A ÉTABLIR ENTRE
LE MIXTE ET LE VIVANT
DU CORPS HUMAIN
et
NÉCESSITÉ OU L’ON EST DE DÉTERMINER D’UNE MANIÈRE POSITIVE LA DIFFÉRENCE RÉELLE QUI EXISTE ENTRE LES CONDITIONS PARTICULIÈRES ET LES PROPRIÉTÉS RELATIVES A CES DEUX ÉTATS.
PROFESSEUR ET DOYEN DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE HALLE , etc.
Halle, 1707.
Traduction et Notes du T. BLONDIN
L’auteur déclare et démontre solidement , dans cette Dissertation , que la considération du corps vivant , en tant que tel , n’a jamais été , avant lui , l’objet réel et sérieux d’une étude physique et médicale convenable et suffisante , et que , dans les écoles de médecine , une semblable négligence est une faute grave , vu que , jusqu’à ce jour, ont été vains et stériles tous les efforts qu’on a pu faire et l’espoir que l’on avait déjà conçu , tant pour la théorie que pour une pratique rationnelle.
Cet opuscule renferme des Principes dogmatiques qui peuvent être regardés comme étant le vrai et solide fondement de la doctrine médicale , et comme constituant le point culminant et ce qu’il y a de plus élevé et de plus grand dans le domaine des connaissances physico-médicales admises jusqu’à ce jour.
ARGUMENT
DU TRAITÉ SUR LA VÉRITABLE DISTINCTION A ÉTABLIR ENTRE LE MIXTE ET LE VIVANT DANS LE CORPS HUMAIN ,
PAR LE PROFESSEUR A.-L. BOYER
I. Les quatre traités: De philosophiâ Hippocratis , Parœnesis , etc., Disquisitio de mecanismi et organismi différentiel et De verâ diversitate mixti et vivi, se lient si étroitement, que nous devons dire quelques mots sur les trois premiers avant de commencer l’argument du quatrième,
1° Dans le fragment de philosophiâ Hippocratis, Stahl a montré la valeur de la philosophie païenne , qui est portée à son plus haut degré de perfection dans Hippocrate ; de sorte que Galien a pu dire : «La philosophie naturelle (yu<n oloÿivj hippocratique l’emporte sur » celle de l’académie , du lycée et du portique.1» Mais le médecin philosophe chrétien peut faire mieux aujourd’hui , en greffant la philosophie de Gos sur la philosophie médicale chrétienne ; il peut arriver ainsi jusqu’au sanctuaire, jusqu’au seuil de la théologie : cette pensée donne la clef de l’œuvre que Stahl a entreprise. Ceux qui savent tout ce qu’il y a de vrai , de profond , de scientifique dans la philosophie du christianisme, telle que l’ont comprise les S. Augustin ,. les S. Thomas, les Bossuet, et les savants les plus éminents du XVIIe siècle (qui ont fondé les sciences mathématiques , physiques, chimique et zoologique modernes) , concevront aisément ce qu’a pu faire le génie de Stahl , en mettant en usage ce puissant instrument , cette large méthode que Bacon et Descartes lui-même ne nous ont exposée que par fragments et d’une manière incomplète.
Nous avons ainsi une première notion sur le point de départ et sur la Méthode Stahlienne ; nous l’exposerons par la suite : nous en trouvons l’application dans les traités qui suivent celui-ci.
Karà tôv riAarwvK , xai xarà tous sx toü nepiirxTOv , xai xarà tous XtoSç , ri îrvKoy.pxTovç vr/.à. yua-tol.oyla, (Galien , Met h. med.)
