DE LA SUBSTANCE OU DE LA CONSISTANCE DES INTESTINS
Les intestins étant divisés entre eux et classés en six catégories différentes par des appellations propres dont 1 estomac forme la septième , on remarquera d’abord en eux ce qu ils ont de générique ou de commun et sous quel point de vue ils portent le nom d’intestins ; nous examinerons ensuite avec soin leurs espèces ou leurs différences, en vertu desquelles , d après l’autopsie cadavérique , ces organes diffèrent les uns des autres , mais simplement d’une manière
1 Voy. T. VIII , Comment. III,
purement accidentelle. Nous traiterons dans le meilleur ordre possible chacune de ces choses en son temps.
ARTICLE 1er.
Propriétés matérielles générales communes à tous les intestins.
J’ai déjà parlé de tout ce qu’avaient de commun entre eux les intestins, que, dans ma définition générique, j’ai classés en leur lieu. Je les ai appelés d’abord des parties organiques ; je les ai considérés ensuite comme des parties dissimilaires, solides, creuses et placées dans le fond de la cavité abdominale. Je n’ai point à m’étendre sur leur être, pas plus que sur l’être de toutes les parties visibles du corps; je me bornerai à étudier ici les intestins au point de vue de leur dissimilarité ou composition. C’est pourquoi je dirai que les intestins , pour ce qui est de leur manière d’être actuelle, sont généralement composés de trois tuniques proprement dites : on peut les porter au nombre de quatre au point de vue de la substance , et même , par le fait , au nombre de cinq au point de vue de leur quantité et de leur service fonctionnel.
La première de ces tuniques, en commençant par la surface externe, est légèrement membraneuse ; elle est commune à tous et à chacun des viscères contenus dans les deux cavités splanchniques du tronc de l’homme ; elle est fournie, dans l’abdomen , selon l’opinion de tous les anatomistes par le péritoine. Cette membrane, bien que Willis* pense qu’elle appartienne à l’expansion tendineuse des tuniques fibreuses sous-jacentes, comme si elle était réellement le tendon de cette membrane musculaire ; cette membrane , dis-je , me paraît plus logiquement faire les fonctions de simple contenant ou de seule enveloppe , puisque le mouvement de la tunique fibreuse (musculeuse longitudinale), ayant ses fibres
1 Pharm. rat., s. 2, cap. 2, pp. 13 et 19.
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longitudinales et immédiatement sous-jacentes, n’est autre que la contraction des intestins dans leur longueur. Cependant il est évident que la position de ces prétendus tendons ne pourrait contribuer en rien à ce mouvement, qui doit plutôt être rapporté à un mouvement péristaltique , ou qui presse et comprime à l’entour. Mais du reste cette membrane ne saurait être regardée comme tendineuse par les raisons ci -après, savoir : 1° parce que la position du tendon serait anormale et inconvenante ; 2° parce que cette membrane n’a ni une insertion assez solide , ni une contexture assez compacte , pas même à l’endroit où elle adhère au mésentère; 3° parce que les muscles et les parties fibreuses n’ont de tendons que là où est le lieu de leur insertion et de leur mouvement naturel ; L° parce que , enfin , cette tunique n’est ni tenace ni épaisse , mais molle et tendre , de sorte qu’on ne peut en opérer la séparation si on n’use de grandes précautions.
La seconde de ces tuniques est constituée par une substance fibreuse (musculeuse) double , ou plutôt se composant de deux couches : l’externe , immédiatement placée au-dessous du feuillet péritonéal , est composée de fibres charnues droites ou longitudinales ; Y interne se compose au contraire de fibres transversales ou circulaires. Les premières de ces fibres sont destinées à contracter l’intestin dans sa longueur , c’est-à-dire à le raccourcir ; tandis que les fibres transversales servent à la contraction de l’intestin dans sa largeur et sa circonférence, c’est-à-dire à la coarctation de son calibre et de sa cavité.
La troisième des tuniques intestinales est dite nerveuse (cellulo-nerveuse) ; elle est passablement épaisse et dense, renfermant dans son épaisseur de nombreuses ramifications ; elle est aussi plissée et rugueuse , ce qui a donné à penser à plusieurs anatomistes qu’elle est plus longue que les autres tuniques. Mais c’est là une grave erreur, dont on peut se
rendre compte si , une fois que le corps est complètement privé de la vie , on remplit d’eau l’estomac d’un cadavre , après l’avoir légèrement roulé dans les mains afin de lui faire perdre sa raideur cadavérique ; si, dis-je, on remplit d’eau cet organe qui ne sera atteint d’aucune lésion matérielle ou solution de continuité , les tuniques extérieure et fibreuse s’étendront jusqu’au total aplatissement de la membrane nerveuse et jusqu’à disparition entière de ses rugosités, de son plissement.
La tunique interne, enfin, c’est-à-dire la quatrième et même plutôt la cinquième par rang d’ordre , est cette tunique qui est appelée par quelques auteurs la croûte intestinale , par d’autres membrane muqueuse velue , par certains anatomistes neplospoipct ( circumstratificata ), membrane stratifiée servant d’enveloppe à la substance molle des aliments , et par d’autres enfin enveloppe soyeuse (interne) des intestins.
