulu alléguer.
Je pense donc plutôt que l’âme maintient tous les intestins dans un état de compression , comme dans un état de tonicité normale , et qu’elle les rétablit elle-même dans cet état lorsqu’ils sortent des lois naturelles. Mais voilà qu’à cette occasion se présentent quelques objections , savoir : 1° La cause impulsive de la contraction est supposée , d’après la thèse , être un surcroît , une ampliation quelconque dans la capacité ; c’est pourquoi , plus celle-ci sera grande , plus violente sera, sans doute aussi, la contraction des parties. 2° Or , les purgatifs n’agissent pas sur les intestins en les distendant, puisque, employés à très-petite dose, ils activent néanmoins très-violemment cette contraction. 3° Les flatuosités ou gaz intestinaux distendent énormément le tube digestif et ne précipitent point pour cela cependant la déjection des excréments , qui 4° ne s’effectue pas même par une abondante boisson.
A ces diverses assertions je réponds , en premier lieu, que je nie la conséquence de la première objection : en effet , ce n’est point tout d’un coup ni avec violence que s’opère le retour des intestins sur eux-mêmes , surtout si la distension s’est opérée lentement ; mais il s’effectue plutôt avec tranquillité et modération , puisque , le développement exagéré des tuniques intestinales s’étant accompli comme par degré et peu à peu , il ne peut point y ayoir un retour prompt et subit. Et cependant ce retour finit par s’effectuer si on ingère une trop grande quantité d’aliments solides, ainsi
de bien bonne heure la tendance de cet esprit éminent qui, à 24 ans à peine, pouvait bien se poser en maître, même parmi ceux qui l’ont tant méconnu. Ces quelques paroles indiquent, dis-je, et la profondeur de conception et la puissance du génie naissant de ce médecin -philosophe qui remplit bientôt après le monde entier de la grandeur de son nom.
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que le démontre le vomissement qui en est la suite ; ou bien , si ces substances ont subi une plus prompte décomposition , et ont été par conséquent aptes à une plus prochaine distribution : néanmoins , jusqu’à ce que l’équilibre se rétablisse , il se manifeste des cardialgies, des sueurs froides, de l 'anxiété, la lipothymie même ; indication évidente de ce qui se passe dans l’estomac.
A la seconde objection , je réponds : Je distingue avec raison en cette matière l’état naturel , l’état non naturel et celui contre nature. En effet, toute expérience dit et confirme que la seule distension des intestins ne cause jamais autant de mal que la plus légère souffrance provenant d’une substance solide contenue contre nature dans les intestins : c’est ainsi que, chez plusieurs individus, un gonflement venteux du ventre , n’occasionnant du reste aucun violent malaise, se dissipe par des vents et des renvois. C’est pourquoi , pour en revenir à la distinction que j’ai établie ci-dessus, je considère les aliments comme un contenu non naturel sans doute, mais nullement contre nature. J’affirme donc que cette matière lymphatique qui, par suite de l’action des purgatifs, s’écoule des glandes conglomérées des intestins et du canal pancréatique , dévoile , moins par sa quantité que par sa qualité, parce qu’elle est ou a été notablement altérée par les matières purgatives , dévoile , dis-je , un état qui déjà n’était plus normal , et qu’en conséquence , l’âme agissant d’une manière élective la rejette en aussi grande quantité que si le sang s’écoulait dans l’estomac ou dans les intestins par suite de la diérèse des vaisseaux.
En un mot , je pense que cet acte par lequel l’âme chasse ainsi la purgation et les matières que celle-ci a corrompues, nest pas moins électif que cet autre acte par lequel elle fait excréter une abondante humidité par les pores de la surface cutanée , après qu’on a pris la poudre
d’antimoine diaphonique fixe et presque insoluble par toute liqueur drastique , poudre qui seule, et en quelque sorte par sa présence , paraît être la cause impulsive de cette transpiration.
Quant à la troisième objection , elle n’est nullement contraire à notre thèse , puisqu’on peut en inférer que , lorsqu’il y a distension, il doit s’ensuivre une complète évacuation, devant s’exécuter en masse et violemment. Qui ne comprend , en effet , que la distension des intestins par les flatuosités en occasionne aussi la contraction (ce que prouvent et démontrent assez clairement ces promptes évacuations par le haut et par le bas ) , mais que cette contraction n’est pas assez violente pour que tout le contenu des intestins sorte à la fois, ou qu’elle provoque le retour subit et complet de l’intestin sur lui-même ? En deux mots , une distension soudaine et contre nature doit être réprimée subitement et énergiquement ; lorsque , au contraire , cette distension s’opère d’une manière successive , lente , et devient habituelle, elle doit être traitée d’une manière -bien différente.