ARGUMENT
2° Dans le Parœnesis , etc., Stahl expose les motifs qui l’ont engagé à tenter une réforme totale dans la médecine mécanico-chimique si vivement préconisée à son époque ; il a voulu mettre l’anthropologie spéculative ou théorique en rapport avec l’anthropologie pratique , et refaire ainsi la psychologie , la physiologie , la pathologie , l’hygiène , la thérapeutique naturelle et artificielle , vitalement et moralement. Pour atteindre ce but, il a distingué d’abord le mécanisme de l’organisme ; puis il a montré chimiquement les différences intimes d’un organisme vivant et d’un agrégat qui ne vit pas ou que la vie a abandonné ; enfin, il s’est demandé : Qu’est-ce que la vie? Quelle est son essence? Quel est son principe? Toutes ces questions, solidement touchées , ne sont point approfondies ; il va les reprendre avec plus d’étendue et plus de clarté dans les deux traités suivants. Si Stahl n’a présenté qu’une ébauche de sa doctrine dans le Parœnesis , c’est que son objet principal , dans cet ouvrage , était surtout de montrer aux médecins que notre science est trop vaste , pour que la plupart d’entre eux puissent consacrer un temps précieux à l’étude approfondie de sujets intéressants d’ailleurs , mais étrangers au but fondamental et suprême de l’art médical.
3° Dans le traité : Disquisitio de differentiâ, etc., l’auteur s’occupe particulièrement à prouver que , dans un organisme vivant , on trouve toujours un principe organisateur, vivificateur, une âme qui en est l’élément actif le plus important ; qu’en s’attachant seulement à l’examen, même très-minutieux, du matériel de l’instrumentation, on ne parvient point à se rendre compte d’une manière exacte des opérations qui s’y passent , et l’on ne peut point le ramener, par les voies les plus sûres et les plus efficaces , à un mode normal quand il s’en est écarté. Sans la connaissance expérimentale complète du dynamisme qui dirige l’instrument organique, toute physiologie, toute pathologie , toute thérapeutique deviennent illusoires , imparfaites ou fausses.
Stahl prouve que , chez l’homme , c’est l’âme raisonnable qui , par les facultés dont elle est douée , réalise tous les phénomènes moraux, intellectuels et vitaux.
C’est dans le § XC qu’il commence à établir sa distinction fondamentale entre le lôyoç et le ^oyirr^oi.
4° Dans l’opuscule : De verâ diversitate corporis mixti
ARGUMENT
5dd
vivi, il va faire usage de ses connaissances en chimie , si supérieures à celles de ses contemporains : il entre dans le cœur de son sujet.
II. Jusqu’ici , nous dit Stahl , l’on n’a pas nettement distingué les mécanismes des organismes physiques ; ceux-ci, des organismes vivants; ces derniers, les uns des autres. Mais l’on est peut-être encore moins avancé relativement aux différences qui séparent les agrégats physiques des mixtes du même genre; ceux-ci, des mixtes organiques et vivants; le mixte végétal, du mixte animal; le mixte animal , du mixte humain : ce sont les abords de la science médicale que nous trouvons encombrés des plus dangereuses erreurs.
III. Cette confusion tient à une pensée radicalement fausse et généralement répandue : on croit presque partout que la matière réelle, créée par Dieu, est uniforme et divisible à l’infini. Il n’en est rien; on ne peut douter qu’il existe des atomes variés, principes élémentaires, indivisibles et insécables, véritables éléments primitifs que les agents physiques et chimiques ne peuvent ni diviser ni séparer : ces éléments sont hétérogènes , assez nombreux sans doute et doués de propriétés distinctes.
Il faut donc en revenir à Y atomisme, non point tel que les anciens nous l’ont donné , mais tel que doit le faire la science nouvelle. Les propriétés physiques (figure, grandeur, etc.) des petites particules matérielles , si celles-ci ne différaient que par ces circonstances , ne pourraient suffire pour expliquer les propriétés intimes des corps. Au-dessus et à côté des forces et des lois physiques il y a des forces et des lois chimiques. La chimie est une science distincte , la physique ne saurait la remplacer; elle doit respecter son domaine , quoi qu’en dise le physico-chimisme de nos jours.
La physique , bien interprétée , indique l’existence de ces atomes chimiques individuels; la chimie seule la démontre. Stahl établit ces propositions par des expériences irrécusables; il sépare ainsi la chimie de la physique , et lui assigne son domaine propre.