Cette tunique est d’une remarquable épaisseur, et paraît composée vers sa surface interne d’innombrables petites fibres , ce qui l’a fait comparer aux langes dont s’enveloppent les vers-à-soie. Or, comme Willis l’a vu lui-même 1 , sur sa face postérieure , c’est-à-dire là où elle se rattache à la tunique nerveuse, cette membrane est parsemée d’un grand nombre de petites glandes attachées les unes aux autres , à l’instar de petits anneaux , ainsi qu’il le dit , ce qui lui a fait penser avec raison qu’on pourrait l’appeler tunique glanduleuse.
Pour ce qui est de la manière d’être des intestins au point de vue de leur actualité vitale, pendant la vie, je dirai qu’ils possèdent des vaisseaux artériels apportant à leurs tissus la nourriture avec le sang , et des vaisseaux veineux rapportant le sang vers le foie et le cœur ; on y remarque , en outre , des vaisseaux lymphatiques qui , au moment de la séparation du chyle , sont appelés vaisseaux
1 Op. cit.
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lactés, à cause de l’humeur qu’ils contiennent et qu’ils sont chargés de charrier ; on rencontre aussi dans ces organes des filaments nerveux qui se répandent dans tous les intestins, et qui du sixième intestin (colon ascendant) se dirigent vers l’estomac. Différents auteurs ont traité d’une manière particulière toutes ces diverses matières ; j’y renvoie le lecteur pour plus amples explications.
ARTICLE II
Considérations anatomiques sur les propriétés matérielles susdites des intestins à un point de vue spécial et particulier.
On peut considérer les intestins sous les divers aspects propres de leur figure , de leur profondeur, soit au point de vue de leur volume , soit au point de vue de leur dimension, de leur site et de leurs rapports.
Je dirai donc qu’on peut diviser les intestins en sept parties ou régions différentes qui se distinguent par leurs propriétés respectives ; ce" sont : l’estomac , le duodénum , le jéjunum, l’iléon, le cæcum, le colon et le rectum.
Ces diverses dénominations sont tirées des divers systèmes anatomiques.
1 0 En raison de leur figure , ils sont simplement tubuleux, comme le duodénum, le jéjunum , l’iléon et le rectum ; ou bien ils ont une conformation spéciale , comme l’estomac , qui a la forme d’une outre ; comme le cæcum , qui a un appendice vermiculaire ; comme le colon , qui a une forme irrégulière et inégale. Les gravures des divers systèmes anatomiques en particulier, et l’autopsie ou la dissection surtout des cadavres, suffiront pour fixer ces choses dans la mémoire. On trouve dans les Œuvres anatomiques deWillis1 une remarquable description (avec gravures) des dispositions générales et propres de l’estomac.
1 Op. cit.
2° Sous le rapport de leur volume, les intestins sont distingués 1 0 en grêles et 2° en gros , épais ou consistants , non au point de vue moral , mais sous un rapport vraiment physique, attendu que les premiers, plus délicats, contiennent les substances alimentaires et nutritives, et que les autres, plus consistants, renferment les matières fécales. Car, quoique chez l’homme le duodénum soit plus épais que le cæcum lui-même , lorsqu’il est distendu par des vënts, ceci n’indique pas plus une différence réelle dans les organes que dans le nombre et le sujet, vu qu’il ne faut pas attribuer cette épaisseur de l’organe au nombre des tuniques , mais bien plutôt à l’épaisseur plus grande de leur substance.
3° Au point de vue de la capacité ou dimension, ce sont encore les plus épais qui contiennent le plus de substances alimentaires. C’est ainsi que l’estomac l’emporte de beaucoup sur tous les autres organes intestinaux ; sa capacité , en effet , s’agrandit extrêmement parfois par les matières qu’on y ingère.
4° Quant au site, nous ne saurions leur rien assigner de commun , puisque , roulés sur eux-mêmes en un grand nombre de sinuosités à l’instar d’un serpent , ils vont et viennent affectant la forme circulaire. Quoi qu’il en soit, il est toujours réel que l’estomac occupe la partie supérieure du tube intestinal, et domine tout le système abdominal. Mais je crois devoir m’arrêter à suivre pour le site l’ordre que j’ai indiqué plus haut.
Les organes cohérents ou connexes, ou plutôt inhérents aux intestins , n’ayant d’autres fins que d’appartenir à l’essence organique du tube digestif , on les trouve répandus çà et là dans tout l’appareil intestinal. Ainsi , dans le duodénum , ce sont les conduits biliaire et pancréatique qui possèdent une ouverture commune chez l’homme et même chez le cheval ; tandis qu’ils ont leur orifice séparé chez les autres
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animaux , autant qu’on a pu s’en assurer jusqu’à ce jour. Dans l’iléon et la partie du jéjunum qui l’avoisine , on voit quelques glandules remarquables , qu’on a nommées conglomérées, et, vers l’extrémité de l’iléon (comme aussi çàet là dans le cæcum), on observe de même un grand nombre de glandes miliaires. Quant aux muscles qui aident le rectum dans ses fonctions et dans l’excrétion volontaire des matières fécales , ainsi qu’à la valvule coecale et aux valvules propres du colon, appelées par Kerkringius valvules conniventes, formées par les rdgosités de la tunique nerveuse , semblables à des dentelures retenues par un ligament spécial , je me propose d’en exposer dans le chapitre suivant non-seulement les propriétés, mais encore de dire tout ce qui appartient à l’esssence matérielle de ces parties organiques.