Je réponds , enfin , à la quatrième objection , et je dis que la raison pour laquelle la boisson ou la distension liquoreuse n’atteint pas le ventre , ëst tout-à-fait manifeste : c’est parce que la nature possède à son service des voies différentes pour vider les intestins. Ces voies sont les mêmes que celles par lesquelles elle ramasse son chyle en le séparant des autres matières : or, la boisson , comme la plus mobile substance parmi les substances alimentaires, est placée dans son équilibre et normalement distribuée en passant facilement d’un intestin dans un autre , bien que cependant une absorption trop copieuse et subite d’une boisson quelconque provoque , de la part de la cause efficiente du mouvement , un rétablissement prompt et énergique : c’est ainsi , en effet, que s’opère chez les ivrognes le vomissement au moment de leurs libations excessives.
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Une boisson trop copieuse détermine, d’une part, la contraction des intestins, et, d’autre part, ne la provoque pas d’une manière absolue ; elle détermine , dis- je , une contraction partielle , durant jusqu’au moment où cette boisson est digérée normalement et régulièrement , ou même qu’elle est transvasée des intestins dans les vaisseaux absorbants ; elle ne provoque point, au contraire, une contraction absolue et complète , parce qu’elle ne les atteint pas tous indifféremment.
Cependant il est utile de faire remarquer ici que les boissons qui sont de nature visqueuse , ne pouvant par cela même être poussées dans les vaisseaux , occasionnent dans l’intestin , par leur stagnation , un mouvement de systole , autrement dit péristaltique : d’où ces sortes de liqueurs, dites humectantes, exercent leur action pendant toute une journée sur les intestins, ainsi que le prouve l’expérience. Il en est de même aussi des substances purgatives et autres semblables qui résolvent la viscosité des humeurs (tels sont, par exemple, les alcalis fixes) , et qui, dans leur vertu laxative , ou s’émoussent , ou perdent complètement leur propriété ; de même, au contraire, qu’à part ces derniers, on observe aussi des substances dites plus drastiques qui communiquent aux humeurs une espèce de viscosité : telle est la coloquinte qui pousse et chasse hors des intestins (à cause de sa viscosité) les matières dépouillées de toute viscosité qui y étaient contenues ; or, c’est en les imbibant d’une couche visqueuse qu’elle parvient à cet effet.
Après m’être suffisamment étendu sur la cause instrumentale , efficiente et impulsive , je vais tâcher d’expliquer comment tous ces divers phénomènes s’accomplissent par sa médiation. Cela a lieu, en effet, à l’aide des tuniques fibreuses , soit longitudinales , soit transversales , qui , par la contraction ou la crispation de chacune de leurs fibres,
prennent dès le début une forme serpentine à l’instar des vaisseaux variqueux, et qui , dans un état de contraction plus grande , affectent l’état de complication intérieure des testicules , comme on le voit à l’œil nu 'dans les intestins des grenouilles , et spécialement des crapauds de terre , ainsi qu’affirme l’avoir vu et observé l’illustre et habile Grews dans son Anatomie comparée des intestins et des estomacs chez quelques quadrupèdes 1 . A l’aide de cette contraction , la longueur des fibres intestinales décroît d’une manière notable , tandis que leur largeur augmente sensiblement ; ce qui fait que ces fibres n’ont plus l’aspect d’une masse compacte, mais sont assez séparées les unes des autres, afin qu’il ne puisse point survenir dans la suite le désagrément d’une augmentation en largeur de chacune des fibres, et qu’il ne se déclare aussi une certaine opposition et résistance des tuniques intestinales. En effet , ce qui manquerait en longueur à ces fibres devrait se retrouver sur la largeur, et agrandir par conséquent la cavité intestinale qui constitue la capacité ; le contraire arriverait si c’était la tunique transversale qui fût contractée. Or, cette contraction se fait, au point de vue du terme ou du but final, des parties supérieures vers les parties inférieures, et, sous le rapport du temps , elle s’opère lentement et d’une manière à peine sensible, jusqu’à ce qu’enfin le mouvement péristaltique parvienne jusqu’au rectum , et qu’à l’aide du concours simultané des muscles de cette région et de ceux de l’abdomen, ainsi qu’à l’aide du mouvement volontaire des intestins , tout ce que renferment ces organes soit expulsé entièrement du corps humain.
1 Grews, in the comparatif e Anatom. of gats and slomacks of some guadrupeds.
OEUVRES DE STAI1L.
SECTION IIe.