IV. Un mixte, comme l’a prouvé Bêcher, n’est point un agrégat physique; ce dernier peut être formé d’éléments hétérogènes juxtaposés ou unis par des forces physiques, tandis que le mixte est constitué par des éléments combinés, mêlés, fondus en vertu de forces chimiques : Ubi desinit physicus, incipit medicus.
T. II
ARGUMENT
Les atomes chimiques échappent à l’œil par leur ténuité ; mais ce sont des corps simples ayant une individualité propre et inviolable : ils sont enchaînés par la force de cohésion chimique , comme les agrégats physiques par les forces attractives de cohésion physique ; sans ces forces , l’univers inorganique se dissoudrait et se réduirait en poussière ou en atomes chimiques plus impalpables , plus insaisissables encore.
Faisons remarquer, en passant, lesrapports qui existententre cette doctrine et les théories physiques et chimiques les plus modernes. Ici apparaît la véritable notion de force , si obscurément ou si faussement présentée même aujourd’hui dans la plupart de nos ouvrages. Les forces physiques et chimiques , pour Stahl , sont des principes incorporels , qui servent de lien harmonique universel entre les molécules matérielles et les empêchent de s’écarter indéfiniment. Peu de personnes comprennent ce que c’est qu’une force ; on se la représente comme une cause corporelle , bien que insaisissable par les sens : c’est là ce qui a conduit à l’admission des fluides impondérables que l’on regarde comme des corps , quoiqu’on ne puisse ni les toucher, ni les voir, ni les peser. Nous aurons à revenir sur cette question , pour montrer la haute portée pratique de la doctrine spiritualiste de la force : c’est en partant de là que Leibnitz l’a soumise aux lois mathématiques du calcul infinitésimal ; c’est là ce qui a fait , avec le concours de la méthode expérimentale , la richesse et la solidité de notre physique moderne. Tous les physiciens du premier ordre parmi nos contemporains , mais ceux-là seuls , sont parvenus à la notion réelle et précise de la force ; tous les autres ne savent point ce qu’elle est, et , par suite, ils ne parviennent jamais à la bien définir1.
Dans la Théorie Stahlienne , la force est un principe actif imposé aux différents êtres , ainsi que les lois qui la dirigent et que l’expérience constate. La force est un ordre de Dieu , jussus Dei, comme dit Yan-Helmont; c’est une chose réelle mais incorporelle, une idée divine, immatérielle comme Dieu, incorporée avec les êtres : elle leur est inhérente; elle les fait agir conformément à la volonté
1 Voy., là-dessus, Bordas-Desmoulins , Du cartésianisme , et son Appendice sur la théorie de la substance et de l’infini; voy. aussi Lamarle et Cournot sur la Métaphysique du calcul infinitésimal, et la logique du P. Gratry sur le même sujet.
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divine; elle s’est manifestée , suivant l’expression de Malebranche, au moment où a été prononcée cette magnifique parole fiat. Dieu a dit : Fiat lux , etc. ; dès cet instant, l’éther créé par lui , entrant en vibration, a produit ces principes animateurs du monde physique , la lumière , la chaleur, l’électricité (statique et dynamique).
Il est facile de voir comment cette notion peut s’appliquer aussi aux forces vitales. Celles-ci , dominant les forces physiques et chimiques, ont une nature analogue; elles sont, comme elles, simplement incorporelles. Au-dessus de toutes ces forces , il y a un élément bien supérieur: c’est l 'esprit. Celui-ci n’est plus une force, c’est une substanee ; il se distingue de la force par sa substantialité permanente et par la pensée. Une force ne pense point; la pensée proprement dite n’appartient qu’aux esprits , qu’elle sépare du reste de la création : nous verrons dans les réflexions comment cette doctrine conduit à l’immortalité de l’âme humaine. Ainsi, entre les forces et les esprits il y a une différence radicale : la pensée , la raison leur sert de limite ; les brutes , même les plus parfaites en leur genre, ne sont qu’une matière animée par des forces. Chez l’homme, la pensée commence, avec ses oscillations et ses doutes; la raison apparaît avec ses fluctuations et ses incertitudes ; la volonté se manifeste avec ses combats et ses faiblesses ; la liberté essaie sa puissance et lutte contre les entraves qui l’embarrassent et qui l’entraînent. L’homme est le dernier des esprits, rivé à son corps par des chaînes de fer ; il est , comme le dit Pascal , un roseau que le vent courbe , que l’univers écrase ; mais c’est un roseau qui pense , qui se pèse lui-même, et qui pense et pèse l’univers. De la brute à l’homme il y a un abîme ; avec lui un nouveau monde se découvre , et ce monde est le monde des esprits.
Partout Dieu a ménagé des transitions : au-dessus de l’homme il a placé les esprits incorporels ; au-dessus des forces , l’âme humaine ; au-dessus des forces physiques et chimiques, les forces vitales qui servent de passage entre les forces et l’âme humaine , et qui distinguent le règne vivant du règne inorganique , comme l’âme raisonnable distingue l’homme du reste de la création visible.
Qu’est-ce donc que la vie? Que sont les actes vitaux dans leur formule la plus générale ?
Les êtres vivants naissent , s’accroissent eh se nourrissant , par-
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courent une évolution croissante , puis décroissante , qu’on nomme des âges, et qui les conduisent à la mort. Pendant le temps de leur durée , ils produisent des êtres semblables à eux-mêmes. Leur caractère fondamental, c’est de changer sans cesse, d’avoir une durée limitée par un temps qui n’est jamais long. Les blocs de pierre , les rochers durent pendant des milliers d’années ; les arbres peuvent durer plusieurs siècles; il n’y a pas d’animal qui atteigne deux cents ans. Les éléments des êtres vivants sont mobiles ; ils tendent à se dissoudre , à se séparer, à se corrompre. L’eâu, l’air, le feu, tout ce qui les entoure tend à détacher, les unes des autres, les particules constitutives des agrégats physiques ou des composés chimiques vivants ; ces molécules , mobiles même dans nos tissus les plus durs , sont plus mobiles encore dans les parties molles ; leur mobilité devient excessive dans nos fluides. L’être vivant est donc un composé qui se décompose sans cesse ; les actes vitaux sont une lutte constante contre cette décomposition permanente comme eux : la vie c’est l’ensemble des actes conservateurs qui résistent aux actes destructeurs , et la force vitale est la force qui dirige ces actes de conservation. Vita est conservalio , actus et motus servator ; vis vitalis , principium vivificans est vis formalis actûs servatoris vitœ, actûs conservationis : telle est la définition de Stabl , qu’il a plus \ou moins enveloppée sous des formes scholastiques.
Cette force vitale lutte contre des ennemis nombreux qui la harcellent sans cesse ; il faut donc qu’elle soit énergique , harmonique , unitaire dans ses facultés multiples ; qu’elle déploie une sorte d’intelligence instinctive et confuse dont l’action s’ajoute à sa vigueur même , qui souvent ne lui suffirait pas : il le faut , et cela existe en effet. Dieu et la nature , qui font tout ce qui est nécessaire , lui ont donné cette unité , cette harmonie , cette intelligence instinctive ( sans écho , comme dit Leibnitz ) , sans conscience nette et déterminée (Stahl).
La force vitale conserve , accroît , nourrit , répare , reproduit ; de sorte que la force conservatrice est en même temps nutritive , réparatrice, reproductive, générative. Ses actes principaux sont la circulation , la sécrétion, l’excrétion. Voilà ce qu’est la vie du corps vivant. On parle aussi , par extension , par métaphore , de la vie de l’âme, de la vie de Dieu; mais ce sont des vies à part, et Stabl
ARGUMENT
sépare , en passant , Dieu de l’homme et l’homme des animaux , comme il avait distingué le règne vivant du règne inorganique , les forces physiques et la physique entière des forces chimiques et de la chimie.
Là-dessus repose une vraie physiologie physico -médicale , qu’il ne faut point confondre avec la physiologie mécanico- chimique , si bien accueillie de ses contemporains. En partant de là, Stahl arrive jusqu’à la psychologie médicale , jusqu’aux rapports positifs et expérimentaux du physique et du moral. Mais cette force,, vitale , qui travaille si bien pour maintenir la vie et la santé , ne se repose point quand il faut guérir la maladie et rétablir l’état normal ; elle redouble de surveillance et d’activité dans ces moments difficiles : la nature , vis vitalis naturalis etinnata, de conservatrice, devient curative: Natura morborum curatrix. Elle crée des actes, des fonctions anti- morbides, qu’il ne faut pas confondre avec les actes morbides. Dans les maladies , il y a des actes morbides conservateurs , comme il y a des actes morbides destructeurs : des pathologistes les réunissent souvent sans voir combien ils diffèrent , l’analyse clinique doit les distinguer. C’est ainsi que s’établit et se fonde la thérapeutique naturelle , qui donne naissance à la thérapeutique expectante ou imitatrice.
La nature ou force vitale curative est sujette à de nombreuses erreurs, parce que son intelligence est purement instinctive, sans conscience , sans raisonnement ; mais souvent , dans ses erreurs mêmes , le médecin qui observe et raisonne saisit des intentions heureuses , des tendances utiles : il doit les aider, les redresser et les imiter en les modifiant : Quo natura vergil , eà ducendum.
La marche naturelle des maladies ( des fièvres éruptives , par exemple) peut donner des enseignements utiles pour la thérapeutique naturelle expectante, aidante, imitatrice. Dans bien des cas, cette thérapeutique , puissante par sa réserve même , et forte parce qu’elle est douce et patiente , est plus salutaire pour le malade que ces médications compliquées, multipliées, turbulentes, qui violentent la nature , troublent sa marche , altèrent et changent ses efforts à chaque instant. La nature est, plus qu’on ne le croit, notre associée, et non pas notre antagoniste. Nous devons l’admettre dans notre conseil , et tenir compte de ce principe : Medicus naturœ
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minister, que Bacon a rendu plus général en disant : « L’homme- » ministre de la nature doit savoir ce qu’elle peut faire ou supporter »(quid natura facial aut ferai)', car on n’enchaîne la nature » qu’en obéissant à ses lois (natura non imperatur nisiparendo )' . »
Quand la nature , troublée ou en délire , ne suit plus d’ordre et dévie de sa route, le médecin peut se substituer à elle; la thérapeutique artificielle prend une forme nouvelle , un développement plus grand. Stahl ébauche, à son tour, cette thérapeutique spéciale, qui se crée une voie . plus hardie en franchissant les limites que les thérapeutiques naturelle et imitatrice doivent s’imposer.
Après ce coup-d’œil d’ensemble sur le caractère et le rôle de la force vitale en physiologie , en pathologie ( étiologie , pathogénie et symptomatologie), en thérapeutique, Stahl se demande quelle est l’essence de cette force : Est-ce une faculté de l’âme pensante qui serait tout à la fois vie et raison , anima , animus et mens , ÿvyji et vous? Stahl, pour des motifs puissants qu’on n’a pas assez pesés, se prononce pour l’affirmative, avec les écrits vraiment légitimes de Gos , avec le véritable Platon qu’on a si étrangement défiguré , avec Aristote souvent mal interprété, avec S. Paul et S. Augustin qu’on a méconnus et mutilés , avec S. Thomas et l’Église entière , avec J. de Maistre, etc., avec les médecins et les philosophes du premier ordre anciens et modernes. Beaucoup de savants qu’on nomme dualistes sont duo - dynamistes , mais en même temps monopsychistes , c’est-à-dire qu’ils admettent deux puissances, deux facultés distinctes , mais indissolublement unies dans une seule et même àme substantielle. Il importe de peser cette proposition et d’éviter une confusion de mots qui sépare en deux camps dissidents des hommes également distingués, faits pour s’entendre, et qui s’entendent réellement, sans savoir assez que, différant dans le langage et dans les termes , ils sont d’accord sur le fond des choses : c’est là ce qui s’éclaircira peu à peu.
Bacon, Novum organum.